Communautes juives des marges sahariennes du Maghreb-Abitbol

A l'évidence, l'étanchéité des cloisons physiques et morales qui sé­paraient les groupes ethno-communautes-juivesreligieux du Mzab, exclue toute possibilité d'acculturation réciproque. Certes, il existe bien des ressemblances entre ces groupes : rôle primordial de la religion dans la vie quoti­dienne, stricte observance de la Loi et des rites, l'excommunication du groupe comme sanction; cohésion sociale et entr'aide clanique, division du groupe en deux partis rivaux, soff; système patriarcal et patrilinéaire; infériorité et sujétion de la femme; choix de l'époux et mariage décidé par le père; précocité du mariage avec taux élevé de mortalité infantile; monogamie et endogamie; fréquence des divorces; attention particulière à la consommation du mariage et à la pureté rituelle; longue durée de l'allaitement; mode vestimentaire, techniques de l'habitat; croyance aux jnoun et autres influences maléfiques; pratique courante de la prophylaxie magique (cas d'espèce: rite de la chevelure et des ongles coupés); vénération des ancêtres et culte des morts; organisation des laveuses des morts.

On notera cependant que la plupart des points énumérés se retrouvent à des degrés diverts tant chez les Mâlikites que chez les communautés juives du Maghreb, surtout en milieu berbère. Cette concordance pour­rait s'expliquer en partie par le substrat commun de l'Islam et du Ju­daïsme nord-africain.

Néanmoins, cette similarité entre Juifs et Ibàdites ne devrait pas nous faire perdre de vue les différences qui existent entre eux. On laissera de côté celles qui ont trait aux sources religieuses des deux groupes.

Ainsi, la primauté de la religion se traduit chez les Ibàdites, à la dif­férence des Juifs, par un régime théocratique développé et solidement établi, incarné dans chaque ville du Mzab, par le Cercle (ou Collège) des Douze Reclus, halqat al-'azzâba présidé par le Cheikh.

Ces clercs se tiennent toutefois à l'écart des affaires courantes en abandonnant à l'assemblée des lai'cs jama'at al-'awàmm, la gestion des affaires temporelles et l'élaboration d'accords, ittifâqàt, sur l'or­ganisation de la cité. Les Juifs sont exclus de cette assemblée qui comprend, par contre, des représentants de la population arabe agré­gée. En cas de conflit entre les deux instances, le dernier mot est dévolu à l'assemblée des clercs qui dispose d'une arme redoutable, l'excommunication, tebri'a utilisée plus fréquemment que le niddüy chez les Juifs, Chez ces derniers, la personne excommuniée peut tou­jours assister à la prière dans la Synagogue alors que chez les Ibadites, elle reste exclue de la mosquée jusqu'à la levée de l'anathème: si elle est mourante, on lui refuse de faire pénitence et d'être inhumée conformément aux rites.

De la même façon, le rôle des laveuses de mortes juives, habirat, n'est en rien comparable avec celui du puissant collège féminin des ghassälät qui, outre la préparation de la morte ibâdite à la sépulture, dirige l'éducation et surveille la conduite morale de la femme ibâdite pendant toute sa vie, inspecte fréquemment sa maison pour s'assurer de sa bonne tenue et ne se prive par d'infliger la tebri'a pour les moin­dres écarts du code du Kitäb al-Ahkäm.

A la différence des Juifs du Mzab et des Arabes, l'entr'aide et la coopération chez les Mzabites sont fortement institutionnalisées et diversifiées. Les travaux d'utilité publique tels que le nettoyage des rues, la garde de nuit, la réparation des bâtiments publics, l'élévation de digues etc. sont imposés à tous les hommes valides. La corporation des Jeunes Gens, imessurda, veille sur le maintien de la religion et des bonnes mœurs. Les revenus des fondations pieuses, habous, et de la tnüba (contribution bénévole annuelle en nature), les collectes périodiques et la solidarité du clan sont mis en œuvre pour l'assistance sociale, l'entretien de la mosquée et des écoles coraniques, les fêtes commémoratives et les rites saisonniers que l'on fait accompa­gner de repas communiels et de distribution d'aliments, ma'rüf.

[1]      Briggs, p. 39. Selon le Grand Rabbin Abraham El Baz. une personne frappée de niddüy restait dans un état d'incommunicabilité pendant 1 à 2 mois et même plus. Il n'est pas certain que la vraie excommunication hérem, ait jamais été prononcée contre un Juif du Mzab à l'époque con­temporaine (sauf, peut-être, dans le cas d'un mariage mixte, v. Briggs ibid., et F. Raphaël, 'Les Juifs du Mzab dans l'Est de la France', in Les relations entre Juifs et Musulmans en Afrique du Nord, XIX-XXe siècles. Colloque de Sénanqua, Oct. 1978, pp. 212-13.

Cette entr'aide se prolonge jusque dans le Tell où elle prend sou­vent l'aspect d' "entente commerciale" entre émigrés mzabites de même clan et de même famille, le fonds de commerce restant pro­priété du groupe tandis que les bénéfices acquis sont destinés à la famille demeurée dans le pays.

De même, les querelles entre "soff" juifs — clans Sullam et Balouka (qui en 1893 érigèrent leur propre synagogue) n'étaient qu'un pâle reflet des disputes, souvent meurtrières, entre les partis 'Ammï 'isâ et Üläd Bä Slimän à Ghardaïa et leurs alliés respectifs dans les autres villes du Mzab, ainsi qu'entre ces villes elles-mêmes.

En ce qui concerne la condition de la femme, la Mzabite qui est soumise à un régime de claustration et voilage poussé à l'extrême, passe toutefois la moitié de l'année dans la palmeraie de l'oasis, où la plupart des familles possèdent une maison de campagne. C'est pour agrémenter l'existence monotone des femmes, veiller à leur santé et aussi leur ôter toute vélléité d'émigrer — assurent les hommes — que les Mzabites continuent à entretenir leurs jardins, en dépit du coût et du peu de rentabilité de l'entreprise. La Juive, par contre, n'est ni cloîtrée ni obligatoirement voilée; sa maison est ouverte et ne connaît pas de dichotomie fonctionnelle visant à la séparation des sexes, ni de restrictions relatives à l'aménagement des portes et fenê­tres. Néanmoins, son univers se limite au melläh et au cimetière, cependant que son monde spirituel et sa vie sociale sont tenus séparés de ceux des hommes.

[1]      Sur les différents aspects de l'entr'aide mzabite: H. Parmentier, 'L'entr'aide chez les Berbères ibadhites du Mzab' in IBLA, 1er trim. 1946, pp. 41-49 (englobe charité publique à l'occasion des fêtes religieuses et familiales, habous et corvées). Sur le ma'rüf v. Suter, 'Sitten und Bräuche im Mzab', in Geographica Helvetica, n° 3, 1964, pp. 167-70; Id., 'Über Wesen und Sinn des Habous . . im Mzab', in Asiatische Studien, vol. XI (après 1955), 1-28; sur la tnüha ibid., pp. 10-20; sur la garde de nuit, M. Vigourous, 'La garde de nuit à Ghardaïa', in Bull, de Liaison Saharienne (Alger), cah. 9 (1952), pp. 9-16.

[1]      Sur la signification de cette dichotomie politique au Mzab, cf. Huguet, 'Les Sofs chez les Abadhites et notamment chez les Beni Mzab', in L'Anthro­pologie 21 (1910), 151-84, 313i-20; N.-J. Robin: Le Mzab et son annexion à la France (Alger, 1884), pp. 41-47 (luttes intestines); Suter, 'Die Bedeu­tung der Sippen im Mzab', in Paideuma 6/8 (Nov. 1958), 513sq.

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