Les debuts de la presse au Maroc : La presse emancipee de Tanger-David Bensoussan

LES DEBUTS DE LA PRESSE AU MAROC : LA PRESSE ÉMANCIPÉE DE TANGER

Quel fut le rôle de la presse tangéroise?

Les premiers journaux au Maroc apparurent au XIXe siècle. Ils furent publiés en langue espagnole, anglaise ou française et eurent un grand impact sur Tanger essentiellement, mais aussi dans le monde. La liberté de presse fut totale et les premiers journaux en profitèrent pour demander une solution aux problèmes de l'eau et à ceux de la voirie dans la ville. Ces mêmes journaux dénoncèrent l'esclavage et les ventes publiques d'esclaves. Ils exigèrent l'amélioration des conditions des prisonniers dans les geôles marocaines. Ils lancèrent des campagnes de levées de fonds pour venir en aide aux victimes du choléra au Maroc ou d'un tremblement de terre en Espagne. Ils n'hésitèrent pas à condamner le despotisme du Makhzen ou même l'inaction des légations consulaires devant les injustices. De façon générale, les légations étrangères importantes avaient leur journal. Nombreux furent les Israélites naturalisés britanniques qui œuvrèrent dans le journalisme tangérois. Ils se firent les ardents défenseurs de la modernisation du Maroc et de sa communauté israélite.

Le Liberal Africano parut à Ceuta en 1820, mais cessa d'être édité après six numéros. El Eco de Tetuan parut en 1860, puis fut remplacé la même année par El Noticerio qui tint pendant un an et compta quatre-vingt-neuf numéros. Ces journaux hispanophones se préoccupèrent essentiellement des nouvelles militaires ou défendirent les politiques de l'Espagne. D'autres feuillets parurent, mais eurent une existence brève : El Berberisco en 1881, Eco de Ceuta et La Africana en 1885. Il y eut également les revues El Eco Mauritano, La Duda del Progresso, La Lintema, El Dario de Tanger, El Emperio de Marruecos et La Cronica de Tanger. En 1870, il fut fait mention d'un journal tangérois publié sous l'égide de l'Alliance Israélite Universelle, critiquant le gouvernement local et les consuls d'Espagne et de France. Toutefois, sa parution semble avoir été éphémère.

Y eut-il une presse engagée?

Fondé en 1883, l'hebdomadaire espagnol Al Moghreb al Aksa fusionna en 1893 avec the Times of Morocco et fut publié en anglais. Le Réveil du Maroc parut en français en 1883. Son propriétaire en fut Lévy Cohen, originaire de Mogador, représentant de l'Anglo Jewish Association à Tanger, membre du Comité régional de Y Alliance Israélite Universelle et agent accrédité du Board of Delegates des Israélites de New York. Ce journal francophile adopta comme politique éditoriale la mission visant à contribuer au développement de la civilisation au Maroc et fit sienne la devise de Liberté, égalité, fraternité. A. Pamienta, ancien diplômé de l'Alliance Israélite Universelle en fut le rédacteur principal. En 1888, le journal passa aux mains du banquier Haïm Benchimol et Vial de Kerdec Cheny en devint le rédacteur en chef. Ce dernier fut également l'auteur du Guide du voyageur au Maroc et du Guide du Touriste.

Tant Le Réveil du Maroc qu'Al Moghreb al Aksa critiquèrent l'inaction du Makhzen en ce qui concerne les conditions urbaines et demandèrent à ce que des Européens prennent en charge les réformes qui s'imposent de façon à régénérer le Maroc. En 1885, le Réveil du Maroc écrivait : « Il est bien temps que l'Europe civilisée abandonne ces hypocrites considérations de respect international en vertu desquelles elle tolère les méfaits inhérents à l'administration marocaine… Les cabinets européens devraient imposer au Maroc des réformes administratives et économiques plus en harmonie avec la justice et la prospérité des indigènes et des étrangers.» Ce n'était ni plus ni moins qu'un appel au Protectorat…

Comment réagirent les autorités marocaines?

Lorsque le représentant du sultan Si Hadj Mohamed Torrès demanda la suppression de la presse tangéroise en 1885, les directeurs et les rédacteurs alertèrent l'opinion internationale. Les légations consulaires demandèrent aux journaux de s'exprimer avec modération. Mais de fait, la presse se montra encore plus enragée par la suite. Le Réveil du Maroc exigea que l'on s'en prenne aux exactions des caïds, ces enfants gâtés de la société philanthro-politique protectrice des aborigènes. Le Times of Morocco s'en prit quant à lui aux abus des Européens au point que la presse britannique s'en émut. À la longue, les attaques de la presse se firent plus nuancées. Tout en conservant un grand respect pour le souverain Moulay Hassan, le Moghreb al Aksa parla de « the so called Sherifian govemment » et Le Réveil du Maroc évoqua « le paternalisme du gouvernement. » À nouveau le gouvernement demanda la suppression de la Presse en 1887, mais il dut se résigner à vivre avec une presse libre. Même le sultan Abdelaziz, pourtant ouvert aux idées européennes, refusa de créer une presse arabe. En 1901, il offrit 2 500 pesetas à un Turc pour qu'il renonçât au projet de fonder un journal en langue arabe à Marrakech.

Qu'en fut-il de la presse en langue arabe?

Il faudra attendre 1907 pour voir paraître un premier journal en langue arabe Lisan Al-Maghrib qui fit la promotion de réformes sociales et politiques. Ses promoteurs étaient deux frères, Faraj Allah et Arthur Nemour originaires de Syrie. Ils proposèrent des réformes et même un projet de constitution et de création d'une Chambre des Représentants, tout en préservant « les libertés d'action et de pensée indispensables à la réalisation des réformes.» Peu avant l'entrée d'Abdelhafid à Fès, le journal demanda à « Sa Majesté de ne pas refuser plus longtemps à son peuple les bienfaits d'une Constitution et d'un Parlement. Elle doit lui garantir la liberté de penser et d'agir qui le rend apte à réformer sa patrie à l'instar de tous les pays civilisés qu'ils soient islamiques ou chrétiens.» Ils se firent également les avocats de l'instauration d'un enseignement primaire obligatoire et gratuit et préconisèrent également « le renvoi des mouchards et des espions ainsi que la nomination d'hommes compétents, méritoires et dignes assumant des postes à haute responsabilité.» Ce journal cessa de paraître en 1908 suite à un différend avec le Makhzen. Le journal Al-Saada parut à Tanger de 1903 à 1913 puis à Rabat de 1913 à 1956 et fut remplacé à Tanger par Al-Tarakki (Le Progrès). Ce dernier journal fit compétition au journal El-Hakk (Le Droit) subventionné par le Gouvernement espagnol. Suite au Protectorat espagnol, ces deux journaux disparurent pour être remplacés par Al-Islah (La Réforme) puis par Al-Ittihad (L'Union). Il y eut également un journal Al Moustaquil distribué par les Italiens, mais son audience fut très limitée.

Revenons à Al Saada. Le rédacteur d'Al Saada Moulay-Idris Ben- Mohamed Al-Khabzaoui Al-Jazairi était Algérien. La mission de ce journal de propagande était résolument pro-coloniale, vantant l'action civilisatrice de la France et la fraternité franco-marocaine. Tout comme le fit Lisan Al-Maghrib, Al-Saada mit ses lecteurs au courant des tendances idéologiques prévalant en Orient. Le bimensuel Al Sabah (Le Matin) fut une revue scientifique, économique, politique et littéraire, publiée à Tanger en 1908. Il y eut aussi un journal tangérois Fedjer (l'aube) dirigé par le Syrien Ni'met Allah Daddah, qui fut suspendu par le Makhzen mais qui reparut à Fès avec l'avènement du sultan Abdelhafid. Bien que ce journal fût progouvememental, des pressions furent exercées par les oulémas de la ville qui craignaient que ce précédent n'autorisât les Chrétiens à publier des journaux. Aussi, ce journal cessa de paraître en 1908.

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