David Corcos-Quelques souvenirs et reflexions sur mon temps- Albert Abulafia         Meir Abulafia

 

Albert Abulafia         Meir Abulafia

Le cinquième enfant a été Albert que j'ai aimé le mieux et dont j'admirais l'envergure en affaires tout en regrettant ses faiblesses. Oncle Albert était un extraordinaire mélange de folle générosité, de charme, d'implacabilité, d'élégance raffinée, de savoir-faire et de manque de scrupules. Il était dictatorial, et tous devaient plier sous sa volonté. Homme d'affaires de classe internationale, il amassa, malgré ses folles dépenses, une grande fortune, présida aux destinées de sociétés commerciales anglaises, françaises etc. et travaillait avec un acharnement que je n'ai jamais vu ailleurs.

Toute sa vie s'est passée en longs voyages. Il connaissait parfaitement tous les coins du monde, avait beaucoup d'amis et plus encore d'ennemis. Une amitié affectueuse et désintéressée nous liait bien qu'il ait été mon aîné de quatorze ans. Il aimait les jolies femmes et était aimé d'elles. Cependant, il fut un très bon père de famille. Oncle Albert n'était pas un sceptique religieux. Il était croyant et resta jusqu'à la fin de sa vie, a soixante-cinq ans, un pilier de la Synagogue Hispano-portugaise de Londres.

Jack, le sixième enfant est un instable. Lui aussi voyageait beaucoup, vécut longtemps à Londres, puis à Paris et enfin à New York qu’il habita depuis plus de trente ans, en faisant des séjours plus ou moins prolonges à Casablanca (Il y était surtout pendant la dernière guerre comme Officier de Renseignement de l'Armée Américaine), à Tunis, à Tripoli où il dirigea les sociétés créée par Oncle Albert. D'un caractère jaloux, il n'a jamais aimé Albert qui avait si parfaitement réussi.

Enfin, le plus jeune, Léon, avait été un adolescent puis un jeune homme et un homme d'un charme infini. Il avait beaucoup d'imagination et était un peu poète.

Il est mort âgé à peine de cinquante ou cinquante deux ans, laissant une femme restée jolie et deux garçons brillants. Léon était religieux, très attaché aux pratiques enseignées par notre Loi. Sa vie, toute entière, a été très morale, mais non sévère, car il avait un sens de l'humour très développé. Il était aussi érudit. D'ailleurs tous mes oncles maternels étaient fort instruits. Mes grands parents leur ont donné une solide éducation en les envoyant dans les grands lycées parisiens pour leurs études secondaires et après cela dans les universités anglaises pour leurs études supérieures. D'ailleurs, l'aîné Joseph, théologien et philosophe, termina sa carrière comme professeur à l'Université de Dublin en Irlande. Malheureusement, il se convertit au catholicisme en épousant la fille d'un amiral irlandais et changea son nom en celui de Francis Scully. Je me souviens a ce sujet d'avoir fait une de ses gaffes qu'on ne se pardonne jamais. Mon grand-père, Papa Haïm étant cloué au lit dans les dernières années de sa vie, à moitié paralysé, exprima le souhait de voir son fils aîné avant sa mort. J'étais présent dans sa chambre quand il en parlait à ma grand-mère. Sachant la chose impossible, car Joseph ne voulait plus jamais revoir sa famille, j'ai cru bon de dire dans ma naïveté: "Oh! On ne verra plus Oncle Baba, il nous a abandonné, il s'est fait chrétien! ".Papa Haïm poussa un cri: "Ne dis pas cela, tu mens!"; mais comme tout le monde se taisait, il sut que c'était la vérité. Et ce vieux monsieur, à moitié mort déjà, éclata en sanglots, comme un enfant.

J'ai moins connu mes grands-parents paternels, mais j'en ai quand même gardé un souvenir plein d'affection et de profond respect. Quand mon grand- père mourut, j'avais sept ans. Pourtant, je peux encore aujourd'hui revoir, en fermant les yeux, ce grand seigneur avec sa longue barbe blanche comme neige et sa redingote noire

Comme mon autre grand-père, il s'appelait aussi Haïm, mais nous l'appelions pour le différencier de l'autre, "Papa Haïm" .11 était le type même du parfait gentleman de la vieille école qui gérait de loin sa grande fortune, sa part de l'héritage léguée par ses parents, ses grands-parents et ses arrière grands-parents.

Les Corcos, les miens qu'on avait l'habitude d'appeler tout simplement les "Quaraqza" (c. à d. les Corcos, sous-entendu les "grands Corcos") avait toujours été opulents, de génération en génération. Ils incarnaient toute la haute et veille bourgeoisie, l'aristocratie de Judaïsme de l'Occident musulman, sinon de toute la Méditerranée occidentale, d'origine hispano- portugaise. Leur réputation, en fait, s'étendait à toute l'Europe occidentale et à l'Empire Turc à l'Orient.

 

David CorcosQuelques souvenirs et reflexions sur mon temps- Albert Abulafia         Meir Abulafia

 Page 205

כתיבת תגובה

האימייל לא יוצג באתר. שדות החובה מסומנים *

הירשם לבלוג באמצעות המייל

הזן את כתובת המייל שלך כדי להירשם לאתר ולקבל הודעות על פוסטים חדשים במייל.

הצטרפו ל 235 מנויים נוספים
יוני 2026
א ב ג ד ה ו ש
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930  
רשימת הנושאים באתר