La persecution anti-juive au Maroc sous le regime de vichy-1940-1943-Joseph Tledano

Saisis de panique par les rumeurs qui circulaient, les president des Comites des quatre grandes communautes, Yaya Zagury pour Casabanca, Albert Amiel pour Rabat Bension Ohayon pour Sale et Joseph Berdugo pour Meknes, qui avaient obtenu des assurances du sultan, mais qui savaient le vrai pouvoir entre les mains du representant de la France, adresserent le 23 juillet un appel aussi naif que pathetique au general Nogues – comme si l'antisemitisme se meritait on non et qu'il s'agissait d'une affaire locale:

 

Monsieur le Resident General,

En tant que chefs des principals communautes israelites du Maroc franqais, qui compte 200.000 ames, nous nous permettons d'attirer respectueusement votre haute et bienveillante attention sur la profonde angoisse qui nous etreint a l'annonce de mesures dont sont menaces nos coreligionnaires, en application du nouveau Statut des Juifs.

Nous avons a peine besoin de vous dire que cette angoisse est partagee par tous les membres de nos communautes, qui imaginent facilement le bouleversement, dans l'ordre moral comme dans I'ordre materiel, que ces mesures envisagees, sont susceptibles d'entrainer a l'encontre des etres dont ils ont la charge. Ils comprennent que l'avenir, et peut-etre meme l'existence des ces communautes sont en jeu et ils ont le sentiment qu'ils sont loin cependant d'avoir merite de pareilles rigueurs.

Installes au Maroc depuis plusieurs siecles, les juifs y ont toujours constitue un element paisible, loyal et travailleur. Avant meme l'institution du protectorat, ils n'ont pas menage les marques d'attachement a la France, toujours grande meme dans le malheur.

Eloignées de l'exercice du pouvoir, indifférentes aux luttes politiques, nos communautés croient pouvoir proclamer qu'elles n'ont pas appelé, par leur conduite, aucune mesure d'élimination ou d'ostracisme. Elles n'ont d'autre aspiration, sous la protection de la France et de Sa Majesté le sultan, que de toujours apporter une dévouée collaboration au développement et à la prospérité du pays qui les a accueillies à une époque particulièrement sombre de leur histoire, au moment où certains de leurs frères, de la même race séfarade, trouvaient asile dans la France de Henri II La tradition musulmane s'est en effet toujours honorée de protéger les juifs et les souverains du Maroc n'y ont jamais failli.

Aussi la terrible perspective d'être presque totalement éliminés de la vie économique, intellectuelle et sociale d'un pays auquel ils sont séculairement attachés, frappe- t-elle nos coreligionnaires d'une émotion qui confine au désespoir et nous avons le devoir de nous en faire l'écho auprès de l'éminent représentant de la France, en le suppliant d'écarter l'irrémédiable catastrophe qui s'annonce.

Nous voulons espérer: Monsieur le Résident Général, que ces alarmes sont exagérées et que l'adoption du texte français au Maroc voudra bien ne pas perdre de vue les titres de nos communautés à un traitement humain et équitable.

Aux juifs marocains, nous nous permettons de le souligner, aucun reproche ne peut être fait de s'être immiscés dans l'administration ou la politique. Ils n'ont jamais eu d'autre préoccupation que d'être fidèles à leur foi, qui leur recommande par-dessus tout la loyauté et le dévouement envers le souverain et les autorités, de se consacrer à leur famille, d'aimer le travail et l'étude et de pratiquer la charité sans distinction de confessions.

C'est avec confiance, monsieur le Résident général, qu'en cette heure cruciale de leur histoire, nos laborieuses et paisibles communautés placent leur sort entre vos mains qui tiennent le pouvoir du Dieu unique. Devant un horizon aussi lourd de menaces, où dominent le désœuvrement et la misère, avec leur cortège inéluctable de déchéances progressives, nous avons l'obligation morale de vous adresser cet appel. La conscience française a toujours été le guide de l'humanité. Une fois de plus, elle se prononcera dans le sens de la justice divine et humaine.

Décidé, malgré tout, à étendre au Maroc la législation française comme on le pressait de Vichy, le Résident se servit de cet appel pour expliquer la nécessité de tenir compte des pesanteurs locales, se faisant fort, au prix de certains amendements, d'obtenir en fin de compte l'aval de son ami, le sultan, au nouveau Statut, malgré son opposition de principe, clairement manifestée à toute discrimination à l'encontre de ses sujets juifs:

Au Maroc les mesures seront prises pour rendre la loi française (immédiatement) applicable aux juifs de nationalité française.

Pour les juifs marocains, l'introduction du régime nouveau nécessite des adaptations dont l'étude est entreprise avec le Makhzen central. Le Résident général a chargé de ce soin une commission présidée par Son Excellence le Grand vizir et le ministre plénipotentiaire Délégué à la Résidence Générale. En effet, en vertu des prescriptions religieuses et de l'économie traditionnelle, les musulmans recourent à l'entremise des juifs pour tout le commerce d'argent, dès qu'intervient la notion d'intérêt. Des atteintes portées à cet équilibre séculaire des activités, risqueraient d'amener une perturbation considérable, par l'impossibilité où se retrouveraient les musulmans de remplir le rôle assumé jusqu'ici par les juifs. 

Enfin nous devons prendre garde de ne pas pousser involontairement les juifs du Maroc, d'Algérie et de Tunisie à nous tromper et à souhaiter la domination britannique, au risque de déclencher eux-mêmes un antisémitisme latent, prompt au réveil, et à susciter des troubles dangereux surtout en période d'armistice.

Cette "tiédeur", ces retards du Résident à entériner le nouveau Statut s'abritant derrière les réserves de son ami le sultan, suscitaient la colère et les dénonciations des plus fanatiques partisans de la Révolution Nationale, impatients de voir la concurrence économique juive éliminée au nom de leur idéal, comme en témoigne cette lettre adressée à Vichy par l'un d'eux, Ludovic Barthélémy le 29 juillet 1941:

La politique du général Noguès envers le sultan est habile. Il en a gonflé la popularité en le prodiguant devant les populations. Le sultan a eu la joie des acclamations qu'il peut prendre pour le véritable reflet de son peuple. De très importants cadeaux lui sont faits à chaque occasion par les juifs dont il est le protecteur.

El Glaoui qui aune grosse influence sur le sultan, s'est également attelé à cette tâche (de le rendre anglophile). Les rapports de ce seigneur avec les Anglais sont constants. Ils s'effectuent par l'intermédiaire de monsieur Ohnouna, juif protégé anglais, très écouté à la Résidence et vice- consul des Etats-Unis.

Pour les fellahs, la France est méprisable puisqu'elle n'est plus capable disent-ils, de faire rentrer dans leur mellah les juifs qui sont la cause de sa défaite.

Mais, après plus de deux mois de tractations entre la Résidence et le Grand Vizir, le nouveau Statut des Juifs était étendu au Maroc par le dahir du 8 Août 1941, paru au Journal Officiel le 11 août, à la grande consternation de l'opinion juive du monde libre qui voyait comment, malgré l'opposition du sultan, le Maroc avait fini par s'aligner sur la politique antisémite de la France, comme le publiait l'Agence Télégraphique Juive de Londres dans son communiqué du 13 août:

 

Les informations parvenant de Rabat indiquent que le gouvernement de Vichy avait eu des difficultés pour obtenir l'aval du sultan, devenu de plus en plus indépendant depuis la débâcle de la France. Le communiqué officiel affirme que la loi avait été adoptée après "examen fait en plein accord avec les autorités chérifiennes" et souligne que les amendements adoptés en faveur des 160.000 juifs marocains avaient tenu compte des contingences locales. Les lois relatives aux juifs étrangers seront celles du gouvernement de Vichy. Celles relatives aux juifs marocains permettent le libre exercice de l'artisanat et du commerce de détail.

Sur le modèle français, le nouveau texte élargissait considérablement les branches économiques interdites aux juifs, énumérait toute une série de professions réservées: banquiers, agents de change, intermédiaires dans les Bourses de valeurs et de commerce, agents publicitaires, agences immobilières ou de prêts de capitaux, exploitation de forêts, concessionnaires de jeux, éditeur, gérant, administrateur, rédacteur même à titre de correspondant local de journaux ou d'écrits périodiques à l'exception de publications à caractère strictement scientifique ou confessionnel, exploitant, directeur, gérant, administrateur de toute entreprise se rapportant à la radiodiffusion. Passant outre à la mise en garde du général sur le risque de désorganisation des circuits économiques traditionnels, l'article 5 du dahir stipulait l'interdiction, sous quelque forme que ce soit, pour les juifs marocains du prêt de capitaux "même s'ils n'en font pas leur profession habituelle".

 

La persecution anti-juive au Maroc sous le regime de vichy-1940-1943-Joseph Tledano

 

 

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