Vichy-1940-1943


La persecution anti-juive au Maroc sous le regime de Vichy-1940-1943-Joseph Toledano

Le second statut des Juifs

Jugé trop laxiste, trop mollement appliqué par les idéologues de la Révolution Nationale, critiqué par les Allemands de plus en plus exigeants, le Statut des Juifs fut remis sur le métier en France. Afin de donner la nouvelle impulsion jugée nécessaire à la politique antijuive, le gouvernement de Vichy décidait en mars 1941 la création du Commissariat Général aux Affaires Juives lui fixant pour objectif la centralisation, coordination et la dynamisation de la lutte contre l'influence juive" dans tous les domaines: politique, social, intellectuel, culturel et surtout économique. Sa direction fut confiée à un antisémite notoire de longue date, l'ancien député d'extrême-droite Xavier Vallat. Estimant par nature les juifs inassimilables à la communauté française, il se voulait selon ses propres termes "le chirurgien" qui allait débarrasser une fois pour toutes la société française de sa "tumeur cancéreuse juive", sans relation avec les exigences de l'occupant. La meilleure preuve, il se fixait pour priorité d'étendre cette épuration à tout l'Empire français, en commençant par l'Afrique du Nord.

Ancien combattant de la Grande Guerre, il en avait en effet conservé un fort sentiment germanophobe. Pour lui, la lutte contre les juifs était une contribution éminente au redressement national qui devait permettre un jour à la France de prendre sa revanche sur l'Allemagne. Aussi est-ce avec un enthousiasme et un zèle inépuisables qu'il devait inciter les ministères en métropole et l'administration coloniale en Afrique du Nord à appliquer avec toute la vigueur requise la législation anti-juive. S'il accusait d'un certain "laxisme" le Résident Noguès, son Commissariat levait parfois pris être pris en défaut par l'excès de zèle de ce dernier allant au-devant des autorités de Vichy. Dans une lettre datée du 23 mai 1941 il demanda leur arbitrage dans son différend avec le Commissariat aux Affaires Juives ־ pas assez vigilant à ses yeux !

La législation chérifienne relative à l'exercice des professions libérales s'est inspiré du Statut français qui dans son article 4 fait préciser que des règlements d'administration publique fixeront le nombre de juifs autorisés à exercer ces professions. Dans ces conditions, en attendant que la métropole ait promulgué ces textes, et en raison de la proportion élevée de praticiens Israélites installés au Maroc, j'ai décidé de surseoir à toutes autorisations nouvelles, à quelque titre que ce soit, en faveur de personnes de race juive désireuses d'exercer la profession de médecin ou de pharmacien. M. Lévy, qui avait entre temps saisi de son cas le Commissaire aux Affaires Juives, a reçu copie de l'avis donné par ce département au Garde des Sceaux. Aux termes de ce document, qui ne m'a pas été communiqué, et sur lequel je n 'aipas été consulté, M. Xavier Vallat émet une opinion contraire à celle de la Résidence. Dans cette optique, les insuffisances, contradictions et lacunes du statut des Juifs imposaient la rédaction d'un texte plus cohérent et plus complet. Ce fut la loi du 3 juin 1941 amendant le Statut des Juifs.

Son article premier paillait la carence du texte précédent en ajoutant le critère de l'appartenance religieuse à la définition du juif. L'épuration de la fonction publique ayant déjà été largement opérée, le texte se contentait d'y ajouter des fonctions qui avaient été omises. L'essentiel était la mise à l'écart des juifs de la vie économique par une épuration massive des professions libérales, du commerce, de l'artisanat, de l'industrie et l'aryanisation progressive, par confiscation des biens juifs.

Le numerus clausus prévu dans le premier texte, mais non encore universellement appliqué, est généralisé dans les professions libérales – barreau, médecine, pharmacie – et l'enseignement supérieur, les universités et les grandes écoles. Dans cette optique est décidé le recensement complet des juifs et de leurs biens également dans la zone libre de la France métropolitaine déjà en vigueur dans la zone occupée. Plus qu'un amendement, c'était un tournant vers la persécution systématique, la spoliation, l'alignement sur les exigences des Allemands. Les élites juives du Maroc au fait de l'évolution en métropole, le comprirent parfaitement et suivaient avec angoisse cette évolution. A l'inquiétude lancinante succéda la panique quand on apprit l'extension immédiate de ces mesures aux juifs d'Algérie. Et même avec encore plus de rigueur et de cruauté, puisque excluant totalement les élèves juifs de l'enseignement public primaire et secondaire – mesure sans précédent même en France occupée – contraignant le judaïsme algérien à improviser à la hâte, avec les moyens du bord, son propre réseau scolaire alternatif. Xavier Vallat, impatient d'étendre sans tarder le nouveau Statut également à la Tunisie et au Maroc, demandait aux Résidents d'entamer les négociations avec les autorités locales, théoriquement juridiquement autonomes, des deux protectorats, pour également amender en ce sens leur législation. Face à l'extrême rigueur des mesures envisagées, les négociations cette fois prirent beaucoup plus de temps que pour le premier Statut. Les Juifs s'étaient attendus à voir le Makhzen s'opposer, en dépit de la faiblesse de sa marge de manœuvre et du précédent" que représentait un dahir de portée aussi désastreuse pour sa légitimité que celui du 16 mai 1930 (le dahir berbère), à l'introduction dès le début des lois raciales. Mais comme il s'était incliné et avait scellé le dahir du 30 octobre 1940, ils tentèrent de le persuader de ne pas avaliser le texte sur la base de la loi française du 3 juin 1941. Ceux-ci, indique un rapport des Renseignements Militaires, que S.M. Chérifienne enfreindrait la loi coranique si elle entérinait des mesures contraires à la lettre et à l'esprit du Coran: les chrétiens et les Juifs peuvent, disent-ils, vivre en territoire musulman et s'y adonner à toutes les professions non canoniques sous condition de payer l'impôt et de respecter la religion musulmane. Les supplications qui montaient vers le sultan, les implorations dont il était l'objet au palais même, de la part de délégations venant faire appel en termes pathétiques à sa protection, ainsi que les interventions des pachas et des hauts personnages du Makhzen en faveur de leurs amis israélites, placèrent Sidi Mohammed Ben Youssef dans une situation particulièrement délicate.

(Mohammed Kenbib "Juifs et musulmans au Maroc")

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