Simon Schwarzfuchs COLONIALISME FRANÇAIS ET COLONIALISME JUIF EN ALGERIE (1830-1845)

Simon Schwarzfuchs

COLONIALISME FRANÇAIS ET COLONIALISME JUIF

EN ALGERIE (1830-1845)

Le Consistoire Central des Israélites de France ne semble pas avoir été ému outre mesure par la conquête de l'Algérie, ni même par celle d'Alger; sans doute ne voyait-il pas la nécessité de se préoccuper du sort de la communauté juive d'Alger, qu'il ne connaissait d'ailleurs pas, aussi longtemps que le gouvernement du Royaume n'aurait pas décidé de sa politique à l'égard d'une conquête encombrante dont il ne savait encore que faire. Il n'est donc guère étonnant que le Consistoire Central ait jugé bon d'attendre jusqu'en novembre 1833 pour envoyer une lettre au Ministre de la Justice et des Cultes par laquelle il proposait l'établissement d'un Consistoire Israélite à Alger, mesure qui lui semblait favorable tant sur le point de vue politique que sur celui des rapports religieux et moraux. La délibération qui avait conclu à l'envoi de la lettre était signée entre autres par Adolphe Crémieux, membre agissant du Consistoire Central, et manifestant déjà la volonté d'aider tout autant la France que la religion juive.

Le projet restait cependant très vague et ne précisait rien concernant la formation de ce Consistoire et son éventuel rattachement au Consistoire Central à Paris. Il ne paraît pas qu'il ait suscité un grand intérêt.

Quatre ans plus tard, le 24 décembre 1837, le Consistoire Central dont Crémieux faisait toujours partie, résolut de se renseigner sur l'état des Juifs d'Algérie afin d'étudier les mesures qui pourraient être prises en leur faveur ainsi que la possibilité de hâter leur régénération grâce à l'établissement de rapports administratifs avec les Israélites de France, c'est-à-dire avec le Consistoire Central. Le Consistoire de Marseille fut chargé de cette mission. Il était alors présidé par J. Altaras, riche armateur né en Syrie, qui avait été élevé à Jérusalem avant d'émigrer en France. La réponse qui fut envoyée en avril 1838 transmettait quelques renseignements, qui n'ont pas été conservés, et recommandait d'établir en Algérie des écoles gratuites dirigées par des maîtres français, assistés d'un instituteur hébreu indigène, de créer un Consistoire composé de notables du pays et d'autres habitants européens et de ne prendre à partir d'une date non précisée que des rabbins issus de l'Ecole rabbinique, donc français, mais connaissant les principes de l'arabe. La même séance entendit également le Docteur Worms, médecin français attaché à l'hôpital de Bône, qui fut très acerbe et proposa des mesures bien plus énergiques: il proposait d'envoyer de jeunes Juifs algériens en France pour les y former aux habitudes françaises, et les renvoyer quelques années plus tard en Algérie pour y exercer une influence salutaire!

Le 4 septembre 1839, le Consistoire Central, dont Crémieux faisait toujours partie, revenait à la charge. C'est qu'un évêché avait été créé à Alger l'année précédente et qu'une église protestante était sur le point de l'être. Le problème de l'organisation du culte israélite ne pouvait plus être éludé et le Ministre s'en rendait bien compte. Il s'en préoccupait avec une sage lenteur, à tel point que le Consistoire Central fut contraint de lui écrire à nouveau le 7 janvier 1841 pour lui demander où il en était.

        Il faut bien reconnaître que l'organisation du culte israélite posait des problèmes très différents de ceux des cultes chrétiens. En effet, l'évêché d'Alger était l'évêché des Européens, des Français d'Alger, de même que l'église protestante ne servait et ne réunissait que des protestants d'importation, civils ou militaires, tant il est vrai que les efforts missionnaires déployés en Afrique par ces deux cultes n'avaient obtenu que des résultats dérisoires. L'organisation du culte israélite, quant à elle, serait essentiellement destinée aux Israélites indigènes, le nombre des Juifs français établis en Algérie n'atteignant pas le millier. Elle allait donc poser des questions de principe et contraindre les autorités françaises à définir leur position devant la population juive de l'Algérie.

Il est bien connu que le général, puis maréchal Bugeaud avait des opinions très arrêtées au sujet de la politique qu'il convenait d'appliquer envers les Juifs d'Algérie. Il s'en expliquait longuement dans son Mémoire sur notre établissement dans la Province d'Oran par suite de la paix, qu'il rédigea en juillet 1837. II les accusait d'abjection, de fourberie et de rapacité et affirmait que si les Français avaient déchu dans l'opinion des Arabes, c'était surtout parce qu'ils avaient traité 'd'égal à égal avec les Juifs'. Il aurait fallu les expulser des villes dès l'arrivée des troupes françaises, et il était très regrettable qu'on ne l'ait point fait. Leur présence et le rôle d'intermédiaire qu'ils jouent empêchent le contact direct entre Arabes et Français. Ils constituent la majeure partie de la population des villes, mais ne contribuent pas à leur défense: il faudrait les en expulser et les y remplacer par des populations françaises qui soutiendraient ou remplaceraient à l'occasion les troupes françaises. 'Mais comment les expulser? La difficulté n'est pas en Afrique, elle est en France'.Bugeaud regrettait l'appel qui serait fait au régime constitutionnel et ce qu'il qualifiait d'excès de libéralisme. Si jamais les Juifs pouvaient invoquer la capitulation d'Alger pour justifier leur présence dans la ville, ceux d'Oran, de Bône, de Bougie, etc…, n'étaient pas en droit d'avancer le même argument. Il recommandait donc de donner aux Juifs des villes un délai de deux ans pour vendre eux-mêmes leurs biens. Passé ce délai, ils seraient tenus de quitter l'Algérie, mais auraient encore cinq ans pour vendre leur biens par procuration.Les autorités feraient vendre par autorité de justice les biens qui leur resteraient par la suite, et leur en remettraient le montant. Si une telle mesure se révélait impossible, il demandait de ne pas les émanciper entièrement, de limiter la liberté dont ils jouissaient, de leur faire payer l'impôt et de les faire servir dans la milice.

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