ארכיון יומי: 18 באפריל 2018


אירופה ממרוקו: הפרוטוקולים של הנהגת קהילת יהודי טנג'יר (החונטה)  1864-1860 אביעד מורנו

אירופה ממרוקו:

הפרוטוקולים של הנהגת קהילת יהודי טנג'יר (החונטה)

 1864-1860

אביעד מורנו

סיכום תהליכי התמורה

התמורות ההיסטוריות שחלו בעולם עם התעצמותה של אירופה האימפריאלית, שינו את מאזן הכוחות גם בחברות שונות בעולם. הסלטאנות השריפית, ששאבה את הלגיטימציה לשלטונה מן הנרטיב הדתי, פיתחה כעת שיח ג'האדי מודרני. אולם השיח בקרב העילית האינטלקטואלית והשלטונית במרוקו לא

תמיד כוון אל ג'האד צבאי, במיוחד לאחר התבוסות שנחל צבאו של הסלטאן. הסלטאנים ביקשו לחזק את הלגיטימציה לשלטונם על ידי סדרת רפורמות שנתפסה והוצגה כהכשרת הקרקע לאו דווקא באופן צבאי לג'האד. למרבה האירוניה ניסיון זה העצים את התהליכים אשר הובילו את מרוקו מלכתחילה לעמדתה הנחותה במסגרת הסדר העולמי החדש. הארץ שועבדה למערכת כלכלה עולמית שידה של אירופה הייתה בה תדיר על העליונה. מתוך כך עמד כעת בראש הסולם החברתי מעמד בורגני חדש, שקשר את גורלו בקשר ישיר עם גורמים אירופיים במרוקו ומחוצה לה. שינויים אלו הגדירו בתודעתם של רבים את יחסי הכוחות בין מרוקו למעצמות אירופה הגואות.

השינויים החברתיים והפוליטיים השפיעו מאוד על המבנה הפנים–חברתי במרוקו ובכלל זה על יחסי מוסלמים-יהודים. נהירתם של יהודים רבים אחר יסודות אירופיים לא הייתה תוצר פשוט של ניסיונות אמנציפציה מאורח חייהם ה'אומלל' בגולה המרוקנית, כפי שטענו חוקרים. בנסיבות שנוצרו נטו קהילות יהודי מרוקו בהנהגת העיליות העירוניות לקבל את ההתערבות האירופית בזרועות פתוחות יותר משעשתה זאת החברה המוסלמית, ואחת הסיבות המרכזיות לכך הייתה זיקתם של היהודים לתרבות הפוליטית המקומית.

מחקרים מלמדים כי העילית השלטונית והאינטלקטואלית בחברה המוסלמית עודדה את עילית הסוחרים היהודים ואף דרשה ממנה לקיים מגעי דיפלומטיה וסחר עם אירופה, זאת כאמצעי טקטי למאבק בעליונותה הכלכלית של אירופה ובניסיון להתמודד עמה בדרכים שונות בלי לוותר על השיח הג'האדי. בנסיבות אלו נמשכה עילית הסוחרים היהודים החל מראשית המאה התשע עשרה אל הסחר עם אירופה, אל הפילנתרופיה האירופית ולעתים אף אל תרבות אירופה, בלי לזנוח את מערכת ההגנה המסורתית ואת נאמנותה לשלטון המקומי.

במאה התשע עשרה תהליך זה השפיע על רוב קהילות מרוקו, אך השפעתו בלטה במיוחד בערי הנמל, ובהן – אם לא בראשן – טנג'יר. עיר הקונסוליות ונמלה המסחרי המודרני והחשוב משכו אירופים רבים ומשפחות נכבדים וסוחרים מפנים הארץ. משפחות נכבדים יהודים מערי פנים הארץ, כפאס, מכנאס או סאלה, שעברו לעיר שינו את המרקם החברתי בה ובקהילתה היהודית והפכו אותו לעיליתני שבערי מרוקו. בטנג'יר נוצרה חברה יהודית–ספרדית עיליתנית שעמדה בראש הסולם החברתי–הכלכלי, היהודי והלא– יהודי, במרוקו. כוחן הפוליטי של משפחות אלו בא לידי ביטוי בהקמת גוף פוליטי חדש שמטרתו הייתה להנהיג את קהילת יהודי טנג'יר ובמקרים רבים את יהדות מרוקו כולה בעידן שבו הכתיבה אירופה את הטון. הקמתו של גוף זה והתמודדותו עם האירועים תועדה בספר פרוטוקולים שנכתב ברוח התקופה. בתופעה זו ובמאפייניה אעסוק בפרק הבא.

Pogrom de Fes-tritel-P.B.Fenton-L'indemnisation du pillage

Lyautey sécurisa le Maroc central et transféra la capitale de Fès à Rabat. Il obtint l'abdication de Mawlây al-Hâfid le 25 août en faveur de son frère Mawlây Yûsuf, choisi pour sa réserve, sa piété et – son manque de personnalité. Son élection fut avalisée par les oulémas. Le dernier sultan du vieux Maroc, escorté par Gouraud, devenu général, quitta Fès le 6 juin, en compagnie de M. Regnault, et partit en exil.

Le retour de la sécurité dans les environs de la ville permit aux colporteurs juifs de visiter les campagnes où ils gagnaient des moyens d'existence. En ville, les commerçants retournèrent à leurs magasins et les artisans à leurs ateliers et progressivement l'activité commerciale du mellâh renaquit. Mais les ressources restaient encore trop modestes pour racheter des meubles ou même des objets de première nécessité et longtemps durant, les maisons demeurèrent dégarnies.

Dans les mois qui suivirent, on procéda à la reconstruction du mellâh mais avec d'importantes modifications et améliorations. L'occasion fut saisie d'élargir le quartier juif pour permettre la circulation automobile dans les artères principales. Les maisons aussi se firent plus larges et dotées de balcons. Pour la première fois dans son histoire, le mellâh put installer un bain public, établissement que les autorités musulmanes avaient toujours interdit pour des raisons «religieuses». Cependant pour arriver à restaurer réellement la vie sociale et économique du quartier, les Juifs attendaient le paiement des indemnités qu'ils avaient sollicitées auprès du gouvernement du protectorat.

L'indemnisation du pillage

A la demande d'Elmaleh, les membres parisiens du comité central de l'AIU sollicitèrent une audience auprès du président de la République Raymond Poincaré (1860-1934) afin d'attirer l'attention sur le triste état des victimes juives du tritel de Fès et de lui demander d'ouvrir une investigation sur les responsabilités. Le 29 avril 1912, ils obtinrent la promesse qu'une aide sera promptement apportée à l'instar de celle qu'avaient reçue leurs coreligionnaires de Casablanca après les émeutes de 1907. Surplace à Fès, le général Lyautey, peu après avoir assumé ses fonctions de résident général, se rendit au mellâh pour constater les dommages causés par le pillage. Il assura le comité central de sa volonté de protéger les Juifs de la capitale et de leur faire justice.

A cette occasion A. Elmaleh souleva le problème de l'indemnisation des victimes de l'insurrection. Au mois de juin, Louis Mercier, le nouveau consul de France à Fès, invita la communauté à dresser la liste détaillée des pertes subies et à soumettre dans un délai de huit jours les demandes de réparations. Comme ces dernières devaient être adressées en français, Elmaleh fut pleinement impliqué dans la traduction et l'instruction des dossiers. Par ailleurs, le directeur d'école remporta une grande victoire civique. Au même titre que les habitants arabes de Fès, les Juifs, qui constituaient 10% de la population totale, payaient des impôts à la ville sur leur activité commerciale. Mais, par une de ces injustices coutumières propres au régime musulman, les recettes ne profitaient, de temps immémorial, qu'à la ville arabe. Or, grâce à ses démarches faites auprès des autorités françaises, Elmaleh obtint pour la première fois dans l'histoire que 10% du produit soit versé à la population juive.

Toutefois le processus de la réhabilitation du mellâh commença à se compliquer. Pour gérer les affaires du quartier juif une «commission municipale Israélite» ou mejlis fut constituée en septembre 1912 à la demande du Bureau Arabe pour succéder à la commission de secours. En 1913, M. Amram Elmaleh imprima à Tanger un rapport d’activité de cette commission avec une postface du consul britannique J. M. Macleod. Peut-être en raison d’un certain chauvinisme local, les habitants du mellâh se montrèrent insatisfaits du rôle de plus en plus prépondérant que s’était attribué A. Elmaleh, un non fassi, et de la façon dont avaient été élus les membres de cette instance, dont les juges rabbiniques, dirigeants communautaires traditionnels, avaient été exclus. En outre, on reprocha à M. Elmaleh, qui s’était rendu impopulaire par la rigueur dont il fit preuve lors de la distribution des vivres, de ne pas faire assez cas des revendications d’indemnisation. Malheureusement, les rapports entre le directeur de l’école et les membres de la commission se dégradèrent progressivement. Ces derniers allèrent jusqu’à protester auprès du général Lyautey et des consuls étrangers. Les Fassis décidèrent de s’organiser par­leurs propres moyens. Ils formèrent un nouveau comité de dix-huit membres ayant comme président justement le Rabbin Vidal Ha-Sarfati.

Commença alors un conflit de personnes, sinon de partis. Dans un échange de lettres, le Rabbin Ha-Sarfati exigea et obtint de l’AIU, le renvoi de M. Elmaleh qui ne fut remplacé qu’en octobre 1916. Dans l’intervalle, les revendications, les demandes d’indemnisation ne progressèrent guère. Quatre membres du nouveau comité, les rabbins Ha-Sarfati et Aben Danan, assistés de MM. Raphaël Azuelos et Juda Bensimhon se rendirent à Rabat pour rencontrer le général Lyautey puis, firent le voyage jusqu’à Paris pour faire entendre les revendications de la communauté. Ils résidèrent près de trois mois dans la capitale et grâce au concours de PA1U, furent reçus par différentes personnalités, entre autres, M. Stephen Pichon (1857-1933), ministre des Affaires étrangères.

En février 1914, une commission française présidée par le consul de France présenta ses conclusions en annonçant qu’une somme de 5 000 000 de francs sera allouée aux victimes. Cette somme fut contestée par la communauté juive et ce fut seulement en septembre 1916 que les victimes touchèrent enfin des indemnités prélevées sur l’emprunt d’Etat accordé au Maroc, en 1813 !

Quelle volonté, quelle foi a-t-il fallu aux Juifs de Fès, en majorité des gens simples, pour se relever, pour continuer et recréer une vie de communauté après l’effroyable catastrophe! Mais ils furent assistés en cela par l’amélioration profonde apportée à leur condition par l’instauration du protectorat français. Libérés théoriquement du statut de la dhimma, leur destin était désormais dépendant des autorités françaises.

Juda Bensimhon (1888-1979), décoré du Wissam alaouite, était instruit en hébreu, en français, en anglais et en arabe classique. Il était membre des instances communautaires, notamment de la société de bienfaisance de Fès, dont il était un des fondateurs, et de la branche fassie de l'Anglo-Jewish Association, dont il était le secrétaire. Sa maison avait été détruite pendant le tritel et il fit partie de la délégation venue à Paris pour négocier l’indemnisation de la communauté juive. Sollicité pour ses précieux conseils juridiques, il connaissait par coeur nombre de dâhir-s au point où il fut surnommé Y'huda Dâhir! Il avait également des notions de médecine et même d'astrologie. Bibliophile, il avait aussi une collection de livres et de manuscrits hébreux dont certains furent vendus à la bibliothèque universitaire de Cambridge. Nous tenons certains de ces renseignements de première main, car nous avons fait sa connaissance à Fès en 1974, et d'autres nous devons à l’amabilité de notre collègue, le professeur Joseph Tedgui qui l'a bien connu.

التريتل-Pogrom de Fes-tritel-P.B.Fenton

 Temoignage dune femme juive du mellah

עדות של אישה יהודייה

עדות מאת יהודייה מהמלאח המתארת בערבית מדוברת את מעשי ההרג והשוד

التريتل

التريتل جاءنا صباح ييساح في الرحولات ما بين حنا كانرفدوا المضيرة ذالعيد؛ ليلة يياح ما بين ليهود ذالسوق كايسدوا حوانتهم وهانا الملآح كته ترع وبداوا شي كايجري على شي من حيث السلمين كانوا يعليوا القرطاص على الحوانت ذاليهود؛ حنا كتا كانسدوا بيبان الديار علينا وقلينا كان كايردح بالخلعة، نيك الساعة الحوانتية مشاوا يزاوقوا في الكبار ذالبلاد ومشاوا رغبوا الحكامودحاوا نوك المسلمين؛

بيساح كله داز علينا غير بالصارة لعلم الله علينا كيف دوزناه على قبالت كان واحد الخوف كبير؛ الجمعة ذي دواز ييساح اليهود كانوا كايتجمعوا جميعالير جميعات في السوق، دازت نيك الجمعة، احنا جالسين نهار اكنين في ديورنا والملاح كله تعتر بالمسلمين راكبين فوق الخيل محزمين بالقرطاص وبالمكاحل؛ حنا ريناهم حنا جلسنا شي كايجري على شي، العدو كان كايدخل لنا حتى لقلب الدار يحوسنا ويبتد فينا مكحلته ويقول لنا: جيبوا الزطاطة آولاد الحرام ، حنا بالخوفة كئا كانعطيوا له كز شي نبقاوا نرغبوه باش يختينا غير العمر، وذي ما كان شي كايحب يعطي له كان يفع فيه البارود وينزل له ذاك الشي ذي عليه، بزاف ذي كان كايدفن ماله في الارض اويعليه في البير باش يمبع له؛

في وسط السوق كانوا كايدونوا المسلمات بالزغاريت كيقولوا: قذاش علينا هاذ النهار هنيا علينا ساعتنا جات . حنا من اين كئا كانسمعوهم كايرغرتوا كئا كانخرجوا من حيث كان كايبان لنا باين السوق بدا يتهدن واليهوديات هما ذي كايزغرتوا؛ ثلاثة ايام يالوا المسلمين في الملآح وهما كايحؤسرا الديار ويقيموا فيهم العافية، الطعة ذا الحوانت كلها كانت مسيبة في السوق والحوانت كلهم كانوا محروقين؛ حنا جالسين في ديورنا وحنا رينا واحد الشعلة نالنار طالعة حتى لهواين السما، حنا طلعنا للسطاح وحنا كانراوا باين النار قابضة في الملآح حتى كان كايبان لنا باين السوق كته كان شعلة واحدة، واش ن هي الغبينة الكبيرة ذي كانت تحرقنا في جوفنا؟ هي ذي كانوا كايخطقوا لنا وليداتنا من حجرنا ويعتيهم تحت الخيل يرفسوا عليهم؛

موالين الغرارن والطرارحة كانوا كايتسفاوا فينا ويدخلوا لنا حتى لقلب بيوتنا ويحوسوا ويقولوا

لنا: ”اش ظهرلكم يا اولاد ابرام تعقلوا ذي كنتواكاتاذيوابنا؟ "

نهار الاربعا اليهود ذالملاح كله طلعوا للنواول حفيانين رافدين اولادهم فوق كنافهم وكانوا

كايزاوقوا في يهود النواول باش يخليوهم ينزلوا عندهم من حيث الملاح كله كان محروق، والطليبة الكبيرة ذي كتا نطلبوا هي القيمة ذالخبز نعتقوا بها ترابينا؛ من الاول العدوما كان شي يعرف النواول ، نهار الخميس حنا جالسين والعدو خلط علينا وكان كايقول لنا: اخرجواآ١ولاد الحرام جيتوا تتخياوا هنا ؛

حنا رايناه وحنا كلنا طلقناها بسبقة واحدة للميعارة في حال الدولة ذالغنم واولادنا معنا كايتباكوا وكايعةطو١ : اعطيني ناكل ماشي نموت بالجع ، وحنا ما كتا نصيبوا ما نععليوا لهم وكانوا

يموتوا لنا بالجع؛

والعدو كان تبعنا طريق النواول كلها، جينا حنا دخلنا للميعارة وتدرقنا بين القبورات وبدينا كانزاوقوا في الصديقيم، دخل لنا العدو حتى الميعارة وبداوا يهدموا القبورات ، والحبلات ذي كانوا موبعات كانوا كايقبضوا في الربع ويعصروا ويولدوا ؛ ذي زاد كتل لنا على التريتل هو الشتا والرعد ذي حتى كثا كانقولوا بين الدنيا ما شى تخلا؛ نهار الخميس حئنا براسنا باين ماشي نموتوا كلنا من حيث العدو عتى الرحيل ذي كان كله في

الملآح ورجع باش يقتلنا؛

مشينا باش كانزاوقوا في المخزن جا ن هو باش يهرب المسلمين، بدا كايضرب الكور ذالمدبع برج التور ، نوك الكور طيحوا النصف في الملاح ، نيك الساعة كانوا فوق السور اكثر من مياة ذالعزارة ذاليهود ذي ما كانت لهم لا عدة لا والو ، بدوا كايضربوا العدو غير بالحجر ، نيك الساعة زادوا زاغوا السلمين وجا الغرنسيس وضرب الكورة الكبيرة ذي قاست نوك العزارة وما

بقي فيهم لا كبير ولا ص؛

ونهار الجمعة حنا جالسين في الساحل وبراح مسلم بعلم السلطان جاز كايعيط ا اليهود على امر السلطان تمشيوا لدار المخزن بكباركم وصغاركم حنا سمعناها وحنا بدينا غير نرفدوا اولادنا فوق كتافنا ومشينا ميعادنا ميعاد دار المخزن؛

حنا ذي كيف دخلنا وهما دلحلونا لواحد البنيقات قدام القفوزة ذالسبوعة والنمورة ، بداوا

كايعتروا ينيهم بالخبز والكرموس ويعتيوا لنا، حتا كتا في حال الدجاج ذي كايطيروا على النقب ، وكنا كانراوا غير ما نعطيوا لاولادنا ذي ما كانوا ما كايصيبوا باش يعتقوا روحهم واحا بجفمة ذي الما؛

وكل نهار كانوا كايصيغطوا لنا المونة وما كتا نبيتوا غير في الروا ذالبفال ذالسلطان؛ الكبار ذاليهود كانوا كايكتبوا الصارة نيالنا ويصيغطوها للبلادات، حنا جالسين في ديورنا واحد النهار وهاذوا اليهرب ذالبلادات صافطوا لنا ندابات، والكبار ذاليهرد كانوا كايشريوا لنا الحوايج باش ننكساوا ونعتقوا روحنا؛

طالت هكناك شي شهرين وحن فينا الله وردنا الخير فاش كتا قبل من هاذ الصارة ذي جازت

علينا وذي نطلبوا من رفي ما يونيها لنا ثي اكثر واخا في المنام.

TRADUCTION תרגום

Le pillage survint tout de suite après la Pâque, à l’époque des déménagements, au moment où nous étions en train de réparer le désordre laissé par la fête.

Déjà, peu avant la Pâque, tandis que les Juifs de la grande rue fermaient leurs boutiques, une panique tout à coup avait eu lieu au mellâh. Les gens (affolés) couraient les uns après les autres car les Musulmans tiraient des cartouches sur les boutiques.

Nous (les femmes), nous fermions sur nous les portes des maisons, le cœur battant de peur. A ce moment, les commerçant allèrent implorer les notables israélites de la ville et ceux-ci à leur tour, supplièrent les autorités qui éloignèrent ces (malfaiteurs) Musulmans. La fête de Pâque tout entière se passa pour nous dans l’angoisse, et Dieu sait comment, car une grande peur régnait (au mellâh).

Pendant la semaine qui suivait la Pâque, les hommes, par petits groupes, se réunissaient dans la rue. Cette semaine s’écoula puis, alors que nous étions chez nous, le lundi, voici que tout le mellâh fut envahi par des Musulmans à cheval, armés de cartouches et de fusils. En les voyant nous nous mîmes à courir les uns après les autres. L’ennemi entrait jusqu’à l’intérieur de nos maisons et nous pillait. Il nous mettait en joue en disant «La bourse ou la vie bâtard!» Terrorisés, nous lui donnions tout, le suppliant seulement de nous laisser la vie sauve. Quiconque refusait de donner était fusillé et on lui enlevait les vêtements qu’il portait. Beaucoup enterrèrent leurs biens ou les jetèrent dans les puits pour les conserver.

Au milieu de la grande rue passaient des Musulmans en poussant des you-yous. «Combien, disaient-elles, ce jour est beau pour nous! Quel bonheur pour nous, notre heure est arrivée!» En les entendant pousser leurs cris d’allégresse nous sortions, croyant que la rue commençait à se calmer et que c’étaient des Juives qui manifestaient leur joie.

Trois jours durant les Musulmans demeurèrent dans le mellâh à piller les maisons et à y mettre le feu. Toutes les marchandises étaient dispersées dans la rue et toutes les boutiques étaient incendiées.

Alors que nous étions dans nos maisons, nous vîmes une grande flamme s’élever jusqu’au fond du ciel. Nous montâmes à la terrasse et vîmes que l’incendie dévorait le mellâh, à tel point qu’il nous semblait que la rue toute entière n’était qu’un seul brasier. Quel immense chagrin encore nous brûlait le cœur! C’était (de voir) les Arabes s’emparer de nos jeunes enfants, qui se trouvaient sur nos girons, et les jeter sur le chemin afin que les chevaux les piétinent.

Les patrons de fours et les mitrons se réjouissaient de notre malheur. Ils entraient jusque dans nos chambres et nous pillaient en disant: «Que vous en semble! bâtards! Vous souvenez-vous de ce que vous nous faisiez endurer?»

Le mercredi, les Juifs de tout le mellâh se rendirent aux Nowâwel, pieds nus, portant leurs enfants sur leurs épaules; ils supplièrent leurs coreligionnaires de ce quartier de les laisser s’installer chez eux, car tout le mellâh avait été incendié. Ce que nous désirions par-dessus tout c’était un petit bout de pain pour apaiser la faim de nos jeunes enfants.

Au début de l’affaire, l’ennemi ne connaissait pas les Nawâwel279. Mais le jeudi, pendant que nous étions là il nous surprit et s’écria: «Sortez! Batârds! Vous êtes donc venus vous réfugier ici?» A sa vue, nous détalâmes d’un seul élan vers le cimetière comme un troupeau de moutons. Nos enfants pleuraient à qui mieux mieux et criaient: «Donne-moi à manger, je vais mourir de faim!» Nous ne trouvions rien à leur donner et ils mourraient de faim en effet.

L’ennemi nous poursuivit tout le long du chemin des Nawâwel. Nous entrâmes alors dans le cimetière et nous cachâmes entre les tombes en implorant la protection des saints. Les pillards nous poursuivirent jusque dans le cimetière et se mirent à démolir les tombes. Les femmes enceintes qui ressentaient les douleurs de l’enfantement se cramponnaient aux touffes d’herbe en faisant des efforts et accouchaient.

Ce qui mit le comble à l’affaire, ce fut la pluie et le tonnerre qui étaient tels que nous disions que le monde allait finir.

Ce jeudi nous crûmes bien que nous allions tous mourir car les émeutiers, après avoir pris tous nos biens au mellâh, revinrent pour nous tuer.

Nous allâmes implorer le Makhzan. Celui-ci se mit en devoir de chasser les Musulmans et tira le canon du haut du mellâh. A ce moment, sur les remparts, se trouvaient plus de cent jeunes hommes israélites, sans armes ni autre moyen de défense. Ils se mirent à attaquer l’ennemi avec des pierres seulement. Les Musulmans s’en irritèrent alors davantage. Les Français arrivèrent, ils tirèrent (sur le mellâh) de gros obus qui atteignirent les jeunes gens juifs: il ne resta parmi ceux-ci ni grand ni petit.

Le vendredi, alors que nous étions réfugiés au Sahel- Le sâhil est la partie la plus éloignée du cimetière. On y enterrait autrefois les réprouvés et les pécheurs- (au fond du cimetière), un crieur public musulman passa envoyé par le Sultan «O Israélites, disait- il, par ordre du Sultan, rendez-vous à Dâr al-Makhzan grands et petits». En entendant cette annonce, nous plaçâmes nos enfants sur nos épaules et nous nous dirigeâmes directement vers Dâr al-Makhzan.

A peine arrivés, on nous fit entrer dans de petites pièces qui se trouvaient à côté des cages à lions et à panthères. On se mit à nous lancer du pain et des figues à pleines mains. Nous étions comme des poulets qui sautent sur le grain. Nous ne cherchions que de quoi donner à nos enfants qui ne trouvaient pour se sustenter même pas une goutte d’eau. Chaque jour, on nous envoyait des subsistances. Nous ne dormions que dans les écuries des mulets du Sultan.

Les notables israélites décrivaient notre détresse dans des lettres qu’ils envoyaient (à nos coreligionnaires) dans les villes. Un jour, pendant que nous étions chez nous, nous reçûmes les secours (envoyés par les Juifs des autres villes). Les notables nous achetèrent alors de quoi nous vêtir et apaiser notre faim.

Deux mois environ s’écoulèrent (après ces événements). Dieu eut pitié de nous. Il nous rendit ma situation favorable dans laquelle nous étions avant le malheur. Veuille Dieu ne plus nous le montrer même en rêve.

  1. Brunot et E. Malka, Textes judéo-arabes de Fès, publications de l’Institut des Hautes Etudes marocaines, Rabat, tome XXXIII, 1939,
  2. 207-209.

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