Les contacts entre le Maroc et les pays europeens au XIXe siècle-David Bensoussan

AL-KETTANI
Faisons un retour en arrière et revenons à Al-Kettani.
Il représenta une opposition religieuse contre les concessions faites aux Européens.
Mohamed Ben Abdelkebir Al-Kettani fut un théologien-chef de la confrérie religieuse des Kettania et un engagé politique. Il milita pour des réformes internes et pour un islam qui combinait soufisme et salafisme. Il avait fait un voyage en Orient et s'était rapproché de milieux panislamistes d'obédience ottomane. En 1904, Al-Kettani fut à la tête d'une délégation d'oulémas qui exigea du sultan Abdelaziz de couper les liens avec la France, de renvoyer les instructeurs militaires, de les remplacer par d'autres instructeurs musulmans du Moyen-Orient et de renvoyer les membres du gouvernement soupçonnés de sympathiser avec les Français. Car, stipulait la fatwa des oulémas qui l'accompagnaient, « les étrangers sont la cause de nos malheurs… C'est à eux qu'il faut imputer notre déchéance, notre anarchie, nos luttes intestines, la perte de notre indépendance, notre ruine.» La pression de la France soutenue par celle de l'Angleterre fit annuler l'invitation d'instructeurs ottomans pour l'armée marocaine. Al-Kettani songea un moment à s'allier au prétendant Bou Hmara en vue de « chasser les infidèles qui déshonoraient et souillaient Fès, la ville sacrée et qui dilapidaient le trésor public.» Suite à la signature par Abdelaziz du traité d'Algésiras, une organisation secrète, la Hafiziya chercha à renverser le sultan et à le faire remplacer par son frère Abdelhafid, en ajoutant à la cérémonie d'allégeance de la Bay'a une clause visant à renforcer les liens entre le Maroc et les autres pays musulmans. Lors de bombardement de Casablanca en 1907, Al-Kettani fit appel à ses adeptes pour aller à la rescousse des combattants contre les Français.
Quelle fut alors la dynamique entre Al-Kettani et la Cour־?
Al-Kettani ne cessa de faire pression sur le nouveau sultan et bientôt, la coalition qu'il avait montée désavoua Abdelhafid en raison de son attitude jugée compromettante envers la France. Le sultan Abdelhafid qui soupçonnait Al-Kettani de fomenter une révolte ou même d'avoir l'ambition de devenir sultan. En effet, Al-Kettani appartenait à la branche chérifienne des Idrissides et la zaouïa Al-Kettaniya fondée en 1865 avait eu une influence allant croissant. Le sultan Abdelhafid le fit emprisonner et fouetter à mort.
Cette pression pour des contacts accrus avec les pays islamiques resta donc sans conséquence?
En fait, la pression exercée par les opposants à l'influence européenne ne fit qu'encourager le rapprochement avec l'Allemagne et l'Empire ottoman et une délégation ottomane fut invitée au Maroc. La France menaça d'interrompre les pourparlers relatifs à un prêt au gouvernement marocain et la pression française finit par mettre un terme à ces contacts. La mission ottomane se replia en 1910. Fort de l'appui financier allemand, un mouvement panislamique Al-Ittihad Al-Maghribi œuvra secrètement afin de procéder à une révolte généralisée. Les opposants s'inspiraient également de sympathisants égyptiens opposés à la présence coloniale. En fait, un journal en langue arabe intitulé Al Haq, dirigé par deux nationalistes égyptiens naturalisés espagnols, vit le jour à Tanger. Ces journalistes entretinrent de nombreux contacts avec plusieurs opposants, dont Raïssouli et Al-Hiba. Mais à cette époque, la résonnance de ce mouvement et de ce journal fut somme toute éphémère.
Les contacts entre le Maroc et les pays europeens au XIXe siècle-David Bensoussan
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