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Le château de Cambous et l’aliyah des jeunes Par Christian Pioch

Le Chateau de Cambous

Le château de Cambous et l’aliyah des jeunes Par Christian Pioch

Passions juvéniles et espoirs d’un monde nouveau : Israël et les femmes sur les murs, en2009,des anciens baraquements militaires de Cambous  

Mais les souvenirs du séjour à Cambous restent néanmoins gravés dans leur mémoire.Certains, comme  Elie Pilo, en parlant de tout cela, craignent cependant de raviver devieilles plaies : « La aliyah juive marocaine est un sujet délicat  […].

Ces souvenirs nous feront du mal : l’accueil, les d.d.t.

 (insecticides), le comportement des anciens habitants,les droits, etc » 

D’autres, comme Simy, disent peiner  d’écrire et de lire toute notre jeunesse perdue ».Mais d’autres se font précis.

Sion raconte ainsi : « Nous ne dormions pas au château,réservé aux visiteurs, mais dans des locaux faits pour la Aliyat Hanoar (l’immigrationdes jeunes). Pour nous amuser, compte-tenu que le coin est un vrai désert, nous allions au village de Viols-le-Fort […]. Les jeunes restaient environ un mois puis étaient mis surles bateaux israéliens (Le Moledet) pour aller vers Haïfa puis à Kfar Sitrin » 

Un autre, Momy, sous le pseudonyme Prophète, ajoute :«

 J’ai séjourné pendant environ deux mois avec un groupe de jeunes israélites marocains affiliés à un mouvement de jeunesse, ayant décidé d’immigrer en Israël […]. Nos dortoirs étaient en dehors du château mais les enseignants, les bureaux de la direction et certains  services, comme l’infirmerie, etc., se trouvaient dans le château même. Le château a été loué par l’Agence juive pour Israël)elle était en fait propriétaire via laS.C.I) afin de  permettre à des jeunes Juifs du monde entier de faire escale en France pour une période d’étude et de préparation avant leur envoi vers Israël .

 Les études [que nous suivions étaient] : apprentissage de l’hébreu, géographie d’Israël. Les activités: sportives, récréatives (jeux, chansons israéliennes, etc.), et aussi l’apprentissage de la discipline dans la vie communautaire. 

Et je me doute aussi que la direction et les instructeurs ont préparé un dossier à chacun des enfants afin de permettre aux services d’accueil, en Israël, de préparer l’insertion des jeunes en fonction de leur niveau d’études, etc.

Quant au village de Viols-le-Fort en 1956, ça ressemblait plus à une pension de vieux qu’à autre chose !!! En tout cas, […] Cambous fait partie intégrante del’histoire contemporaine de l’Etat d’Israël car il a été la plate-forme sur laquelle sont passés des dizaines de milliers de jeunes Juifs dont le rêve était de réaliser ce que les prophètes de la Bible avaient prédit, à savoir, le retour à Sion des enfants d’Israël 

Cambous verra ainsi passer 7 à 7 500 jeunes juifs en partance pour Israël, grandmaximum, mais «des dizaines de milliers  » paraissent invraisemblables. D’autant plusqu’être momentanément témoin ou partie prenante d’une chose ne permet pas pour autantde la quantifier sur la durée, ce que seul l’historien serait à même de faire si lesdocuments disponibles le permettaient. Peut-être Momy en arrive même à confondre dans son esprit le Grand Arénas, l’énorme centre de transit de Marseille, avec la structure, beaucoup plus modeste, et surtout bien plus humaine, qu’était Cambous dans les années1950.

Ainsi, lors d’un entretien téléphonique de fin novembre 2009 avec M. Noah Libermann,ancien chauffeur au Centre juif de Cambous et actuellement installé en Israël, en service à la Maison d’enfants de Cambous de 1950 à 1958, après avoir servi à Vouzon (Loir-et-Cher), ce serait 7 à 7 500 enfants qui auraient transité par ce centre héraultais, en aucun cas advantage.

Mais on comprendra aisément, compte-tenu du vif exode rural qui frappait à cette époque les garrigues nord-montpelliéraines, que pour certains jeunes issus des villes d’Europe,ou de villages africains encore souvent bouillonnants de vie, la désertification humaine,accompagnée d’un faible nombre d’enfants et du départ des plus jeunes vers les emplois des villes, donnait effectivement à Viols-le-Fort (340 habitants en 1954, pour 617 en1911), l’allure d’une très ennuyeuse pension de vieux…

Quelques-uns de ces jeunes de passage, comme l’avaient fait précédemment certains militaires, s’intègreront momentanément, avant leur départ pour Israël, dans l’équipe defootball du village voisin, St-Martin-de-Londres, comme le précisait en juin 2006 un article de presse de Joseph Boudon relatif au château de Cambous.

Obtenir des témoignages précis sur le passage à Cambous de jeunes migrants pour Israël ou de personnes les ayant encadré ne fut pas pour nous chose facile : où les trouver ? par l’intermédiaire de quel site (comme Terre d’Israël.com) ? dans quelle langue ? avec quelle degré de précision ? D’autant plus que les jeunes migrants étaient souvent très jeunes lors de leur bref passage à Cambous pour avoir aujourd’hui des souvenirs dignesd’un réel intérêt et que les moniteurs sont aujourd’hui décédés ou très âgés.

Nous avons pu cependant obtenir de M. le docteur Emmanuel Bibas, âgé de 71 ans, natif du Maroc et qui réside aujourd’hui à Hod Hascharon, en Israël, des souvenirs très intéressants sur les motivations de son aliyah, effectuée en 1956, à l’âge de 11 ans, sur son passage éphémère à Cambous pendant l’hiver 1956 et ce qui l’attendait ensuite en Israël, à partir de mai 1956.

Les souvenirs d’un ancien migrant de Cambous : M. Emmanuel Bibas

 

Le Chateau de CambousLes souvenirs d’un ancien migrant de Cambous : M. Emmanuel Bibas

Sous le titre :

Souvenirs d'un jeune enfant, ancien de Cambous, Dr Emmanuel Bibas, et après une seconde rencontre effectuée en juin 2016 à Carcassonne, M. Emmanuel Bibas,spécialiste israélien en gériatrie, nous a livré sous forme informatique, dans un excellent français, les propos suivants, où seule l’orthographe était parfois à revoir :

" Je suis né le 8 juin 1945, à Ouezzane, une petite ville située dans le nord du Maroc, de Moshe Chaim Amram Bibas, originaire de Tanger, au Maroc espagnol, issu d'une famillede rabbins venue d'Andalousie, dans le sud de l'Espagne, et de Sultana Elmaleh,d'Ouezzane.

Je me souviens, parmi mes souvenirs d'enfance, que mon père m'a souvent parlé de la crise de foi religieuse qu'il eut dans sa jeunesse, mais il resta finalement croyant, même s’il n’alla pas jusqu'à devenir lui même rabbin comme l’avaient été son père et ses ancêtres. Parmi eux, le rabbin et docteur Judah Leon Bibas (1782-1852), originaire deGibraltar, né de parents immigrés de Tétouan, au Maroc espagnol, près d'Ouezzane,qui fut un précurseur du sionisme moderne, bien avant le rabbin Yehuda Elcalay(1798-1878), qui fut son élève, et l'apparition, en 1896, du livre sur l'État des Juifs du Dr Benjamin Theodor Herzl.

Le rabbin Dr Judah Bibas, avait servi comme rabbin de la communauté juive de Corfou.C’était un penseur et arbitre, qui a prêché le retour des Juifs en Israël, même au prix d’un soulèvement contre le régime ottoman en Palestine, au cours de ses voyages en Europe, dans les Balkans, la Turquie et l'Afrique du Nord. Comme exemple personnel, il a émigré en Israël et s'est installé à Hébron. Là, il a établi un Beth Midrash (école religieuse) et une grande bibliothèque qui portent son nom. Il y mourut et a été enterré dans le cimetière juif de Hébron. À Hébron ont lieu des festivités religieuses annuelles(Hiloula) en son honneur, chaque année, la veille de Yom Kippour, le jour du pardon juif.Une rue de Jérusalem porte son nom. Mon grand-père paternel était un grand rabbin et maître qui mourut à un âge avancé et ses funérailles ont été suivies par un grand nombrede musulmans et chrétiens qui sont venus de tout le Maroc pour lui rendre un dernier hommage.

Mes premières années

Parmi mes premiers souvenirs d'enfance, je me souviens que tous les samedis mon pèreavait coutume de réunir ses amis dans notre maison pour y célébrer Seuda shlishit, le troisième repas, une cérémonie religieuse qui a lieu le samedi après-midi, après le repas du vendredi soir et celui du samedi à midi, avant la sortie du Chabbat, le samedi. C’était une cérémonie centrée sur des prières et des poèmes. Puisque ce troisième repas avait lieu le samedi, les lois du Chabbat s'appliquaient, y compris l'interdiction de tout travail. Je me souviens, quand j'avais 4 à 5 ans, que j'avais l'habitude pendant cette cérémonie de taper avec un marteau depuis une pièce voisine, ce qui bien sûr était strictement interdit puisque correspondant à une profanation du saint Chabbat. Je me souviens aussi que les tentatives pour me convaincre de cesser cette ingérence ont été inutiles…

Une composante importante dans les souvenirs de ma première enfance est constituée par une série de rêves qui s'étalaient sur une assez longue période. Dans ces rêves, je montais au toit de notre maison, d’où j'essayais ensuite et en vain de voler. A plusieurs reprises, je n'arrivais pas à voler et je tombais, mais cela ne m'a pas empêché de continuer mes tentatives jusqu'à réussite complète, ce qui m’apparaîtra plus tard plus que symbolique…

 Je me souviens que la ville d'Ouezzane était située au pied du Mont Bouhlal et était divisée en trois zones. La majeure partie de la ville, la Médina, était située sur la partie la plus élevée de la vile et dominait ainsi les autres zones de la ville. La Médina était habitée principalement par des musulmans et une minorité de juifs, plus aisés. Plus bas et à proximité se situait le quartier juif, le Mellah, avec une population strictement juive,constituée surtout de personnes âgées, et les synagogues. En dehors de la ville et bienéloignée de celle-ci, se situait la ville nouvelle, avec une population strictement française, des villas privées somptueuses, des jardins bien entretenus et une église avec un haut clocher au centre. J'aimais aller à la ville nouvelle française, où il y avait des grandes espaces où j'avais l'habitude de jouer en toute tranquillité et en sécurité,contrairement à d'autres secteurs de la ville, et de regarder les entraînements des soldats français.

De ma première enfance, je me souviens aussi de la Hiloula, une cérémonie religieuse juive en honneur et admiration d'un saint rabbin, célébrée annuellement, à Azjen, une petite localité située à quelques kilomètres de Ouezzane, où est enterré le rabbin, faiseur de miracles, que fut Amram Ben Diwan, originaire de Jérusalem . A ce propos, il faut signaler que la ville de Ouezzane est doublement sainte, en premier lieu pour les musulmans, avec l es traces du passage de Moulay Abdallah Cherif, grand maître du soufisme, descendant d'Idriss II, et du rabbin faiseur de miracles, Amram Ben Diwan. Moulay Abdallah Cherif y créa en 1649 une zaouïa, un centre religieux et savant,berceau de la confrérie religieuse des Taïbia. Cette zaouïa devint au cours des XVIII e  et XIX e  siècles un centre politique et spirituel important. De nombreux pèlerins viennent ainsi visiter son tombeau chaque année.

Ma famille habitait à la Médina, la partie arabe de la ville. Les chambres de la maison étaient au rez-de-chaussée et au premier étage, avec accès au toit, autour d'une cour centrale. Je me souviens que pendant l'été nous étalions des matelas dans la cour et dormions sous les étoiles pour fuir la chaleur qui régnait dans les chambres. J'aimais cette expérience de dormir en plein air, sous le ciel, et d’observer le mouvement des étoiles.

On parlait l'arabe juif marocain du côté de la famille de ma mère, une langue faite d’un mélange d'arabe, d'hébreu, de français et d'espagnol qui était mal comprise par les Arabes. Par contre, on parlait l'espagnol juif ladino du côté de la famille de mon père etle français à l'école juive française.

J'aimais les fêtes, surtout celles de la Pâque (L’Exode), et aller à la synagogue avec mon père. Cela constituait pour moi une expérience enrichissante et m'a laissé une profonde impression. Cette expérience me révéla, par son essence, que la vie juive idéale ne peut s'appliquer qu'en Israël, puisque toutes les prières et toutes les fêtes, en particulier celles de Pâque, soulignent le désir fondamental de retour à Zion, le Mont Zion à Jérusalem,avec la déclaration principale qui est répétée en particulier pendant les fêtes de Pâque :Cette année ici et l'an prochain à Jérusalem. Cette déclaration est l'essence et le message dont je goûtais dès ma première enfance.

J'aimais aller à l'école, l’école juive de l'Alliance française, où les bases solides de mon éducation furent posées, avec notamment l'accent mis sur la mémorisation et l'apprentissage par cœur, surtout du calcul mental. J'aimais tant aller à l'école, par opposition aux enfants d'aujourd'hui qui cherchent toute raison ou prétexte pour rester à la maison, que j’étais rempli d'inquiétude et d'anxiété quand je devais m'absenter del'école pour quelle raison que ce soit. Je me souviens de la place et café Roger, avec une horloge, et des amas d’olives qui jonchaient le sol, empilées dans le milieu de la place avant d'être vendues. Mon père avait un magasin de vêtements et il y restait tard le soir. J'allais souvent le rejoindre seul dans son magasin pour lui rappeler que sa journée de travail était terminée et qu'il était temps de rentrer à la maison. Presque chaque fois, lorsque j'allais au magasin, je recevais des coups d'un Arabe haut de taille, au plus sombre de la nuit. Malgré les coups que je recevais et les tentatives de persuasion de mon père de m'interdire de lui render visite si tard le soir dans le magasin, cela ne m'a pas empêché cependant de continuer à lui rendre visite.

Le château de Cambous-Le départ pour Israël

Histoire contemporaine du chateau de Cambous

(Viols-en-Laval, Herault)

De l'Aliyah des jeunes a nos jours

1950-2010

EXTRAITS SANS ILLUSTRATION

transmis a M. Yigal Bin-Nun

periode 1950-1972

Christian PIOCH

Le départ pour IsraëlLe Chateau de Cambous

En 1956, quelques mois avant mon départ pour Israël, il y eut des émeutes

 contre les Français au cours desquelles les Arabes ont incendié et pillé les magasins des juifs. Tous les magasins autour de celui de mon père ont été brûlés et pillés. Le seul qui resta sauf était celui de mon père. On ne sait pas si la raison fut qu'il avait de bonnes relations avecles Arabes, qui l'appelaient familièrement Tanzaoui (originaire de Tanger), ou bien si cela était la main de Dieu

Comme suite à l'éducation religieuse que j'ai reçue au Talmud Torah (les classes religieuses en hébreu, avec étude de la Bible), dans les années préscolaires, jusqu'à l'âgede six ans, âge d'entrée à l'école française, les visites à la synagogue et l'ambiance  des fêtes à la maison, je demandais souvent à mon père : Quand est-ce qu'on monte faire l'allyah, le départ pour Israël ? Il me répondait souvent, en semi-ricanant :

 Quand le Messie viendra…

Par la suite, j'ai saisi que cela était l'attitude de la majorité des juifs des grandes villes,  surtout ceux qui avaient à perdre de ce départ et ceux aussi qui avaient la possibilité d'émigrer en France ou en Amérique du Nord. Par contre, les juifs montagnards et ceux des régions rurales, qui étaient plus conservateurs, plus croyants et plus naïfs, constituaient une proie plus facile pour le départ en Israël. C'est ainsi que l'impression dominante transmise de ces premiers départs, était celle de cette population provinciale et traditionnelle, contrairement à celle même d'Ouezzane, qui n'est pas une grande ville et où la majorité de la population, surtout les jeunes et les hommes, s'habillait en style européen, avec chapeau et cravate, et parlait au moins une langue européenne, français ou espagnol.

Je me souviens que le jour commémorant l'indépendance d'Israël, je hissais le drapeau israélien dans la synagogue comme plusieurs autres enfants. Par contre, je ne me rappelle pas les détails de la séquence des événements qui m'ont conduit à convaincre mon père de m'inscrire pour le départ en Israël.

Mon frère aîné, Coti-Yecutiel, m'a dit que comme enfant, j'étais très têtu. J'avais entendu dire que des filles et des garçons de mon âge s'inscrivaient chez des gens qui travaillaient  pour le compte de la Sochnout, l’Agence juive. Pour faire leur allyah, le départ pour  Israël, dans le cadre de l’Allyat Hanoar, l’allyah des jeunes, les garçons et les filles, devaient s'inscrire le plus tôt possible, car il n'y avait qu'un seul départ d'Ouezzane vers Casablanca pour effectuer ensuite le départ en Israël. C'est pour ça, que j'ai fait des  pieds et des mains pour faire mon allyah. Pour l'inscription, je pleurais ainsi nuits et  jours pour qu'on m'inscrive. A la fin de mon cinéma, c'est mon père qui m'inscrivit chez les gens de la Sochnout. Je me souviens que, juste avant le départ pour la France, car nous devions transiter par elle, mon père et mon frère aîné, Coti, ont essayé en vain de me convaincre de quitter le camp à Casablanca et de retourner chez nous à Ouezzane.

Après l'arrivée à Marseille, nous avons été emmenés dans un camp de transit, à Cambous, à Viols-en-Laval, près de Viols-le-Fort, au nord de Montpellier.Cambous était un ancien camp militaire utilisé par les Français et qui plus tard fut acheté par l'Agence juive. Le château était le centre du camp et était utilisé par la direction et les services centraux, avec cuisine, salle à manger, bibliothèque et  synagogue. Des baraques étaient dispersées autour du château et abritaient les enfants. Les enfants étaient divisés en groupes en fonction de leur âge et de leur appartenance, religieuse ou laïque. Les groupes étaient dénommés d'après des villes et des régions d'Israël : Jérusalem, Galil, Yavné. Je me souviens que j'étais le plus jeune du groupe.

C'est ainsi que les plus grands élèves m'avaient pris sous leurs ailes. Le peu de choses dont je me souviens au sujet de ce séjour à Cambous, par rapport aux périodes antérieures au Maroc et bien sûr plus tard en Israël, est principalement dû à la très courte période que j'ai passé à Cambous. Cela est dû aussi au fait que j'étais  probablement choqué par le soudain passage à l'étranger et l'altération de la capacité d'enregistrement des mémoires, sauf les plus intenses et traumatisantes comme la  Havdalah (différenciation). Cette cérémonie religieuse avec prière, a lieu chaque samedi  soir pour marquer la fin du saint samedi dans lequel tout travail est interdit, y compris l'action de déclencher l'interrupteur de l'éclairage de la synagogue, et le début des jours de la semaine ou tout travail est par contre permis. Il s’ensuivait des moments très  sombres, des moments qui me rappelaient une image semblable à la maison de mes  parents. Ces moments continuèrent jusqu’à l’allumage de la lumière après la prière d’Havdalah, des moments durant lesquels je sentais un grand chagrin, peut-être le plus intense de ma vie, jusqu’à ce jour, pour avoir quitté la maison de mes parents. Je me suis donc promis que, lorsque je rencontrerai mes parents à nouveau, je ne les quitterai plus  jamais. Serment qui au cours des années et des événements se révéla cependant comme étant un faux serment.Un des amis de cette époque dont je me souviens, est Shlomo Gabay, de Casablanca. Je me souviens qu’il était très intelligent, avec un sens de l’humour très développé. Il avait  pour habitude d’imiter Charlie Chaplin. Nous dormions dans des lits l’un à côté de l’autre et je me souviens que nous étions tous deux très religieux, ayant notamment l’habitude de réciter la prière du Chemah dans notre lit avant de dormir, quand les autres élèves, moins religieux, se moquaient de nous et nous harcelaient. Je me souviens aussi d’Évelyne, ma monitrice de l’époque. Je me souviens ainsi qu’elle versait de l’eau chaude sur nous pour que nous puissions nous laver car l’eau des robinets était gelée par le froid de l’hiver. Ensuite, nous avons pris le bateau nommé Arza (ce mot signifiant : vers le pays), de  Marseille à destination d'Haïfa en Israël. Je me rappelle avoir été choqué de voir des marins israéliens fumer le jour du Chabbat. Durant mon enfance au Maroc, je croyais naïvement en effet que tous les juifs du monde, et plus particulièrement en Israël, étaient religieux pratiquants et ne fumaient pas ainsi le samedi.

Le château de Cambous-L’installation en Israël

Histoire contemporaine du chateau de Cambous

(Viols-en-Laval, Herault)

 De l'Aliyah des jeunes a nos jours1950-2010

EXTRAITS SANS ILLUSTRATION

transmis a M. Yigal Bin-Nun periode 1950-1972

Christian PIOCH

L’installation en Israël

Après notre arrivée à Haïfa, on nous a emmenés dans un troisième camp de transit, après ceux de Casablanca, au Maroc, et Cambous, en France, qui s’appelait Ramat Hadassah, situé à Kiryat Tivon, à côté d'Haïfa. Le village pour jeunes Ramat Hadassah Sald avait été créé en 1949 en mémoire d’Henriette Sald (Szold), une leader sioniste, fondatrice de l’association des femmes de la Hadassah et de l'Allyat Hanoar (Allya des jeunes) de l’Agence juive. Durant les premières années, le village servait de foyer d’accueil provisoire pour les enfants rescapés des camps de concentration, et durant les années qui suivirent, le villagea ccepta des enfants de l’Allyat Hanoar venus d’autres pays avant d'être ensuite transférés dans d’autres institutions en Israël. Je me souviens que nous sommes arrivés pendant les festivités de Shavouot, la fête des récoltes agricoles . Nous y vîmes des chariots attelés aux tracteurs, chargés des produits agricoles de cette institution.

A Ramat Hadassah, j’ai rencontré un ami qui venait de ma ville natale, Meir Zenati. Lor sde notre première rencontre, il testa mon hébreu. Je me souviens que nous sommes arrivés du Maroc avec un bon niveau d'hébreu. Nous avions ainsi le niveau en vocabulaire pour pouvoir distinguer entre gazon et simple ou mauvaise herbe. Les deux amis que j’ai rencontrés au cours de mon départ pour Israël, Shlomo Gabay, de Casablanca, et Meir Zenati, de ma ville natale, étaient particulièrement intelligents et jevoudrai les rencontrer afin de voir si eux aussi ont connu la même saga que j'ai vécue en Israël au moment de mon intégration et par la suite.

Après un mois passé à Ramat Hadassah, j’ai été transféré à Yakir, une institution située àcôté de Kfar Haroe, près de Hadera.

Une des images de mes premiers jours en Israël, profondément gravée dans ma mémoire,est celle des éducateurs et des personnes qui prenaient soins de moi. Les hommes avaient des pantalons courts, des chaussures de travail ou des sandales, et un chapeau rond en cloche. Les femmes avaient de longues robes et des chaussures hautes, semble-t-il de style russe ou d’Europe de l’Est. Tous avaient des numéros tatoués sur leur avant-bras,indiquant leur passage dans des camps de concentration durant la deuxième guerre mondiale.

Après tous ces préparatifs et le passage par trois camps de transit, j'espérais arriver enfin dans un lieu plus organisé, avec un programme scolaire cohérent et un service de soutien et d’orientation des élèves pouvant garantir leur développement, leur succès et leur avenir. Il se trouva que je me trompais complètement. Il semblait en effet que le but de l’allya était bien défini et plutôt restreint, consistant à déraciner les jeunes enfants de leur premier lieu natal pour juste les transférer en Israël, et ainsi surmonter l'hésitationde leurs parents pour qu'ils viennent ensuite les rejoindre dans la terre promise. Ce qui pouvait se passer avec eux par la suite n’avait aucune importance. Cela était leur problème. Et ce fut donc mon problème dans tous les sens du terme.

Je suis reste à Yakir pendant un an, en cinquième classe d'école primaire.  

En fin d’année on me transféra dans une autre école, du fait qu’il n’y avait pas de classe supérieure àYakir. J’ai donc été transféré dans une école du nom de Sejera, à côté de Tibériade. Là aussi, la même histoire se produisit,

j’étudiais deux ans en classes de 6e et 7e   et à l’issue de celles-ci il n’y avait pas non plus de classes supérieures dans cette école. Les élèves furent donc orientés vers des écoles professionnelles.

Jusqu’à aujourd’hui, je ne comprends pas comment, à l’âge de 14 ans, j’ai eu le bon sens et le courage, dans mon initiative, d’aller voir le directeur de l’école, Yitshak Wider. Je me souviens très bien de son visage comme si je l’avais rencontré hier, avec une barbe et une kippa sur la tête. C’était pendant la période de Pessah (la Pâque juive), période durant laquelle débutaient les préparatifs de l’année scolaire à venir. Je lui ai demandéd’autoriser mon passage au lycée général. Je me souviens qu’il me répondit alors, enricanant : Comment veux-tu passer au lycée sans avoir terminé la huitième classe et sans certificat de fin d’école primaire ? Je l'ai assuré de ne point devoir s’inquiéter et je lui proposais de m’envoyer passer les examens d’entrée. Si je les réussissais, je serais transféré au lycée pour poursuivre mes études en école secondaire. Si j’échouais, je resterais avec eux en école professionnelle. Je réussis à le convaincre de m’y envoyer afin de passer les examens que j’ai réussis avec succès et je fus donc transféré au lycée agricole religieux Kfar Hanoar Hadati, situé à côté d’un village, Kfar Hassidim, près de Haïfa, afin de poursuivre des études secondaires générales. Dans ce village pour jeunes religieux, et ceci comme dans d’autres institutions, nous effectuions une demi-journée des travaux agricoles et l’autre demi-journée était consacrée aux études générales et agricoles. Il est intéressant de constater que dans cette école l’histoire que j’avais déjà vécue se reproduisit à nouveau, comme dans écoles précédentes. Après trois années d’études, on m'annonçait ainsi que je ne pouvais pas rester pour la quatrième et dernière année de l'école secondaire, sous prétexte que jen’étais pas assez religieux pour terminer la dernière année d’études dans cette même école. J’ai donc été dans l’obligation de me chercher une autre école afin de compléter le programme du lycée, bien entendu une école religieuse, du fait que le programme d’études pour le baccalauréat dans les écoles laïques était différent dans certaines matières. J’ai donc terminé ma scolarité au lycée Mikve Israel, près de Holon et Tel Aviv,dans la section religieuse.

Apres le lycée, j’ai suivi le parcours normal : l’armée et ensuite l’université. En 1967, j’ai débuté mes études à la faculté des sciences naturelles de l’université hébraïque de Jérusalem. Les études ont toutefois été interrompues lorsque la guerre des Six jours éclata avec l’appel des réservistes au front.

Après la guerre, j’ai décidé de changer de direction et de continuer mes études à Bruxelles, en Belgique, à la faculté de médecine. À mon arrivée à Bruxelles, je neconnaissais personne. J’ai dû me débrouiller seul. Malgré la difficulté des études de médecine, j’ai réussi à trouver ma place et par la suite je suis devenu le tuteur de nouveaux étudiants israéliens qui venaient étudier à Bruxelles. À la fin de mes études à Bruxelles, j’ai passé les examens d’entrée pour médecins étrangers, afin de travailler dans les hôpitaux aux Etats-Unis. Par la suite, on me proposa aussi de travailler dans un hôpital juif de New York. Cependant, ma femme, Rachel, que j’épousais deux ans avant en Israël, préféra retourner en Israël.

Aujourd’hui, à l’âge de 71 ans, malgré le fait que je pratique encore la médecine, spécialiste dans trois spécialisations de celle-ci, et donc très occupé, je me sens encore avoir un surplus d’énergie et un potentiel qui n’a pas encore été bien exploité. Je ne peux résumer ce chapitre sans prendre en compte l’influence française au début de mon parcours et par la suite sa consolidation avec les études académiques. Cela en dépit de la courte période vécue sous protectorat français, onze ans au total, dont cinq ans àl'école de l’Alliance française. C’est ainsi que j’ai un rapport particulier à la langue française (je continue à compter en français) et au pays. Pendant les vacances de ski, je préfère les Alpes françaises aux Alpes italiennes ou autrichiennes, et quand j’arrive à Paris, bien que j’ai visité cette ville de nombreuses fois dans ma vie, je suis toujours heureux d’y retourner. Alors, je garde en moi un petit coin chaleureux pour cette langue et ce pays ».

Ce témoignage ne nous apportera rien de bien précis en ce qui concerne le château et le camp de transit de Cambous en 1956, mais est néanmoins intéressant en ce qui concernait le cadre religieux de naissance et les motivations de l’aliyah  pour l’intéressé, ainsi que pour certaines difficultés rencontrées ensuite en Israël.

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