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Il était une fois le Maroc-David Bensoussan-2010- Presence diplomatique de l'Angleterre

 

Quelle fut l'attitude du gouvernement espagnol envers les Juifs?

Rappelons que l'inquisition fut abolie par durant la période napoléonienne par Joseph Bonaparte. Elle fut rétablie dans la Constitution de Cadix de 1810 dans laquelle il fut affirmé que la religion espagnole « est, sera, éternellement, la catholique, apostolique et romaine, seule vraie.» L'inquisition fut abolie au Mexique en 1813 et en Espagne en 1834. En 1855, les protestants furent autorisés à célébrer des offices privés et à acquérir des cimetières et on confirma dix ans plus tard que cette autorisation s'étendait aux Israélites. La Constitution espagnole de 1869 approuva la liberté de culte bien qu'elle s'engageât à soutenir le culte catholique. En 1876, le parti ultramontain promit d'expulser les Protestants et les Juifs s'il arrivait jamais au pouvoir, mais perdit aux élections. La liberté de culte fut confirmée durant la constitution républicaine de 1873 tout en prohibant la dotation du clergé. En 1881, le roi Alphonse XII lui-même offrit asile aux Juifs de Russie victimes de pogroms.

RÔLE DÉTERMINANT DES FLOTTES NAVALES EUROPÉENNES

Les flottes françaises et britanniques bénéficièrent d'avancées technologiques substantielles alors que les marines marocaine et ottomane stagnèrent. La nouvelle génération de vaisseaux de guerre plus rapides mus à la vapeur et de cuirassés armés de canons puissants donna un avantage déterminant aux forces navales franco-britanniques dès les premières décennies du XIXe siècle. Les interventions humanitaires des puissances européennes en faveur des captifs chrétiens ou les opérations de représailles se transformèrent en interventions politiques et militaires de plus grande envergure qui grugèrent systématiquement l'Empire ottoman. La France occupa le Péloponnèse en 1828, Alger en 1830. Puis il y eut le débarquement franco-britannique à Gallipoli et l'invasion de la Crimée en 1854, l'invasion de Chypre par les Britanniques en 1878 et l'invasion anglo-indienne de l'Égypte en 1882. Il y eut également des interventions ponctuelles à St-Jean d'Acre en 1840, à Tanger et à Mogador en 1844, au Monténégro en 1858, en Syrie en 1840 et en 1860. La supériorité navale de la France et de l'Angleterre facilita l'occupation croissante de territoires de plus en plus importants en Afrique, au Moyen-Orient, en Inde et dans le Sud-est établissement de grands empires coloniaux.

Quelle fut la réaction dans les pays de la Méditerranée?

Il y eut des réactions xénophobes qui se traduisirent par le massacre des Chrétiens libres ou des Juifs dans les pays musulmans : en Algérie en 1816 et en 1871, à Mogador en 1844, à Sfax et à Sousse en 1864, à Smyme en 1821, à Alexandrie en 1882. L'opposition des autorités locales à ces massacres ne parvint pas à créer le sentiment de sécurité des minorités dans les pays musulmans. La France fit de la protection des chrétiens du Levant un pilier de sa politique étrangère et il en fut de même pour l'Angleterre qui s'investit du droit de protection des missionnaires protestants et des Arméniens. Par extension, cette protection s'étendit à l'ensemble des communautés menacées et notamment les communautés juives. Ainsi, les bâtiments de guerre français et anglais évacuèrent les Juifs de Tétouan vers Gibraltar et Oran lors de la guerre hispano- marocaine de 1860. Aux yeux du grand public européen, la défense des minorités opprimées dans les pays arabo-musulmans donna aux interventions française et britannique une caution morale certaine. En outre, la défense des protégés consulaires européens finit par constituer un second pilier majeur de la diplomatie franco-britannique.

La réalité était que les pays arabo-musulmans n'avaient plus les moyens de s'opposer à la pénétration de la France et de l'Angleterre.

Le traitement des Européens au Maroc connut un changement radical suite aux batailles de Tanger, de Mogador et d'Isly en 1844, puis à celles de la guerre hispano-marocaine de 1860. Du temps de la piraterie, les Chrétiens n'étaient qu'une marchandise maltraitée vendue aux enchères aux représentants européens. Quand la piraterie cessa, les Chrétiens ne furent pas mieux traités que les Juifs quand il s'agit de porter des accusations sur des méfaits ou de réparer des torts. À la suite de ces défaites militaires marocaines, s'attaquer à un Chrétien pouvait avoir des conséquences sérieuses : des demandes de réparations substantielles, voire même des menaces militaires de la part des forces navales européennes.

Par ailleurs et dans un autre ordre d'idées, l'introduction des bateaux à vapeur dans la marine marchande européenne au milieu du XIXe siècle a stimulé le commerce, car la durée des voyages entre les ports marocains et les ports européens passa de près d'un mois à près d'une semaine.

PRÉSENCE DIPLOMATIQUE DE L'ANGLETERRE

Quelle a été la nature des relations entre l'Angleterre et l'Empire chérifien?

Les contacts diplomatiques entre l'Angleterre et le Maroc remontent au règne d'Élizabeth Ie (1558-1603) par l'entremise d'intermédiaires juifs. Le sucre marocain était échangé contre des tissus et des métaux. Les archives anglaises montrent que les décisions erratiques du sultan Al- Mansour rendaient fort difficile la tenue d'échanges normaux. Le Comte Henry de Castries fit état d'un rapport anglais dans son ouvrage Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845 : « Le Juif est mauvais débiteur. Souvent le Souverain les force à livrer leur récolte de sucre à un autre et ils font banqueroute. Le chérif les dépouille à son gré.» Entre 1437 et 1684, la ville de Tanger fut occupée par les Espagnols, les Portugais et les Anglais. En 1704, le rocher de Gibraltar fut capturé par les Anglais et la souveraineté anglaise sur le rocher de Gibraltar fut reconnue au traité d'Utrecht en 1713. Ce traité servit de modèle pour les ratifications ultérieures de 1734 et de 1751. Depuis, l'approvisionnement de Gibraltar s'est fait par le Maroc et les Juifs jouèrent un rôle important. Lorsque les Anglais chassèrent les Juifs de Gibraltar en raison de l'entente avec l'Espagne de 1713, Moulay Ismaïl s'éleva contre cette mesure. Les Juifs eurent un droit de séjour de 30 jours pour mener leur commerce à Gibraltar mais dans les faits, ils s'y installèrent. Des synagogues furent bâties à Gibraltar : Ets Hayim en 1760, Sha’aré Shamaïm en 1799 et Nefoutsoth Yéhouda en 1800. Moïse Ben Attar négocia un traité de paix entre Moulay Ismaïl et Georges Ie en 1721.

La puissance maritime anglaise lui donnait un grand avantage sur le plan du commerce avec le Maroc. La France venait de perdre le Canada et avait été obligée par l'Angleterre de démolir les fortifications maritimes du port de Dunkerque au terme du traité de Paris en 1763. Le sultan Mohamed III se méfiait des Anglais. La réciproque était vraie et beaucoup d'envoyés anglais craignaient de se rendre dans la capitale marocaine de peur de devenir des otages. Bien que l'accord de 1734 se fut conclu par la libération d'esclaves anglais du temps du sultan Abdallah son père, la rançon pour la libération des captifs n'avait jamais été payée. Mohamed III accusait les Anglais et notamment les autorités de Gibraltar, de se livrer à la contrebande et d'armer des villes rebelles telles Arzilah, Tétouan et Tanger. En 1760, l'Angleterre paya la rançon due, soit 225 000 piastres. Les dictats de Mohamed III poussèrent la diplomatie anglaise à la circonspection et jamais la confiance ne régna réellement entre Marocains et Anglais sous son règne. Abraham Benidar fut ambassadeur du Maroc à Londres et son fils Jacob Benidar fut Vice- consul d'Angleterre à Tanger, Tétouan, Salé, Mogador, Safi puis Agadir.

Durant le règne bref de Moulay Yazid, l'Angleterre ne fut plus considérée comme un pays ennemi. L'Angleterre garda un intérêt commercial pour le Maroc. En dehors de ses représentants officiels, elle y fut représentée par des marchands abolitionnistes, des organisations de missionnaires et des organisations philanthropiques juives.

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Il était une fois le Maroc-David Bensoussan-2010- Presence diploma tique de l'Angleterre

Au XIXe siècle, l'influence de l'Angleterre fut considérable

Edward William Auriol Drummond Hay avait été consul de Grande- Bretagne à Tanger de 1829 à 1845. À cette époque, la politique britannique visait à encourager le commerce avec le Maroc, à empêcher les Français d'occuper la Tunisie et le Maroc et également à empêcher la Russie de prendre des territoires du Levant de l'Empire ottoman. Lorsqu'en 1831 la ville de Tlemcen prêta allégeance au sultan du Maroc pour éviter d'être occupée par les Français, la Grande-Bretagne resta neutre car cette ville avait été occupée par les Ottomans. Edward Drummond Hay sut combiner des conseils judicieux à des positions de fermeté : lorsqu'en 1828, le sultan Abderrahmane voulut pratiquer à nouveau la piraterie que son père Slimane avait abolie en 1818 (Moulay Slimane avait également libéré tous les captifs chrétiens en 1816), la Grande-Bretagne décréta le blocus de Tanger pour dissuader le Maroc de se lancer dans de tels projets. Les problèmes de piraterie ne disparurent pas pour autant. Une protestation fut transmise au sultan en 1834, et la véhémence de celle-ci fut telle que le clerc qui devait remettre la missive en craignît pour sa propre vie. Edward Drummond Hay proposa ses bons offices pour régler de nombreux différends : arrestation d'un ancien soldat français à Mogador et libération d'un navire espagnol capturé par les Marocains en 1840. Les états de service d'Edward Drummond Hay facilitèrent de beaucoup la tâche à son fils John Edward qui lui succéda dans sa fonction de 1845 à 1886.

L'Angleterre eut en effet une influence considérable à la Cour marocaine par l'entremise de son habile envoyé, le consul John Edward Drummond Hay. Il fut conseiller du sultan en matière de politique extérieure en 1850 et maintint son influence pendant trente-cinq ans. Le traité anglo-marocain de 1856 fixa enfin les droits de douane qui, par le passé, étaient modifiés au gré du sultan. Les conseillers britanniques en poste à la Cour marocaine furent nombreux et, au milieu du XIXe siècle, la majorité du commerce marocain se fit avec l'Angleterre. En 1861, l'Angleterre accorda au Maroc un prêt de 426 000 livres sterling remboursable en prélevant 50% des droits de douane sur l'ensemble des ports du Maroc. Un an plus tard, il fut précisé que ces prélèvements s'appliquaient également sur l'intérêt du prêt, soit 75 176 livres sterling. Ce prêt servit avant tout à payer l'indemnité de guerre que le Maroc dût verser à l'Espagne. Des contrôleurs espagnols veillèrent à la perception des droits et taxes de douanes dans les ports marocains, ce qui ne manqua pas de susciter des animosités. Le contrôleur espagnol Mantilla, ancien colonel de l'armée espagnole en charge des douanes marocaines à Safi fut assassiné dans des circonstances obscures.

Par ailleurs, Drummond Hay convainquit le sultan de mettre le flamboyant militaire Harry Aubrey de MacLean en charge de l'entraînement d'une armée marocaine moderne. La rumeur voulait que ce dernier fût démis de la fonction qu'il avait occupée à Gibraltar car il se serait aliéné son supérieur de qui il aurait séduit la femme. Il se promenait au Maroc avec un garde du corps en burnous fait en toile écossaise et se faisait également accompagner d'un joueur de cornemuse.

Dans la première moitié du XIXe siècle, après la conquête de l'Algérie, l'Angleterre avait, par l'entremise de Lord Aberdeen, déclaré que l'expansion militaire française au Maroc constituerait un casus belli. N'eut été l'opposition de l'Angleterre qui tenait absolument à protéger Gibraltar, il eut été probable que la France aurait pris avantage de la bataille d'Isly en 1844 pour occuper le Maroc beaucoup plus tôt. L'Angleterre protégea la souveraineté marocaine contre les ambitions françaises et espagnoles. Il fallut donc attendre jusqu'en 1881 pour que la France étendît son Protectorat à la Tunisie et qu'elle réclamât le contrôle du Maroc « pour maintenir la sécurité en Algérie.» Par ailleurs, le consul britannique Kirby Green qui succéda à Drummond Hay déclara en 1887 à un ministre espagnol : « Si l'intégrité du Maroc venait à être sérieusement menacée, l'affaire serait traitée comme une affaire d'importance vitale aux intérêts britanniques.»

Evan Smith succéda à Kirby Smith et proposa en 1893 des réformes au sultan Hassan Ie : l'établissement de moyens civilisateurs tout comme le télégraphe et aussi l'abolition de l'esclavage, la création de tribunaux mixtes et la fin de la protection consulaire. Toutefois, son manque de tact l'aliéna à la Cour marocaine. Le Maroc n'était plus, comme par le passé, avide de bons conseils des consuls britanniques tout comme Drummond Hay. La compétition était grande entre les puissances européennes. L'objectif premier de l'Angleterre était de conserver Tanger et de créer de bonnes conditions commerciales avec le Maroc. Or, en 1900, la France lança l'idée d'une « neutralisation » de Tanger. Cette même année, la France occupa le Touat saharien qui avait été jusque-là considéré par les puissances européennes – la France exceptée – comme marocain. Le Maroc ne pouvait donc plus compter sur la politique britannique traditionnelle de défense de l'intégrité du Maroc qui, par le passé, n'excluait pas le Touat. La souveraineté marocaine ne prédominait plus dans la politique britannique et par ailleurs, il semblait que Ton désespérât du succès des réformes. L'ambassadeur anglais Nicolson déclara : « Je ne crois pas qu'il soit possible de réformer ce pays de l'intérieur.»

Comment se fit-il que l'Angleterre finit par laisser la France occuper le Maroc?

Il faut avant tout souligner que, pour l'Angleterre du XIXe siècle, l'importance du Maroc était essentiellement stratégique, la garantie de passage dans le détroit de Gibraltar primant toute autre considération. Suite à l'incident de Fachoda au Soudan en 1898 durant lequel les armées française et anglaise se retrouvèrent nez à nez, la France et l'Angleterre signèrent en 1904 l'Entente cordiale. L'Angleterre finit par accepter la prépondérance française au Maroc pour autant que la France renonçât à ses droits sur l'Égypte et sur Terre-Neuve au Canada. Le 8 avril 1904, La France et l'Angleterre entérinèrent un accord qui dans les faits laissait l'Égypte dans la zone d'influence britannique et le Maroc dans la zone d'influence française. Les deux pays s'entendirent sur la circulation libre dans le canal de Suez et le détroit de Gibraltar, tout en limitant la construction de fortifications qui pourraient entraver le passage de navires dans le détroit de Gibraltar. Des clauses secrètes prévirent des réformes visant à moderniser la gouvernance de ces pays.

Les intérêts de la Grande-Bretagne ne coïncidaient plus avec ceux du Maroc…

Ajoutons qu'en 1900, une entente similaire fut signée avec l'Italie qui reconnaissait à la France le droit d'ingérence au Maroc et, de son côté, la France accepta que la Tripolitaine fasse partie de la zone d'influence italienne.

En 1908, la majorité des échanges commerciaux du Maroc se fit avec la France, alors que jusque-là, elle avait été faite avec l'Angleterre.

Chose surprenante considérant la compétition que se livraient traditionnellement le Coq gaulois et la Perfide Albion : Lyautey remercia vivement le consul britannique à Fès James MacLeod pour ses conseils inestimables lors de l'occupation de Fès en 1912.

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