Il était une fois le Maroc-David Bensoussan-2010- Presence diploma tique de l'Angleterre

Au XIXe siècle, l'influence de l'Angleterre fut considérable

Edward William Auriol Drummond Hay avait été consul de Grande- Bretagne à Tanger de 1829 à 1845. À cette époque, la politique britannique visait à encourager le commerce avec le Maroc, à empêcher les Français d'occuper la Tunisie et le Maroc et également à empêcher la Russie de prendre des territoires du Levant de l'Empire ottoman. Lorsqu'en 1831 la ville de Tlemcen prêta allégeance au sultan du Maroc pour éviter d'être occupée par les Français, la Grande-Bretagne resta neutre car cette ville avait été occupée par les Ottomans. Edward Drummond Hay sut combiner des conseils judicieux à des positions de fermeté : lorsqu'en 1828, le sultan Abderrahmane voulut pratiquer à nouveau la piraterie que son père Slimane avait abolie en 1818 (Moulay Slimane avait également libéré tous les captifs chrétiens en 1816), la Grande-Bretagne décréta le blocus de Tanger pour dissuader le Maroc de se lancer dans de tels projets. Les problèmes de piraterie ne disparurent pas pour autant. Une protestation fut transmise au sultan en 1834, et la véhémence de celle-ci fut telle que le clerc qui devait remettre la missive en craignît pour sa propre vie. Edward Drummond Hay proposa ses bons offices pour régler de nombreux différends : arrestation d'un ancien soldat français à Mogador et libération d'un navire espagnol capturé par les Marocains en 1840. Les états de service d'Edward Drummond Hay facilitèrent de beaucoup la tâche à son fils John Edward qui lui succéda dans sa fonction de 1845 à 1886.

L'Angleterre eut en effet une influence considérable à la Cour marocaine par l'entremise de son habile envoyé, le consul John Edward Drummond Hay. Il fut conseiller du sultan en matière de politique extérieure en 1850 et maintint son influence pendant trente-cinq ans. Le traité anglo-marocain de 1856 fixa enfin les droits de douane qui, par le passé, étaient modifiés au gré du sultan. Les conseillers britanniques en poste à la Cour marocaine furent nombreux et, au milieu du XIXe siècle, la majorité du commerce marocain se fit avec l'Angleterre. En 1861, l'Angleterre accorda au Maroc un prêt de 426 000 livres sterling remboursable en prélevant 50% des droits de douane sur l'ensemble des ports du Maroc. Un an plus tard, il fut précisé que ces prélèvements s'appliquaient également sur l'intérêt du prêt, soit 75 176 livres sterling. Ce prêt servit avant tout à payer l'indemnité de guerre que le Maroc dût verser à l'Espagne. Des contrôleurs espagnols veillèrent à la perception des droits et taxes de douanes dans les ports marocains, ce qui ne manqua pas de susciter des animosités. Le contrôleur espagnol Mantilla, ancien colonel de l'armée espagnole en charge des douanes marocaines à Safi fut assassiné dans des circonstances obscures.

Par ailleurs, Drummond Hay convainquit le sultan de mettre le flamboyant militaire Harry Aubrey de MacLean en charge de l'entraînement d'une armée marocaine moderne. La rumeur voulait que ce dernier fût démis de la fonction qu'il avait occupée à Gibraltar car il se serait aliéné son supérieur de qui il aurait séduit la femme. Il se promenait au Maroc avec un garde du corps en burnous fait en toile écossaise et se faisait également accompagner d'un joueur de cornemuse.

Dans la première moitié du XIXe siècle, après la conquête de l'Algérie, l'Angleterre avait, par l'entremise de Lord Aberdeen, déclaré que l'expansion militaire française au Maroc constituerait un casus belli. N'eut été l'opposition de l'Angleterre qui tenait absolument à protéger Gibraltar, il eut été probable que la France aurait pris avantage de la bataille d'Isly en 1844 pour occuper le Maroc beaucoup plus tôt. L'Angleterre protégea la souveraineté marocaine contre les ambitions françaises et espagnoles. Il fallut donc attendre jusqu'en 1881 pour que la France étendît son Protectorat à la Tunisie et qu'elle réclamât le contrôle du Maroc « pour maintenir la sécurité en Algérie.» Par ailleurs, le consul britannique Kirby Green qui succéda à Drummond Hay déclara en 1887 à un ministre espagnol : « Si l'intégrité du Maroc venait à être sérieusement menacée, l'affaire serait traitée comme une affaire d'importance vitale aux intérêts britanniques.»

Evan Smith succéda à Kirby Smith et proposa en 1893 des réformes au sultan Hassan Ie : l'établissement de moyens civilisateurs tout comme le télégraphe et aussi l'abolition de l'esclavage, la création de tribunaux mixtes et la fin de la protection consulaire. Toutefois, son manque de tact l'aliéna à la Cour marocaine. Le Maroc n'était plus, comme par le passé, avide de bons conseils des consuls britanniques tout comme Drummond Hay. La compétition était grande entre les puissances européennes. L'objectif premier de l'Angleterre était de conserver Tanger et de créer de bonnes conditions commerciales avec le Maroc. Or, en 1900, la France lança l'idée d'une « neutralisation » de Tanger. Cette même année, la France occupa le Touat saharien qui avait été jusque-là considéré par les puissances européennes – la France exceptée – comme marocain. Le Maroc ne pouvait donc plus compter sur la politique britannique traditionnelle de défense de l'intégrité du Maroc qui, par le passé, n'excluait pas le Touat. La souveraineté marocaine ne prédominait plus dans la politique britannique et par ailleurs, il semblait que Ton désespérât du succès des réformes. L'ambassadeur anglais Nicolson déclara : « Je ne crois pas qu'il soit possible de réformer ce pays de l'intérieur.»

Comment se fit-il que l'Angleterre finit par laisser la France occuper le Maroc?

Il faut avant tout souligner que, pour l'Angleterre du XIXe siècle, l'importance du Maroc était essentiellement stratégique, la garantie de passage dans le détroit de Gibraltar primant toute autre considération. Suite à l'incident de Fachoda au Soudan en 1898 durant lequel les armées française et anglaise se retrouvèrent nez à nez, la France et l'Angleterre signèrent en 1904 l'Entente cordiale. L'Angleterre finit par accepter la prépondérance française au Maroc pour autant que la France renonçât à ses droits sur l'Égypte et sur Terre-Neuve au Canada. Le 8 avril 1904, La France et l'Angleterre entérinèrent un accord qui dans les faits laissait l'Égypte dans la zone d'influence britannique et le Maroc dans la zone d'influence française. Les deux pays s'entendirent sur la circulation libre dans le canal de Suez et le détroit de Gibraltar, tout en limitant la construction de fortifications qui pourraient entraver le passage de navires dans le détroit de Gibraltar. Des clauses secrètes prévirent des réformes visant à moderniser la gouvernance de ces pays.

Les intérêts de la Grande-Bretagne ne coïncidaient plus avec ceux du Maroc…

Ajoutons qu'en 1900, une entente similaire fut signée avec l'Italie qui reconnaissait à la France le droit d'ingérence au Maroc et, de son côté, la France accepta que la Tripolitaine fasse partie de la zone d'influence italienne.

En 1908, la majorité des échanges commerciaux du Maroc se fit avec la France, alors que jusque-là, elle avait été faite avec l'Angleterre.

Chose surprenante considérant la compétition que se livraient traditionnellement le Coq gaulois et la Perfide Albion : Lyautey remercia vivement le consul britannique à Fès James MacLeod pour ses conseils inestimables lors de l'occupation de Fès en 1912.

Il était une fois le Maroc-David Bensoussan-2010 Presence diploma tique de l'Angleterre-page 155

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