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Judaisme d'Afrique du nord aux 19-20e siecles

Il existe chez certains émigrés d'Afrique du Nord une tendance à idéaliser leur propre passé. Une réaction fort normale et bien humaine qui n'est pas sans rappeler la tendance à la romantisation populaire de la vie fort peu romantique du shtetl d'Europe Orientale. Cette vision historique est en grande partie une réaction de défense face à la discrimination tant réelle qu'imaginaire subie par les immigrants nord-africains en Israël (et dans une certaine mesure en France) ainsi qu'un rejet de la conception sioniste de l'histoire. Ce thème a été repris aussitôt par les polémistes arabes qui soutiennent en gros que juifs et musulmans du Maroc, comme ailleurs dans le reste du monde islamique, entretenaient d'excellentes relations jusqu'à l'apparition du Sionisme qui gâta les choses au grand dam des deux communautés

Chose étrange, cette tendance à idéaliser le passé judéo-marocain a reçu l'appui d'une source tout à fait inattendue, à savoir les travaux d'anthropologues américains tels que Lawrence Rosen. Travaillant à Séfrou, au Moyen-Atlas, dans les années 60, dans le cadre d'un projet considérable, dirigé par Clifford en Hildred Geertz, Rosen fut frappé par les relations économiques et sociales qui existaient entre juifs et musulmans dans cette communauté. Ce fait tangible contrastait avec

les observations des voyageurs et historiens des périodes antérieures qui avaient vu les juifs marocains dans un état de dégradation abjecte

Cette différence de vues l'amena à rejeter une grande partie des renseignements historiques antérieurs au lieu de procéder à leur réappréciation. Le cas de Sefrou devint le modèle des relations judéo- musulmanes au Maroc dans les écrits de Rosen qui appliqua son paradigme au passé comme au présent

Une telle vision pêche par une sérieuse erreur méthodologique. Les sociétés, même les plus traditionelles ou conservatrices, n'évoluent pas dans un vide historique. Aussi, le Maroc des années 60 était-il à maints égards un pays fort différent de celui de la période pré-coloniale. La présence française y changea profondément bien des aspects de la vie sociale et politique marocaine, le moindre n'étant pas le changement intervenu dans le statut des sujets juifs de l’empire chérifien. Un tel changement ne pouvait manquer d'affecter, pour le meilleur et pour le pire, les relations traditionelles judéo-musulmanes, en particulier dans les grandes villes où l'administration coloniale était la mieux installée. Ce fait est souvent omis dans les études récentes à la suite du discrédit général dans lequel le colonialisme est tombé

En outre, le choix de Séfrou est loin de constituer le prototype des relations judéo-musulmanes au Maroc. Ville-refuge pour les juifs de la ville voisine de Fès comme au temps des persécutions de Mawlây Yazîd en 1790," Séfrou semble avoir été quelque peu épargnée de l'intense atmosphère scholastique et de l'intolérance des gens de la capitale. Sa démographie la rendait aussi quelque peu insolite. Près de 40% de ses habitants étaient juifs avant le grand exode du début des années 50. Fin observateur, Charles de Foucauld avait noté que Séfrou et Demnate étaient les deux régions du Maroc où les juifs étaient les plus heureux. Le cas des relations judéo-musulmanes à Séfrou est ainsi une exception à la règle qui prévalait avant l'arrivée des Français. En généraliser le cas à travers l'histoire est une grave erreur

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