oseph Toledano-Epreuves et liberation


Joseph Toledano-Epreuves et liberation-les juifs du Maroc pendant la seconde guerre mondiale- Le Dahir du 30 octobre 1940, 9 Ramadan 1359

Epreuves-et-liberation

 

Le Dahir du 30 octobre 1940, 9 Ramadan 1359

La première mesure est la définition de Juif, différente de la définition de la loi française mais uniquement pour les Juifs marocains. Est, en effet, considéré comme Juif :

Tout Juif natif du Maroc.

Toute personne non marocaine, ayant 3 grands-parents de race juive ou deux grands-parents, si le conjoint est lui-même juif.

 

Cet amendement, sans portée pratique, avait paru pourtant essentiel aux autorités chérifiennes. En tant que Commandeur des croyants, le sultan ne pouvait assumer la responsabilité d’une législation de nature à entraver la possibilité de conversion à l’islam. Un Juif marocain, qui abandonne sa religion pour embrasser l’islam, cesse immédiatement d’être juif, sans avoir a chercher l’origine raciale de ses parents et encore moins de ses grands- parents ! Seule la religion et non la race definit le Juif marocain. Alors que dans la legislation francaise, la conversion ne change rien au Statut de Juif, la legislation marocaine laissait ainsi la porte de la conversion ouverte aux Juifs qui desireraient eventuellement echapper au Statut. Certes, la procedure de conversion avait ete reglementee et ne revetait plus la simplicite d'autrefois ou il suffisait de l’enonce du credo reconnaissant Mohammed comme le vrai prophete de Dieu. Pour eviter les abus, l’arrete viziriel du 3 decembre 1929 l’avait sommairement codifiee :

 

< Lorsque quelqu’un se presente a vous, dans 1’intention de se faire musulman, vous lui ordonnerez d’abord de presenter des documents attestant de maniere evidente qu’il n’est I’objet d’aucune poursuite et que ses contestations anterieures relatives a son statut personnel (heritage, etc…) sont definitivement reglees. Vous ferez ensuite parvenir ces pieces au Grand Vizir qui donnera les instructions necessaires. »

On voit qu’en dehors de formalites bureaucratiques sommaires, la porte restait grande ouverte mais nul ne devait songer a cette extremite, uniquement pour echapper a l’application du Statut, comme le rappelait a ses etudiants, futurs Controleurs Civils du Centre des Hautes Etudes d’Administration coloniale, le professeur Dutheil:

 

Autre intervention du Makhzen central sur un plan different: la question de savoir si les Juifs, pour echapper au nouveau Statut, ne pourraient s’y soustraire en se convertissant a I’islam.

Avant meme que le Statut ne fut elabore, la question avait ete soumise au sultan. Des I’abord, ce dernier en contesta le principe, exposant d’une part, que 1’attestation du cadi etait necessaire a la validite des conversions et d’autre part surtout, que lui, sultan, ne pouvait assumer la responsabilite, en sa qualite de chef religieux, de 1’application d’une legislation quipouvait etre consideree comme de nature a entraver les conversions. L ’argument est peut-etre specieux, il n ’en est pas moins sympathique. D’ailleurs, les conversions a 1’islam sont rares chez les Juifs. Il illustre cependant clairement l’affirmation qu’il n’y a pas d’antisemitisme chez les Marocains, ni d’apres notre exemple, chez le premier des Marocains… »

 

Les institutions juives preservees

Plus significatives et plus lourdes de consequences, deux mesures essentielles ? le maintien en place des institutions juives, religieuses comme profanes.

Religieuses, a savoir les tribunaux rabbiniques, les etablissements d’enseignement religieux primaire, talmud torah et les ecoles talmudiques superieures,yechibot. C’est ainsi qu’en juin 1941, le President du tribunal rabbinique de Meknes, rabbi Yehoushoua Berdugo, fut appele a presider le Haut Tribunal Rabbinique a Rabat. Dans son livre, Otsar Hamikhtabim, rabbi Yossef Messas relate l’emouvante ceremonie organisee par les rabbins et notables de sa ville d’origine, a l'occasion de sa promotion a ce poste, dans la grande synagogue sla jdida, sans faire la moindre allusion au nouveau Statut, en concluant au contraire par un hommage appuye aux autorites :

« Notre salut et notre reconnaissance vont aux deux puissantes autorites, arabe et franfaise, pour avoir choisi notre rabbin pour presider le Haut Tribunal et pour avoir dote toutes les villes du Maroc de lasloire de tribunaux hebraiques » (tome 3, page 19)

 

Institutions profanes, lai'ques : le reseau des ecoles de 1’Alliance Israelite Universelle et l’organisation communautaire avec les Comites des Communautes, dans les villes, et les Associations de Bienfaisance.

Coupe de son centre et de sa source de financement — l’Alliance avait du quitter en hate Paris pour se replier sur Marseille mais ne disposait plus de ressources — le reseau, tisse dans tout le Maroc depuis 1862 et qui depassait les 10.000 eleves a la veille de la guerre, survecut par ses propres moyens. Toutefois, la subvention accordee jusqu’ici par la Direction de l’Enseignement du Protectorat, couvrant jusqu’a 80% des frais de fonctionnement, fut maintenue au grand scandale de ses opposants. Les antisemites les plus consequents avaient en effet propose de fermer purement et simplement ces ecoles, ou au moins, avaient reclame la suppression de la subvention de fonctionnement mais le chef de la Direction de l’Enseignement primaire, Roger Thibault, s’y etait fermement oppose dans l’interet meme du Protectorat.

 

« Je fis remarquer que la France occupee n’etait pas libre mais que le Maroc l’etait. L’opinion mondiale, particulierement celles des Etats-Unis, jugerait donc des sentiments veritables de la France par ce qu’on y ferait concernant les Juifs

 

L’arbitrage revint au general Nogues.

J’allais rendre compte de ces incidents au Resident General Nogues. II approuva mon attitude ; il ajouta qu’elle etait conforme aux desirs du sultan qui se considerait comme le protecteur naturel de ses sujets Israelites ».

 

Quand, par la suite, il s’opposa au renvoi des instituteurs juifs des ecoles franco-israelites et proposa, dans ce cas, de demettre de leurs fonctions et de nommer ailleurs les enseignants non juifs dans ces ecoles et de confier les postes, ainsi liberes, a des enseignants juifs chasses de leur emploi, la reaction ne se fit pas attendre :

 

« Deuxjours apres, les journaux de Casablanca publiaient en gros caracteres, que le Statut des Juifs au Maroc allait etre contourne par un salaud qui s’appelait Thibault et qui sevissait a l'Instruction Publique.

On connaissait deja dans Rabat, l’attitude que j’avais prise. Et la plupart des gens me fuyaient; on changeait de trottoir pour eviter de me rencontrer; lors des ceremonies auxquelles je devais assister, personne ne venait s’asseoir aupres de moi, des hommes que je considerais comme des amis, se repandaient en menaces me concernant… »

 

En fin de compte, le bon sens l’emporta et les ecoles de l’Alliance furent autorisees a poursuivre leur fonctionnement normal.

La centrale parisienne ne pouvant plus envoyer, comme par le passe, d’instituteurs de l’etranger, il fut permis a la delegation marocaine de les recruter parmi les enseignants juifs renvoyes du service public. De fait, les eleves des ecoles de l’Alliance, deja inscrits, purent ainsi poursuivre une scolarite normale mais le developpement du reseau fut bloque, faute de ressources, le Protectorat ne participant pas aux depenses de construction de nouveaux batiments. L’incapacite du reseau de l’Alliance a accueillir tous les candidats a l’education, deja patente avant la guerre, devint encore plus aigue et entraina un retard educatif pour toute une generation.

 

A ce stade, de la meme maniere, les enfants juifs frequentant les ecoles publiques franchises n’etaient pas touches, le numerus clausus annonce n’etant pas encore applique. A plus forte raison, les ecoles intermediaires dites franco-israelites, comme le justifiait le general Nogues a Vichy, peu avant la publication du dahir :

 

«Le gouvernement du Protectorat s’est preoccupe depuis son origine de ne recevoir les enfants Israelites que dans des ecoles primaires qui leur fussent speciales. De ce fait il existe a I’heure actuelle des ecoles Israelites comptant 51 classes et recevant 234 eleves, entretenues et administrees par le Protectorat, dans les memes conditions que les ecoles musulmanes et les ecoles entretenues par l’Alliance Israelite universelle a l’aide de ses ressources propres et d’une subvention. Le maintien des .classes

Protectorat, speciales aux Israelites, parait utile pour permettre de reprendre un jour a 1’Alliance Israelite Universelle ses ecoles, si ellepoursuivait une politique qui paraitrait contraire aux interets de la France.

M’autorisant de cet etat de fait particulier au Maroc, je compte, sauf objection du Departement, introduire dans le dahir relatif au Statut des Juifs qui doit etre incessamment promulgue, un article aux termes duquel les maitres Israelites francais et marocains pourraient etre employes dans les etablissements d’enseignement reserves aux seuls Juifs…»

Paradoxalement, le probleme le plus ardu se posa a propos des privilegies d’hier — les Juifs algeriens au nombre de quelque 10.000, particulierement a Oujda, Casablanca et Rabat — mais finit egalement par trouver une solution de tolerance, suite a la mission de conciliation, a Vichy, du meme Roger Thibault:

 

L'abrogation du decret Cremieux pose au Maroc le probleme de I’instruction des Israelites algeriens, devenus par suite de 1’application du nouveau texte, sujets francais. Ils etaient jusqu’a present citoyens francais, leurs enfants admis de droit dans les etablissements scolaires francais.

II paratt desirable de leur appliquer les regies etablies pour les Musulmans algeriens, sujets francais. Partout ou leur nombre ne serait pas tel qu’il puisse etre genant ou dangereux, les enfants pourraient — sauf motif special — etre admis dans les etablissements francais. II n’y a pas interet, en effet, chaque fois que I’on ne peut faire autrement, a repousser vers leurs coreligionnaires marocains, moins evolues, les Israelites algeriens. Partout ou ils seraient assez nombreux, comme a Oujda, pour risquer, par leur presence, de creer des difficultes, ils seraient recus dans les ecoles Israelites… »

Mais d’un autre cote, on signalait qu’a Mazagan, l'atelier de menuiserie, destine a l’enseignement professionnel des eleves juifs, venait d’etre requisitionne, en faveur d’une institution catholique pour y ouvrir un cours d’enseignement religieux.

 

Joseph Toledano-Epreuves et liberation-les juifs du Maroc pendant la seconde guerre mondiale- Le Dahir du 30 octobre 1940, 9 Ramadan 1359

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