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Les veilleurs de l'aube-Victor .Malka-Des ornements à la prière

les-veilleurs-de-lDes ornements à la prière

Qu'ils soient signés par des poètes de l'espace andalou ou par des rabbins versificateurs marocains, ces poèmes ont une particularité : ils ont d'abord été écrits pour être chantés et pour accompagner les offices religieux. Ils ont en priorité une fonction liturgique. C'est une poésie sacrée. Une poésie de la méditation et de l'introspection, non de l'évasion ou du divertissement. Un poète a judi­cieusement qualifié ces pièces, ainsi qu'on l'a noté précé­demment, « d'ornements à la prière ». Il s'agit de la rendre plus belle, plus joyeuse et plus populaire. Ce qui ne veut pas dire que ces pièces poétiques ne soient pas également lues, ou bien qu'à la lecture elles perdent quoi que ce soit de leur pouvoir d'inspiration ou d'émotion. Mais souvent, l'auteur a pensé, en même temps qu'il cherchait une rime plus ou moins riche, à un air spécifique appartenant à tel ou tel mode de l'art musical andalou. Chaque langue a son rythme, ses exigences, son génie. Et sa musique intérieure. Cependant, les différents poètes dont les œuvres figurent dans l'anthologie Chir Yedidout ont souvent écrit en ayant sous les yeux (mais le plus souvent en mémoire) le texte classique arabe relatif à l'extrait musical. Ils veillaient également à imiter autant que possible le style et les tech­niques de composition utilisés par les poètes-musiciens arabes. Le chant, en l'occurrence, est une des expressions possibles de la poésie. Il est inséparable du texte. Et la poésie en est le fidèle auxiliaire. L'auteur du livre des Psaumes n'écrit-il pas : Tes préceptes sont devenus pour moi un sujet de chants dans ma demeure passagère ? (Ps 119, 54). Comme si c'était le texte qui donnait au chant sa véritable signification. Par ailleurs, voulant insister sur la force que représentent la poésie et le chant, une légende talmudique (Sanhédrin. 94 a) prétend que, dans un pre­mier temps, Dieu a voulu désigner le roi Ézéchias comme Messie d'Israël. Pourquoi y a-t-il finalement renoncé ? N'est-ce pas – ajoute la légende – parce que ce monarque n'a pas pris l'initiative de chanter lorsqu'il a été sauvé des griffes d'un de ses ennemis ?

Voici comment un homme de lettres comme Georges Pompidou, ancien président de la République, définit dans un de ses ouvrages1 la poésie :

Lorsqu'un poème ou simplement un vers provoque chez le lecteur une sorte de choc, le tire hors de lui-même, le jetant dans le rêve ou, au contraire, le contraint à des­cendre en lui plus profondément jusqu'à le confronter avec l'être et le destin, à ces signes se reconnaît la réussite poétique.

Si l'on juge les poèmes des hommes qui, durant des siècles, ont écrit pour la synagogue marocaine, à l'aune de la définition de cet ancien agrégé de lettres, alors il ne fait pas de doute qu'ils sont, pour la plupart d'entre eux, des poètes inspirés et accomplis. Ils ont d'ailleurs été per­çus et traités comme tels par leur communauté tout au long de leur vie. Pourquoi la poésie ne se trouverait-elle pas aussi dans les synagogues ainsi que dans les chants liturgiques qui leur sont consacrés ? Qui peut contester qu'il y a de la poésie – et au plus haut niveau – dans certains récits de la Bible et singulièrement dans certains textes de prophètes tels qu'Isaïe ou Jérémie ? Sans parler de Job et de l'Ecclésiaste…

De même, si l'on se réfère à la définition du poète pro­posée un jour par l'acteur Louis Jouvet (« Qu'est-ce qu'un poète ? C'est une cicatrice ! »), alors ces rabbins et ces lettrés ont plus d'un titre à faire valoir pour se prétendre poètes. Car des cicatrices, ils en ont plein l'âme. Ils n'ont même que cela…

La poésie peut assurément se trouver partout. On la ren­contre chaque fois qu'un texte provoque chez son lecteur joie ou mélancolie, rire ou larme, tristesse ou espérance, méditation ou compassion.

Un de ces poètes, David Elkaïm – linguiste et poly­glotte, habité par le génie, considéré, ainsi qu'on l'a vu, comme le plus grand poète de l'histoire des juifs du Maroc – s'est spécialisé dans un genre poétique spécifique aux pays d'islam : la ksida. Le terme veut dire « objectif ». Il s'agit d'une sorte de ballade arabe dans laquelle le poète raconte une histoire, développe longuement ses idées, défend ses objectifs et expose, in fine, sa morale. C'est une poésie populaire dans le meilleur sens du terme.

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