Le Mossad – Michel knafo-Un doigt accusateur

Un doigt accusateur

Qui sont les olim arrivés du Maroc en Israël? Comme nous l'avons dit, 8% étaient des habitants des villages. Le reste était d'une manière ou d'une autre, lié à la culture occidentale. Ce fait contredit totalement le préjugé que la majorité des  olim n'avait pas été en contact avec la culture occidentale jusqu'à leur arrivée en Israël. Plus encore, si nous retenons le critère de la formation professionnelle, il n'est pas différent de celui des olim venus en leur temps d'Europe Orientale: -49% des olim étaient des artisans; tailleurs, cordonniers, mécaniciens, etc… dans 41 branches différentes. 21.4% étaient liés aux professions commerciales: commerçants, boutiquiers, vendeurs, bouchers – dans dix branches du commerce; 21% des ouvriers ou travailleurs de la terre. Mais 17.6% étaient liés à des métiers considérés comme modernes: comptabilité, enseignement, employés, rabbins, dentistes, économistes; et ce pourcentage n'est pas inférieur à celui des olim "ashkénazes" de la même époque.

De plus, même si on accepte cette fausse croyance du manque de culture des olim du Maroc, cela ne ferait que renforcer le doigt accusateur envers les habitants d'Israël pour avoir aggravé la situation. Il y a en effet un fait irréfutable: 48.4% – près de la moitié – des olim du Maroc étaient, à leur arrivée, des adolescents de moins de 16 ans. Pourquoi ne les a-t-on pas éduqués et "civilisés" comme il le fallait, alors qu'il n'y a rien de plus facile que d'éduquer des enfants? Si aujourd'hui, vingt ans après leur Alyah, on invoque leur manque de culture, la faute en incombe avant tout au système éducatif israélien. Au rapport des éducateurs envers les enfants des olim; à l'incapacité de répondre à l'attente d'enfants assoiffés d'apprendre. Depuis la Alyah des "Bilou", aucune autre vague d'immigration n'a amené un tel pourcentage d'enfants, et c'était là le plus beau cadeau offert par le judaïsme marocain à Israël.

Il est faux d'avancer que les juifs riches et éduqués du Maroc ont émigré en France. Les départs vers la France et les autres pays n'a englobé qu'entre 5 à 8% de tous ceux qui ont quitté le Maroc, ne dépassant pendant des années le taux de croissance démographique naturel de la population juive.

Certes nous ne disposons pas de données statistiques précises sur la formation professionnelle de ceux qui ont choisi la France, mais il est possible de supposer qu'elle n'était pas différente de ceux qui sont venus en Israël. Mais en France, contrairement à Israël, la communauté juive, le Consistoire, s'est occupée de ces immigrants. Elle ne les a pas envoyés dans des maabarot (ou dans des bidonvilles), agglomérations reculées, leur disant: "débrouillez-vous!" mais a tout fait pour qu'ils s'intégrent à la vie de la communauté et à ses institutions.

Les juifs d'Algérie, de Tunisie et du Maroc qui se sont installés en France, ont doublé, sinon triplé la population juive de ce pays, et la communauté n'en a pas été effrayée. Au contraire, elle en a été heureuse et leur a permis de prendre des postes de premier plan, conformément à leurs talents. Alors qu'ici la majorité des olim ont été dirigés vers des agglomérations éloignées et on leur a dit "continuez à vivre comme dans votre pays d'origine!" sans même vérifier si cela était possible, sans tenir compte ni de leurs talents, ni de leurs métiers. Et eux ces juifs candides qui avaient vu leur rêve se réaliser, ont obéi et sont allés là où on les a envoyés, alors que les anciens – ashkénazes comme sépharades – ne se sentaient pas concernés par la vision de la réunion des dispersés, ne se préoccupant pas de cette grande tribu éloignée qui venait d'arriver. Seuls quelques visionnaires isolés comme Louba Eliav et Rivka Gover avaient senti la grandeur du miracle.

Une minorité mégligeable

Et voilà que les graines semées – presque à la volée – dans le désert du Néguev, en Galilée, dans les petites agglomérations à travers le pays, ont commencé à pousser. Les villes de développement se sont agrandies et renforcées; et de ces immigrants venus du Maroc font leur apparition des dirigeants qui ont su prendre en mains les destinées de leur communauté. Soudain le Yichouv (anciens du pays) se comporte avec respect envers les villes d'immigrants: Dimona, Yavné, Kiriat-Gat, Ofakim, Sdérot et Beit-Shean.

Il ne pouvait croire que certains "Marocains", certains des isolés qui avaient quitté la respectable tradition de leur communauté, éblouis par les grandes villes – n'étaient pas eux les véritables représentants authentiques de cette grande communauté. Le Ychouv a voulu généraliser à partir de ces cas isolés sur toute la communauté. Certes, il est vrai que parmi les dizaines de milliers de olim venus du Maroc, il y avait certains dont le mode de vie n'était pas tout à fait adapté au vingtième siècle, et qu'il y avait des villages où la technologie moderne n'était pas encore arrivée, mais ce n'était qu'une minorité négligeable. Il faut donc chercher d'autres causes au sentiment de discrimination des juifs du Maroc.

Ceci dit, il me semble qu'il y a une grande exagération dans le phénomène de pitié de soi de cette communauté. Au lieu d'être fière de ce qu'elle a, elle cherche à se défendre et à s'excuser, tendant à interpréter de manière irrationnelle des faits simples. Comme ce brillant professeur qui avait expliqué aux journalistes combien il avait été humilié d'être pulvérisé au DTT en arrivant à Haïfa à l'âge de 10 ans. Pourquoi ressentir cela comme une humiliation? Moi-même j'ai subi à plusieurs reprises le même traitement. Moi aussi, en descendant d'un avion avec des olim que l'on craignait être atteints de poux, j'ai été aspergé en même temps qu'eux – et je ne m'en suis pas senti humilié le moins du monde, pas plus que les membres de équipage. Deux heures plus tard, ne nous étions-nous pas retrouvés à déguster une bière dans un bar?

Le judaïsme marocain est porteur d'un grand patrimoine juif. Une tribu qui n'a pas connu les mariages mixtes, qui toute entière – religieux comme les moins religieux – a le plus grand respect pour la tradition d'Israël. Entre parenthèses, même les musulmans montraient le même respect, s'abstenant dans les villages d'occuper les maisons de prières juives abandonnées, par respect pour leur sainteté les juifs du Maroc n'ont pas laissé derrière eux les déshérités, les vieux, malgré les protestations de l'Israël "civilisé". Le judaïsme marocain portait en son sein une culture juive brillante et c'était là son dénominateur commun.

Un jour deux jeunes sont arrivés au village d'Igli, dans le sud du pays. Après qu'ils aient raconté le but de leur visite, toute la communauté s'est levée prête à partir. Un des vieux a alors dit aux jeunes: "attendez un moment, nous voulons aller au cimetière pour demander pardon à ceux que nous allons laisser derrière nous, et demander pardon au saint rabbin dont nous ne pouvons emporter la sépulture. Ce même rabbin nous avait prédit que le jour était proche ou nous nous mettrons en marche." Ils se sont rendus au cimetière et commencé à prier. A ce moment, le rabbin s'est arrêté et a dit aux fidèles: "Nous pouvons prendre la route, l'âme de notre saint est déjà là-bas, en Eretz-Israël".

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