safi


Histoire des juifs de Safi-Brahim Kredya

En conséquence de ces considérations et d'autres, les étrangers se mirent à accorder des protectorats à tour de bras et juifs-de-safidans de nombreux cas, ces derniers « se vendaient publiquement comme n'importe quelle marchandise ». Plusieurs consuls et plusieurs négo­ciants y trouvèrent « une marchandise qui se vendait rapidement… et qui générait des bénéfices sans peine, beau­coup plus qu'un appareil importé ou une peau exportée ». Dans une lettre du gouverneur de Safi, Tayeb Benhima, adressée au Ministre des Affaires étrangères du Maroc, celui-ci disait : « Le consul espagnol résident à Safi a exagéré l'octroi des protectorats en ville et dans des campagnes, illégalement… et les jugements sont paralysés par la multitude des demandeurs de protection consulaire, indûment» D'autre part, le consul français, le docteur Allard « vivait de ce que lui rapportait le commer­ce des protectorats ; il plantait sa tente dans le souk de Khemis Zemamra, dans les Doukkala, surmontée du drapeau français et il y exposait des cartes de protection comme on exposait des marchandises ».

La quantité de « protégés » atteignit parmi les habi­tants de Safi « le nombre de cent cinquante individus » entre les années 1863 et 1900, dont la moitié étaient des juifs. C'était un effectif considérable par rapport à l'ensemble de la population de la ville qui approchait les deux mille cinq cents personnes et où les juifs en représentaient le quart. Pour l'exemple, nous citerons ci-dessous quelques noms de juifs de Safi « protégés » :

1- Des États-Unis d'Amérique : les membres de la famille Ben Zakar dont le chef, Ishaq, était l'adjoint du Consul américain à Safi en 1872, remplacé ensui­te par son fils aîné Yaacob jusqu'en 1888. Son frère Moshé lui succéda dans cette fonction. Étaient égale­ment protégés des États-Unis, Chlomo Amsellem Al Mergani qui a été adjoint du Consul des USA à Safi en 1890, et les commerçants Abraham Ben Dawid Ohayon et Moshé Harzan27.

  1. – De la Grande-Bretagne : Moshé Bou Ouadnine et Lahbib Bensabat qui étaient interprètes ; Said Azoulay, Lahbib Attias, Hadane Cohen Rbati, Abraham Ould Lhazzane, Yaacob et Said Ben Abraham Ben Said Ohanna, Makhlouf Tanjaoui et Youssef Ould Ishaq Ben Saâoud, Haron Ould Mimoun Ohayon : ils étaient tous courtiers des négociants ou des sociétés commerciales anglaises.

–          De l'État espagnol : Massoud Ben Âaddi El Asafi, Yaacob Leibi Tetouani, tous deux interprètes auprès du Consulat ; Sellali Ben Ikane, Zahra Beitone, Ishaq Tanjaoui, Brahim Mimrane, Mimoun Ben Lhazzane, Brahim Ohayon, Nessim Liwy, Youssef ould Brahim Liwy, Chamâoun Cohen, Shalom ould Liwy, Abraham Moshé Bou Ouadnine et Youssef ben Yahouda Souiri.

4.- De l'Italie : les interprètes Lyaho ben Dawid Ohayon et Mardoshé Lewy ; les courtiers Yahoda old Haïm ben Ishaq, Yahoda Ben Hammo Lamjadli et Nessim ben Moshé Hmizzo (le dernier était celui du frère du délégué consulaire italien).

  1. – De l'État français : Salomon Attya, interprète adjoint au Consulat français en 1880 et 1881 ; Makhlouf Ohayon, Haroun Boukdada, Ishaq Liwy, commerçants ; Massoud Ben Khalifa, courtier du docteur Allard précité ; Dawid Sarwilas, Massoud Elbaz, courtiers du juif tunisien « protégé français » : Israël Lalouz.
  2. – Du Portugal : Yahoda Ben Sabbah Tetouani qui était interprète.

– De la Belgique : Haroun Chriki, interprète.

8 – Du Danemark : Massoud Bahdoud, interprète.

9.- De la Suède et de la Norvège : Abraham Shlomo, interprète en 1884, et Abraham ben Mimrane Mesfioui, également interprète en 1892.

10 – De l'Allemagne : Sellam Ohayon Mesfioui qui était courtier pour deux négociants allemands en 1904.

Nombre des protégés juifs comparé à celui des

protégés musulmans de safi à la fin du XIXe siècle

Pays protecteurs

Protégés juifs Protégés musulmans Total
U.S.A. 10 7 17
Angleterre 12 25 37
Espagne 21 1 22
Italie 9 4 13
France 15 15 30
Portugal 1 5 6
Belgique 1 4 5
Allemagne 1 4 5
Hollande 1 1
Danemark 1 1
Suède 2 4 6
Autriche 2 1 3
Brésil 6 6
Totaux 75 77

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Histoire des juifs de Safi-B. Kredya

Comme leurs congénères protégés, les juifs de Safi, poussés par les étrangers, se montraient irrespectueux etjuifs-de-safi dédaigneux dans leur comportement avec les représentants du Makhzen moribond et impuissant, et s'appropriaient les biens de Marocains indigents. Nous n'aurons pas de mal à citer quelques exemples relevés dans des récits ou dans les allusions de certains documents. Nous reconnaissons qu'ils sont limités, mais ils ne représentent sans doute qu'une petite partie d'un tout dont nous n'avons pu percer tous les secrets.

Parmi les abus des juifs protégés de Safi, nous relevons :

1.- L'impertinence de Yaacob Ben Ishaq Ben Zakar, adjoint du Consul américain, vis-à-vis du gouver­neur de Safi, Tayeb Benhima, au point que ce dernier s'en trouva impuissant et chercha le moyen de s'en débarrasser. Dans une lettre adressée au sultan Moulay Al Hassan Ier, il disait : « Dieu a donné à ce Ben Zakar une nature méchante, un caractère grossier et une mauvaise arrière-pensée… et chaque fois qu'il vient me trouver, il le fait avec grossièreté et s'adresse à moi avec hauteur. » Ben Zakar ne s'arrêta pas à ces légèretés, mais il s'appropria les biens du Makhzen par la violence. Dans une seconde lettre au sultan Moulay Al Hassan, Tayeb Benhima écrivit : « Ben Zakar, le consul des Américains… a outrepassé les limites dans son comportement, dans la confiscation des biens, et parmi ces abus, il s'est mis à construire un "Hri" [entrepôt]… Et il a mis la main sur trois boutiques voisines, prétendant les avoir achetées, et les a démolies pour les intégrer au dit entrepôt ».

  1. – Le mépris de l'autorité du Makhzen « en refusant de se soumettre aux juridictions et en se gaussant des jugements ». Les juifs protégés de Safi organisèrent une manifestation condamnant les méthodes utili­sées par l'autorité locale dans l'interrogatoire de juifs accusés du meurtre du citoyen espagnol, Mantilla. Ils invitèrent le gouverneur de Safi à juger les suspects avec équité, le menaçant de s'adresser aux puissances européennes s'il n'obtempérait pas. Leur impertinence fut appuyée par les délégués des Consuls anglais et français à Safi.
  2. ־ Le vol des biens de la population sous des prétextes fallacieux, par la fraude et les falsifications. À titre d'exemple, l'utilisation de Moshé Bou Ouadnine, protégé anglais, « de l'usure et de l'escroque­rie des biens des citoyens sous des allégations mensongères" », avec toutes les conséquences qui en découlaient, en particulier la confiscation des biens de ceux qui ne pouvaient payer leurs dettes. L'usurier s'appropriait une partie des biens, d'autant plus que les consuls « protecteurs » n'hésitaient pas à assister les créditeurs et les usuriers placés sous leur tutelle, « mettant à leur disposition le poids diplomatique de leurs pays et parfois même leur puissance militaire. Ils les aidaient à piller les gens illégalement, sous le couvert de la loi internationale et de la défense des droits des "protégés", de leur exonération des impôts et des juridictions inscrite dans les accords ».

–         Les dommages portés aux affaires de leurs conci­toyens musulmans, l'atteinte à leurs lieux saints en ne respectant pas les traditions en vigueur. « Les insolents parmi eux, se livrèrent à des actes de défi et d'impertinence à l'égard des musulmans et à l'iniquité dans les affaires. » Ils portèrent, pour provoquer les musulmans, atteinte à certains mausolées de grands saints de la ville, « comme le fait de traverser la porte de l'un des saints, Sidi Abderrahman Ben Brahim, qu'ils ne traversaient guère auparavant. Ils se mirent à la traverser ».

–         Les juifs protégés possédèrent un nombre consi­dérable de biens immobiliers et de terrains dans la ville de Safi, dans sa banlieue et dans ses campagnes, la plupart du temps par escroquerie et par ruse. Certains d'entre eux furent cédés aux étrangers qui devinrent propriétaires de plus de trois cents hectares de terrain à la fin du règne de Moulay Al Hassan Ier .

Les Juifs de Safi et la pieuvre des protectorats….Brahim Kredya

SAFI-1

1.2. Les étrangers eux-mêmes reconnaissaient que les juifs avaient vécu à travers les siècles et les gouvernements en toute sécurité, qu'ils pratiquaient leur culte en toute liberté et sans être gênés par les autorités du pays. Ils disposaient de tribunaux et de prisons particulières, et les relations entre la majorité musulmane et la minorité juive étaient empreintes de complémentarité et d'interpénétra­tion dans tous les domaines : économique, social et même politique. Les Marocains, musulmans et juifs, ressentaient tout ce qui affectait le Maroc – crise ou abondance -, ce qui enracinait en eux le sentiment d'appartenance commune à une seule et même patrie. L'histoire nous apprend que les juifs ont toujours prié et continuent encore à prier pour les autorités du pays au cours de leur culte. Pendant les années de sécheresse, ils ressentaient les mêmes angoisses que leurs frères musulmans et élevaient leurs prières, implorant Dieu de faire tomber la pluie ; ils se rendaient en grand nombre sur les places pour accomplir la prière de « l'Istisqaa » (invocations pour faire pleuvoir). Le professeur Lévy raconte que quarante mille des juifs du Maroc faisaient partie de l'armée de Youssef Ibn Tachfine lors de sa traver­sée pour l'Andalousie, pour mettre fin aux attaques des chrétiens contre les habitants musulmans et juifs. Cette expédition fut couronnée par la victoire de Zellaqa en 1086. De même, les juifs du Maroc furent heureux de la victoire des Saâdiens sur les Portugais dans la bataille de Oued Al Makhazine en 1578 (« La bataille des Trois Rois »). À cette occasion, ils organisèrent des prières de remerciement à Dieu.

                Sous les Idrissides, Moulay Idriss II logea les juifs à Fès après

l'achèvement des constructions. Sous les Almorávides, on permit aux juifs d'accomplir leurs dévotions en toute liberté, sauf que le roi Ali Ben Youssef leur interdit d'habiter dans sa capitale, Marrakech ; ils n'y pénétraient que le jour et en sortaient au crépuscule de peur que certains n'aient des rapports avec les complots de quelques juifs d'Andalousie qui aidaient les chrétiens contre la présence almoravide en Espagne. Sous les Almohades, ils furent victimes de vastes persécutions, dirigées également contre les Almorávides et leurs Chiites ; ils les considérèrent tous comme des infidèles. Des juifs cachèrent leurs rites et firent semblant d’embrasser l'islam. On attribue au calife almohade Yaacob Al Mansour les paroles suivantes : « Si leur infidélité [à l'islam] est avérée, je tuerai leurs hommes et j’emprisonnerai leurs enfants, et leurs biens seraient butin pour les musulmans. » Sous les Mérinides, les juifs des Béni Ouaqqass acquirent une grande autorité auprès du sultan Abou Yacoub Ben Youssef. Leur pouvoir excéda même celui de ses ministres.

 Le gouvernement du sultan mérinide Abdelhaq Ben Abou Saïd compta deux juifs (Haroun et Chawel) et un chambellan juif nommé Houcine ; au temps des Mérinides fut construit le premier quartier juif (mellah) à Fès dans le but de les protéger contre toute malveillance qui pourrait provenir des musul­mans ; sous les Beni Ouattass, le Maroc ouvrit largement les bras aux juifs, accueillant les émigrés chassés d'Espagne, sous les supplices et les tueries des tribunaux de l'Inquisition. Le sultan ouattassi leur prodigua des signes de bienveillance et les aida. Il l'estimèrent et l'appelèrent « le grand roi pieux ». Lorsque le cheikh érudit Mohamed Abdelkrim Lamghili rédi­gea des lettres sous le titre : « Pas de protection pour les juifs », le cheikh Zarrouk Al Fassi écrivit une « fatwa » interdisant la conduite de la prière par le cheikh Louaryagli, parce « qu'il avait incité les gens à se révolter contre les juifs ». Sous les Saâdiens, d'après un historien contemporain : « Les juifs ont connu la plus belle époque de leur histoire… dans toutes les parties du Maroc et dans ses régions les plus éloignées. » Ils bénéficièrent de la considération et de la sympathie des sultans saâdiens et s'accaparèrent le commerce intérieur en plus du commerce extérieur. Certains d'entre eux devinrent très influents dans la cour saâdienne dont Samuel Balache et Haroun. Le premier joua un rôle important dans les relations commerciales entre les Saâdiens et l'Europe, particulièrement avec la Hollande. Ils eurent la faveur du sultan saâdien Moulay Zidane ben Ahmed al Mansour à tel point qu'ils le poussèrent à incar­cérer successivement les consuls de France, Claude Dumas et Pierre Mazette, qui restèrent en prison jusqu'à leur mort.

Histoire des juifs de Safi-Brahim Kredya

Haroun avait une grande autorité sous le règne de son père le sultan Ahmed Al Mansour ; les commerçants et les propriétaires des navires cinglais le craignaient. Il devint le sujet de toutes les conversations en Angleterre au point qu'il inspira à Shakespeare l'un de ses ouvrages. Sous les Alaouites, le sultan Moulay Ismail avait un conseiller juif du nom de Mimrane, et un trésorier pour ses biens et ses dépenses, Ibn Attar. Ce dernier fut l'intermédiaire dans le traité avec l'Angleterre en 1721. Quand ce sultan décéda, les juifs du Maroc portèrent le deuil et considérèrent ce malheur comme une vengeance de Dieu les punissant pour les péchés et les crimes qu'ils commettaient. Durant le règne de Sidi Mohammed Ben Abdellah, le rôle politique et économique des juifs se développa ; parmi les personnalités juives les plus en vue, il y avait Samuel Samble, né à Safi, dont la plupart des traités signés sous son règne portent le nom. Jusqu'à nos jours, les juifs marocains, au Maroc et à l'étranger, continuent à jouir de la sympathie et de la confiance des rois du Maroc. On choisit parmi eux des ministres et des conseillers.

L'un des rabbins de Fès, nommé Chamuel Ben Danane, dit, parlant des années de sécheresse : « Des appels au secours se sont élevés dans tous les quartiers de la ville… nous avons pris l'exemple des musid- mans et nous avons jeûné comme eux… nous nous sommes réunis… et nous avoris prié sept fois la prière de "Y ghafour" (Ô toi qui pardonnes !)… le lendemain, nous avons jeûné ensetnble, petits et grands, et même les femmes enceintes et celles qui allaitaient… Grâce et Louange à Dieu… depins le lundi et le début de nos invocations, les nuages ont couvert le ciel et des gouttes salutaires se mirent à tomber, le vent d'est (chergui) cessa de souffler… et des pluies bénéfiques tombèrent toute la nuit… nous avons sorti notre livre et nous avons psalmodié les louanges… et notre espoir m Dieu et sa miséricorde persiste. » [D'après Mohamed Kenbib, Mémoires du patrimoine marocain, op. cit., pp. 125-126.]

Bien que les juifs marocains fussent, selon la conception de notre époque, des « citoyens de seconde classe», beaucoup atteignirent des situations élevées (avantages, respect et influence). On compta parmi eux des ministres, des conseillers, des chambellans, des ambassadeurs et des négociants du sultan. Au dire du grand sultan Moulay Al Hassan Ier, la plupart des juifs avaient acquis richesse et opulence et vivaient dans l'aisance, le confort et le bien-être. Dans une lettre adressée à certains de leurs commerçants importants, sa majesté disait :

« Vos pauvres sont beaucoup moins nombreux que vos riches, contrairement aux musulmans dont le nombre des pauvres surpasse celui des riches sans aucune possibilité de comparaison. L'ensemble des riches musulmans est comme une tache blanche sur le dos d'un taureau noir. »

Le gouvernement, dans les périodes de sécheresse ou d'épidémie, soulageait ses sujets juifs en réduisant les impositions, et même en exonérait les plus pauvres, comme cela se produisit sous le règne du sultan Sidi Mohammed Ben Abdellah qui exempta des droits de capitation les juifs de Safi et d'Agadir, considérés comme les plus pauvres du pays.

Si les juifs marocains avaient été victimes de malveillances, de pillages et de vols pendant les années de crise, leurs concitoyens musulmans ne furent guère épargnés. Mais en temps normal, de tels faits « étaient beaucoup plus rares qu'on ne le disait », et à l'origine de ces événements, « c'était la populace » qui ne mesurait pas la portée de ses imprudences et de son inconstance. Jamais un gouvernement marocain n'a incité à maltraiter les juifs comme cela s'était passé dans beaucoup de pays européens. Au contraire, des étrangers avaient constaté que les juifs jouissaient d'une « protection efficace » et cette situation perdura même au moment où le Maroc se trouvait sous l’emprise du protectorat français. Il nous suffirait de citer l'attitu­de courageuse et exemplaire du roi Mohammed V quand il refusa d'appliquer les directives nazies de Vichy, qui appelaient à opprimer les juifs du Maroc. La réaction de Sa Majesté fut ferme et définitive quand il répondit au gouvernement de Vichy : « Je n'admets absolument pas les nouvelles lois anti-juives… et je n'accepterais pas d'être complice de ce que je réprou­ve. Il vous appartient de savoir que les juifs sont encore sous ma responsabilité comme ils l'ont toujours été et je refuse toute ségrégation entre mes sujets. »

À l'occasion de la Fête du Trône de l'année 1944, au moment où le Maroc entier criait sa volonté d'indépendance, le roi Mohammed V reçut une délégation des juifs de la capitale, Rabat, et s'adressa à eux, d'après un rapport confidentiel adressé à Paris par la Résidence Générale, en ces termes : « Vous êtes mes sujets au même titre que les musulmans et pour cela je vous salue et je vous aime. Soyez sûrs que vous trouverez toujours auprès de moi toute l'aide dont vous aurez besoin… Je vous répète que je suis décidé à vous garder comme à vos frères musulmans, la même considération et la même solli­citude. Cette fête est notre fête commune. » [D'après Germain Ayache, « Mohammed V et les Juifs du Maroc », Conférence internationale au sujet de « Mohammed V le Leader »/16 au 20 novembre 1987, pp. 120-121.]

Les juifs de Safi et la pieuvre des protectorats

2 – Les puissances étrangères enveloppaient leurs accusations sous une couverture humanitaire. Mais en réalité, elles n'étaient guère sincères. Leur but consistait en fait à briser la cohésion qui existait entre les juifs marocains et leurs concitoyens musul­mans et à semer l'aversion et la divergence entre deux clans, cherchant des prétextes qui justifieraient leurs interventions dans les affaires internes du Maroc. La vanité de leurs accusations transparaissait ainsi :

2.1. Ces puissances qui n'ont cessé d'élever leurs voix pour sauver les juifs du Maroc de « l'injustice et du mépris », n'étaient guère sincères et agissaient selon la loi du profit quand elles accordaient leur protection. Les points suivants le prouvent :

À l'occasion de la Fête du Trône de l'année 1944, au moment où le Maroc entier criait sa volonté d'indépendance, le roi Mohammed V reçut une délégation des juifs de la capitale, Rabat, et s'adressa à eux, d'après un rapport confidentiel adressé à Paris par la Résidence Générale, en ces termes : « Vous êtes mes sujets au même titre que les musulmans et pour cela je vous salue et je vous aime. Soyez sûrs que vous trouverez toujours auprès de moi toute l'aide dont vous aurez besoin… Je vous répète que je suis décidé à vous garder comme à vos frères musulmans, la même considération et la même solli­citude. Cette fête est notre fête commune. » [D'après Germain Ayache, « Mohammed V et les Juifs du Maroc », Conférence internationale au sujet de « Mohammed V le Leader »/16 au 20 novembre 1987, pp. 120-121.]

Certaines puissances supprimaient de leurs registres des juifs qui jouissaient auparavant des avantages de leur protectorat. Ainsi, le consul de France, Monsieur Nagiard, élimina en 1890 du protectorat de son pays quatre juifs de Safi : Ishaq Ohayon, Haroun Boukdada, Nessim Liwy et son frère Ishaq, pour l'évidente raison qu'ils étaient pauvres, chômeurs et qu'ils ne pouvaient être d'aucune utilité.

Les puissances étrangères choisissaient exprès leurs « protégés » parmi les juifs fortunés, instruits et ayant une grande expérience dans le commerce, pour en tirer le maximum de profits, en s'infiltrant dans l'économie du pays. On trouve dans une correspondance du doyen du corps diplomatique à Tanger, le ministre plénipotentiaire britannique Drummond-Hay, en 1879, littéralement : « Les Marocains juifs qui ont acquis la protection habituelle sont choisis parmi la classe juive nantie. »

Jusqu'en 1879, les juifs sous protectorat consu­laire étaient une minorité, représentant environ mille cinq cents juifs fortunés avec leurs familles. Ce nombre représentait moins de 0, 75 % de l'ensemble des juifs du Maroc, estimés à deux cent mille âmes lesquelles en majorité « n'ont jamais profité des avan­tages de cette protection étrangère ».

Les puissances étrangères qui élevaient la voix pour « protéger » les juifs du Maroc, ont de tout temps dissimulé leur haine envers ces derniers, à l'exception de la France qui a contribué à libérer la minorité juive. Pour la plupart de ces pays, le fana­tisme religieux et les mauvais traitements de la population juive faisaient partie de la « pratique religieuse » parce qu'ils accusaient les juifs de l'assassinat du Christ. Même la France, pourtant libérale, a continué jusqu'au XIVe siècle à souffrir de l'antisémitisme. La meilleure preuve en fut la célèbre condamnation de Dreyfus. Au cours du jugement de ce juif innocent, la population française criait de toutes ses forces, attribuant aux juifs les pires et les plus vils qualificatifs, et appelait à leur éradication. Cela poussa Hertzl qui suivait l'affaire en tant que journaliste, à créer le sionisme et à rechercher un pays pour la diaspora juive européenne, pour échapper à l'antisémitisme qui s'était implanté dans les esprits européens rendant l'intégration des juifs impossible. Il pensa que la seule solution consistait à trouver un pays pour les juifs.

Les puissances européennes ont largement participé aux malheurs et à la faiblesse du Maroc, dans sa sécurité, dans son économie et dans sa puis­sance militaire. Ajoutée à cela, la multiplication des injustices et des abus des responsables – gouverneurs et caïds -, qui croyaient que leur tyrannie pouvait contenir la situation catastrophique avant qu'elle ne leur échappe et que les structures de l'État déjà ébranlées ne s'écroulent entièrement. Le feu de leurs abus n'atteignit pas uniquement les juifs qui ne furent pas seuls à en souffrir : ils étaient logés à la même enseigne que les musulmans. Les droits des deux communautés étaient spoliés, leur honneur bafoué et nul ne pouvait les préserver des injustices des responsables. Ils n'y avait aucune loi respectée qui les protégerait de la tyrannie et du mépris.

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