Il etait une fois le Maroc-David- Bensoussan-La protection consulaire ou Hamia

LA PROTECTION CONSULAIRE OU HAMIA

La protection consulaire était très recherchée par les autochtones

La protection consulaire ou hamia valait son pesant d'or. La protection consulaire signifiait non seulement une protection contre l'autorité despotique des autorités locales mais aussi une exemption d'impôts locaux. Quant aux consuls, ils avaient droit à des égards particuliers et devaient se présenter en audience avec de magnifiques cadeaux. Lors de sa première descente à terre, un consul était accueilli par 21 coups de canon. On raconte qu'au milieu du XIXe siècle, un officier indigène força le passage dans la demeure du consul le sabre à la main et il en résulta que la sentinelle en eut le doigt coupé. Le gouverneur emprisonna le délinquant qui eut droit à 64 coups de bâton octroyés en public avant de rejoindre sa cellule.

Parmi les protégés consulaires, citons Abraham Corcos qui fut très proche du sultan et était vice-consul des États-Unis; le rabbin Joseph Elmaleh était négociant, chef des anciens de la communauté juive – le ma'amad – et représentait la dynastie des Habsbourg; son fils Réuben Elmaleh lui succéda dans sa fonction consulaire. En 1864, il y avait 165 sujets britanniques à Mogador, dont la moitié avait des noms juifs marocains; 35 étaient nés dans la ville et 65 à Gibraltar. Indépendamment de leur statut de protégé consulaire, une trentaine de familles juives de Mogador obtinrent la nationalité française au XIXe siècle.

Comment la protection consulaire était-elle perçue par les souverains marocains?

Les souverains marocains bénéficiaient grandement des frais de douane engendrés par le commerce extérieur géré par de nombreux marchands juifs bénéficiant de la protection consulaire. D'un autre côté, ils tenaient à leur communauté juive. Au XIXe siècle, tout Juif qui quittait le Maroc devait payer 4 dollars. Ce montant passait à 166 dollars dans le cas d'une juive. Ces mesures visaient à retenir et à ne pas perdre des membres de la communauté juive considérés comme extrêmement utiles au royaume. Pour les puissances étrangères, la protection consulaire permettait de pénétrer des marchés traditionnellement fermés, de consolider leur influence, voire même d'intervenir militairement au besoin.

Quant aux nationaux étrangers, les traités de 1767 entre la France et le Maroc ou celui de 1836 entre les États-Unis et le Maroc leur offraient une certaine protection juridique dans le cas d'un différent les opposant à des Maures. En 1856, l'Angleterre obtint l'exonération d'impôts aux consuls et la création d'un tribunal international des consuls étrangers pour juger des litiges entre Anglais et autres ressortissants étrangers. Ces privilèges furent étendus à l'ensemble des puissances signataires du traité de Madrid en 1880.

Comment la protection consulaire pouvait-elle cohabiter avec le statut de dhimmis des Juifs et des Chrétiens?

La législation islamique prévoyait des limitations spéciales aux juifs et aux chrétiens ainsi que des interdits religieux contre les musulmans. Les consuls ne bénéficiaient pas toujours d'immunité. La législation islamique fut appliquée tant que le Maroc fut puissant et redouté et devint plus lâche lorsque les puissances européennes s'affirmèrent au cours du XIXe siècle. Certains incidents méritent d'être rapportés pour brosser un tableau du statut des consuls au Maroc.

En 1767, le consul de France Louis Chénier força le passage de la porte de la ville de Salé l'épée à la main lorsque les gardes s'opposèrent à ce qu'il entre dans la ville monté à cheval, cette monture du prophète étant l'apanage des seuls musulmans.

Le juif anglais Phillips qui fut commandant du port de Mogador insistait pour avoir le droit de monter à cheval et de ne pas avoir à se présenter déchaussé devant le sultan.

Le Gouverneur de Mogador pensait avoir tous les droits en regard d'un attaché consulaire de nationalité française d'origine algéro- musulmane ne respectait pas ces interdits. Bien que la France suggéra de démettre et l'attaché et le Gouverneur, l'attaché fut rappelé mais le Gouverneur fut maintenu en fonction.

Originaire de Tunisie, le juif français Hayim Victor Darmon représenta à Mogador des maisons de commerce juives de Marseille. Il était agent consulaire d'Espagne à Mazagan. Il fut arrêté et condamné à mort en 1843, pour s'être battu contre un musulman qui l'accusait d'avoir eu des relations sexuelles avec une musulmane car, à ce titre, il était passible de la peine de mort. Il s'enfuit, fut repris et exécuté. Son corps fut exposé en public et l'Espagne menaça de déclarer la guerre. L'on prétendit par la suite qu'il fut tué après avoir tenté de s'échapper des mains de ceux qui étaient venus l'arrêter. Le Gouvernement français exigea et obtint une compensation pour la famille et le limogeage du Gouverneur de Mazagan. Dans ce cas particulier, il faut préciser que le sultan cherchait une excuse pour démettre ce Gouverneur du nom de Haj Mousa qui avait commis bien des impairs et dont la conduite abusive semblait reposer sur le fait qu'il avait sauvé le sultan dans sa jeunesse… Il n'en demeure pas moins que cette humiliation de l'Espagne aura été un des facteurs à l'origine de la guerre hispano-marocaine de 1859.

En 1899, le notable israélite Lumbroso, sujet italien, voulut passer la journée dans l'île du port de Mogador. Le caïd de la ville s'y opposa en soutenant que « les autres Européens ne sont pas des Juifs, et que M. Lumbroso est juif. » Une plainte fut déposée par un ministre italien au sultan qui ordonna au caïd de présenter des excuses.

Le Gouverneur de Mogador tenta d'interdire aux Européens de fumer durant le Ramadan car les Musulmans risquaient de sentir le tabac. Aussi, bien qu'officiellement les étrangers étaient soumis à la législation religieuse du pays, dans les faits, il fallait avant tout s'accommoder d'un certain laisser-faire et ne pas faire de vagues… mais surtout éviter d'avoir à confronter les officiels sur des sujets délicats.

Soulignons que dans le cas particulier de Mogador, le consul de France à Mogador M. Lebey assistait à toutes les réunions du comité de la communauté et y prenait une part active.

Il est intéressant de noter que les souverains marocains défendirent leurs sujets juifs à l'étranger. Ainsi, un certain Sofate prit part à une rébellion au Portugal en 1828. Il fut condamné à mort. Suite à l'intervention du sultan, sa peine fut commuée aux travaux forcés, mais le sultan ne fut pas satisfait. Sofate fut libéré après deux ans et demi de prison.

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