Brit No 38-Joseph Dadia-Aghmat-Redacteur:Asher Knafo

Abu Ubayd Abd Allah ibn Abd al-Aziz ibn Muhammad al-Bakri ou Abu Ubayd al-Bakri, au 19eme siècle transcrit El-Bekri (Huelva 1014-Cordoue 1094), géographe, historien et botaniste de L'Hispanie musulmane (Andalousie). Fils de l’émir de la taïfa de Huelva et Saltes. Il a passé la majeure partie de sa vie à Cordoue où il est décédé. (Adapté de Wikipédia). Le passage que je cite est tiré de son livre Description de l’Afrique septentrionale, traduit par Mac Guckin De Slane, Librairie d’Amérique et d’Orient Jean Maisonneuve, Paris, 1965, pages 291-293.

Idrîsî : « La ville d’Aghmat Warika est au nord et au pied de la montagne, au milieu d’une vaste étendue de sol excellent, couvert de végétation et de plantes et sillonné par l’eau qui coule à droite et à gauche. Des sources coulent sur toute son étendue jour et nuit. Autour de la ville, il y a des jardins entourés de murs et de vergers remplis d’arbres touffus. Son site est un des plus magnifiques au monde, ses alentours sont riants et son sol fertile. L’eau y est douce et l’air salubre. Une rivière peu considérable, qui traverse la ville, y arrive du midi et en ressort au nord. Elle fait tourner des moulins dans lesquels on moud le blé. On fait entrer ses eaux dans la ville, le jeudi, le vendredi, le samedi et le dimanche ; les autres jours de la semaine, on les détourne de la ville pour arroser ses jardins et ses terres et aucune eau ne passe alors par celle-ci. Nous l’avons vu faire plus d’une fois. La ville d’Aghmat est entourée par l’Atlas comme nous l’avons dit. La fonte des neiges a lieu vers la fin de l’hiver, et la neige descend alors le long de la montagne et, fondue, coule jusque dans Aghmât. Il arrive que la rivière gèle au milieu de la ville à tel point que les enfants peuvent la traverser à pied : elle est tellement gelée qu’elle ne se rompt pas ; nous avons été plusieurs fois témoins de ce type d’hiver. Les habitants d’Aghmât sont des Hawwâra, ce sont des Berbères qui le sont devenus par suite de leur voisinage avec ceux-ci. Ils sont riches et ce sont des commerçants à l’aise. Ils se rendent dans le pays des Noirs avec un grand nombre de chameaux chargés de tonneaux de trésors de cuivre rouge et de cuivre coloré, de tissus, de vêtements de laine, de turbans, de manteaux, de différents types de chapelets en verre, en nacre et en pierre, de divers genres d’épices, de parfums et d’ustensiles en fer forgé, il n’y a pas un homme qui n’y envoie ses serviteurs et ses esclaves et qui ne dispose de caravanes de cent, quatre- vingts ou soixante-dix chameaux chargés. Durant la domination des Mulathamûn (les Almorávides), il n’était pas des gens plus riches et dans une meilleure situation que les habitants d’Aghmât. Aux portes de leurs maisons, ils plaçaient des symboles indiquant l’importance de leurs richesses. Ainsi et à titre d'exemple, celui qui possédait quatre mille dinars qu’il gardait chez lui et quatre mille qu’il investissait dans son commerce, élevait à droite et à gauche de sa porte deux colonnes qui montent jusqu’au toit. Leurs maisons étaient construites en briques cuites et en adobe et le plus souvent en argile. Lorsqu’une personne passait devant une maison et qu’il voyait des colonnes ainsi dressées autour des portes, il les comptait et évaluait, d’après leur nombre, qu’elle était la somme d’argent amassée par le propriétaire de la maison. Il pouvait, en effet, y avoir derrière la porte quatre ou six colonnes, c'est-à-dire deux ou trois pour chaque battant. A l’époque où nous rédigeons cet ouvrage, la plupart de ces trésors ont disparu, car les Masmûda ont porté atteinte à ce que ces habitants possédaient par la grâce de Dieu. Malgré cela, ils restent riches, disposent de nombreux biens et ne se départissent ni de leur fierté ni de leur arrogance. On est fort incommodé, dans cette ville, par les scorpions qui piquent souvent les habitants, les blessant et, parfois les tuant. On trouve à Aghmât diverses espèces de fruits et différents types de bêtes. Toutes les denrées alimentaires y sont vendues à bas prix. Au nord d’Aghmât, à douze milles, on trouve Marrakech fondée au début de l’an 470H (1062), par Yûsuf b. Tâshfiîn, sur une terre qu’il avait achetée cher à des habitants d’Aghmat et qu’il choisit pour être le lieu de sa résidence et celle de ses proches. Cette ville est dans une plaine et le seul relief alentour est le petit mont d’Ijalliz (Guéliz), dont on extrait des pierres pour construire le palais du prince des Musulmans, ’Alî b. Yûsuf b. Tâshfiîn, surnommé « la Demeure de pierre » (Dâr al-Hajar). Comme le site de la ville ne renferme pas de pierres si l’on exclut ce mont, les maisons sont en argile, en adobe et en pisé de terre.

Ces citations sont très intéressantes. Mais tous ces auteurs font semblant d’ignorer la présence juive très ancienne dans cet endroit. Les Juifs qui y vivaient étaient riches et habitaient de belles maisons avec un rez-de- chaussée et un étage. Ils avaient pignon sur me et vivaient très indépendants des populations d’alentour.

Il y a quelques années, j’ai été avec Martine à Aghmat. Je me suis assis sur une pierre, et je voyais de l’autre côté de l’oued la trace de deux cités dont l’une juive. Ce qui est important pour moi à signaler, c’est qu’il y avait un passage souterrain qui débouchait sur Tensift. De là, les juifs arrivaient à une sorte de port sur l’Océan Atlantique. Ce port servait de point de rencontre entre les Juifs d’Aghmat et les Juifs d’Espagne. Ils se rencontraient pour échanger des informations et des documents.

Lorsque les Almorávides ont débarqué au Maroc, ils ont atterri à Aghmat. Les Juifs ne voulaient pas de leur voisinage, et ils leur conseillent d’acheter plus loin un terrain appartenant à une Masmouda. C’est ce qu’ils ont fait. Et c’est Marrakech.

Je m’arrête là, et c’est l’essentiel.

Fait à Kervenic, pour la présente édition, Mercredi 12 mai 2021

Correspondant à Roche-‘Hôdèche Sivâne 5781.

ANNEXE

Henri Terrasse dans son ouvrage «Villes Impérialesdu Maroc» (Arthaud. 1937 – page 56) nous éclaire ce passé prestigieux :

«Ce pays démesuré, à la fois écla­tant et sombre, fut lent à trouver sa capitale, comme si sur ces vastes espa­ces, l'homme ne savait trop où s’accro­cher et se maintenir. Aux limites mêmes du désert saharien, les villes naquirent et disparurent avec une déconcertante facilité, sansjamais pouvoir étendre bien loin leur influence, ni avôir le temps de fonder des traditions. Pourtant, le Siul marocain était, lorsque l’islam s 'y éta­blit, un pays de sédentaires. Ses premiè­res métropoles : Nfis. Aghmat, se contruisirent au contact de la montagne et de la plaine : grands marchés d’échan­ges entre deux régions complémentai­res, ces centres anciens s’étaient rôtis intallés dans le Dir. Grâce aux eaux descendues des hauteurs, s'étend au pied de l ׳Atlas un long ruban de terres ferti­les qui forment un véritable bocage mé­diterranéen. Nfis a disparu ; Aghmat n’est plus qu’une bourgade. Mais des témoins plus récents nous permettent de restituer très exactement ce que furent ces premières agglomérations urbaines. Demnat au milieu de ses jardins, de ses oliviers, avec le lacis étincelant de ses seguias, offre l'image réduite de ce que ׳ furent ces capitales rurales, grands ; marchés sans murailles. Toutes ! berbères, elles rayonnaient seulement sur une partie du Haouz et quelques vallées. »

Aghmat correspond à l’Aghmat Ourika des auteurs arabes. Ourika désigne une petite tribu dont Aghmat fait  partie. Le mot Aghmat a deux sens. ; Dans le sens large, c’est un vaste espace tant en culture et/ou vergers, pour la ; plupart entourés de murailles. Dans le  sens étroit. Aghmat est le lieu où on retrouve nettement quelques      vestiges de la prosperite de l'ancienne capitale du Haouz.

Figuiers, amandiers, trembles, gre­nadiers verdissaient en bosquets dans les jardins d'Aghmat. Les ondes vives dévalant de l'Atlas murmuraient en rus.

Mon imagination me transporte souvent dans l’antique Aghmat, où vi­vaient ceux des miens dans le bonheur et l’opulence, dans un cadre féerique de vie où sc mêlaient aux chants des oiseaux les mélodies de la prière et de l’étude. Heureux temps engloutis sous les dé­combres d'une ville en ruine, auréolée de gloire légendaire, que l’Histoire fi­nira un jour par raconter.

Marrakech fut pendant de longs siècles un foyer de diffusion de la science juive pour les régions du Sous, de l,At­las et des villes de la côté méridionale de l'Atlantique.

H Joseph DADIA

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