Il etait une fois le Maroc-D. B.


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Temoignage du passe judeo-marocain

David Bensoussan

Il eut des rapports tendus avec ses fils et notament Moulay Yazid

En effet, Mohamed III se mefiait de tout le monde, hante par les empoisonnements et les coups d'Etat, notamment de la part de son fils aine Yazid auquel il vouait une haine implacable. Ce dernier etait populaire du fait qu'il avait montre du courage en temps de guerre. Moulay Yazid (qui avait des appuis aupres de la Garde noire) pilla les

caravanes de pelerins de retour de La Mecque et proposa de partager le

pays avec son frere Abderrahmane, le sultan pouvant se retirer dans le Tafilalet natal. Le sultan reagit en disant de ses fils que ceux qui les detestent nous aiment et ceux qui les aiment nous detestent.» et en

appelant le courroux du ciel contre eux. II favorisa son autre fils Abdeslam en lui donnant la gouvernance du Sud marocain. II leva une armee de 20.000 hommes en 1788 soupconnees de connivence avec ses fils rebelles

Les fils de Mohamed III parmi lesquels Moulay Oussine (qui se proclama roi du Tafilalet et fut depossede par son pere), Moulay Hassar. (gouverneur de Taroudant), Moulay Slemna (qui refusa de partir er expedition contre son frere Yazid), Moulay Abderrahmane, Moulay Ifischem (gouverneur de Meknes mais porte sur la boisson) et son fils favori Moulay Abouslem avaient egalement des visees sur le trone Mohamed III avait surtout peur d'etre detrone par Moulay Yazid qui se refugia dans un sanctuaire pres de Tetouan pour echapper aux sbires de son pere. Pour ne pas se faire expulser, il pretendit que le Prophete lui avait ordonne de ne pas quitter sa tombe et de porter le nom de Mohamed Mahdi (nom du redempteur dans la croyance chiite). Aussi Mohamed III lui avait ote une grande partie de sa fortune. Par le passe Moulay Yazid avait accepte l'allegeance du corps rebelle des noirs Abe El Boukhari. 6000  soldats noirs furent charges d'arreter Moulay Yazid dans son sanctuaire mais l'ordre ne fut pas execute. Les saints en charge du sanctuaire recurent l'ordre de l'en chasser sans quoi ils seraient passes au fil de l'epee avec tout le voisinage. Le peuple vint faire adieu a Moulay Yazid mais son cheval refusa d'avancer. Les gens y virent un signe de la Providence (le cheval etait bien dresse). A l'age de 81 ans. Mohamed III decida d'aller lui-meme chercher Yazid mais mourut en chemin.

Son attitude envers les Juifs changea a la fin de sa vie

A la fin de son regne, soit peu avant 1790 le sultan fut sous l'influence de deux conseillers juifs Jacob Attal et Eliyahou Levy qui auraient ete jaloux des Negociants du Roi a Mogador. Le statut de ces derniers perdit pour un certain temps les prerogatives desquelles il jouissait. L'exemple etant donne par la plus haute autorite, la population et les Caids de la region de Mogador commencerent a decreter des exigences envers la communautק juive et a maltraiter publiquement certains de ses membres. Les Juifs furent tenus d'entretenir a leurs frais les nombreux canons de bronze de la ville. II leur fut interdit de se vetir a l'europeenne. Cet interdit fut attenue par la suite car on pouvait s'en exempter moyennant une taxe speciale. En 1789  on exigea des Negociants du Roi qu'ils remettent a des marchands Chretiens tous les fonds du Tresor de meme que les marchandises appartenant au sultan. On raconte meme que, sans management ni avertissement, le gouverneur de la ville expulsa de leur residence une famille de riches marchands juifs pour y installer des gentilshommes suedois.

L'homme de confiance juif Sumbel entra dans une certaine disgrace en 1778

 lorsqu'il negocia la paix avec la Hollande contre une indemnite mais sans assurer une annuite. Le sultan l’emprisonna et ne consentit a le liberer qu'apres qu'il se soit acquitte d'un paiement de12.000 ducats.

Deux ans plus tard, Sumbel tenta de partir incognito pour la Guinee mais il fut reconnu, depossede de tous ses biens et ramene enchaine a Essaouira. II passa plusieurs mois en prison avant de recevoir le pardon du sultan. II dut payer une amende de 6000  piastres avant de reprendre sa charge de premier secretaire et confident du sultan. II legua une rente de 10.000 marks a distribuer egalement aux indigents de Mogador, de Marrakech et de Jerusalem.

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L'EPISODE SANGLANT DE MOULAY YAZID

Comment se deroula la succession de Mohamed III ?

Apres la mort du sultan Sidi Mohamed III, Ses fils Moulay Hassan et Moulay Oussine qui gouvernaient a Marrakech depuis son depart, etaient brouilles entre eux. Moulay Abouslem etait en pelerinage a la Mecque. Moulay Hicham tenta de se proclamer roi. Moulay Oussine se joignit a son frere Moulay Abderrahmane qui convoitait la couronne, mais ce dernier se ravisa devant l'armee puissante qui soutenait Moulay Yazid. Ce nouveau souverain commenca par decapiter les chefs qui furent au service de son pere dont l'effendi qui assuma a toutes fins pratiques un role de Premier ministre.

II s'en prit particulierement aux Juifs du Maroc 

Selon le chroniqueur Muhamed Al-Duayyef Al Ribatti

il ordonna que les Juifs soient pilles ou qu'ils soient et dans chaque Mellah et chaque ville du Maroc, car il – Dieu le preserve haissait les Juifs et les chretiens.» Les Juifs de Tetouan furent les premiers a sevir de la folie de Moulay Yazid. Les membres de la delegation qui le recut a l'entree de la ville furent traines san pitie dans les rues attaches a la queue des chevaux.

Le Mellah fut razzie et les anciens collaborateurs du sultan Mohamed III furent tues. Les soldats eurent complete licence de saccager la ville. Toujours selon ce meme chroniqueur, ils (les soldats) tomberent sur les Juives et leur oterent leur virginite et n'en laisserent aucune.

Ils detruisirent le toit des maisons, les fouillerent et allerent chercher jusque dans leurs puits.» Dans un rapport adresse a la

chancellerie des Habsbourg, Franz Lorenz von Dombay ecrivit ils (les soldats de Moulay Yazid) devetirent tous les Juifs et leurs epouses de tous leurs vetements avec la plus grande violence… Ils satisfirent leurs desirs avec les Juives et les jeterent dans la rue.» Moulay Yazid promit alors une recompense pour chaque tete de Juif qu'on lui apporterait. Les Mellahs de Meknes, Tanger, Taza et Al-Ksar furent attaques par la troupe. Un cadi intervint pour annuler l'ordre d'extermination des Juifs et proposa de le remplacer par celui de depossession de tous leurs biens.

Le pillage reprit de plus belle. Une rumeur de pardon fit ramener ceux qui s'etaient enfouis, mais ce ne fut qu'une ruse…

 

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Suite a 1'intervention de la mere du sultan, les Juifs de Fes eurent un traitement de faveur: on exigea d'eux 100 talents d'argent et on leur donna la consigne de ne pas quitter les lieux. Cette consigne sema la panique et les Juifs durent quitter la ville le jour meme. Ceux qu: resterent ne purent amasser que 16  talents et les fonctionnaires s'approprierent du mobilier. Moulay Yazid permit aux troupes qui demandaient a grands cris leur solde arrieree, de piller, pendant vingt- quatre heures, le quartier des juifs a Fes. Quand le sultan entra dans la ville, il exigea que les Juifs quittent leur quartier pour s'installer sans leurs effets au depotoir de la ville. Cet hiver la, un feu se declara dans ce nouvel abri d'infortune. Le sultan fit installer des Berberes dans le quartier juif. Pour ajouter a l'insulte, il ordonna de detruire le cimetiere juif et d'utiliser les pierres tombales pour construire une mosquee au Mellah. En apprenant le sort des Juifs de Tetouan, les Juifs de Meknes abandonnerent leur ville de peur d'etre decimes et se cacherent chez des connaissances dans les montagnes. Beaucoup de Juifs de Meknes quitterent la ville en 1790  vers l'Algerie, la Tunisie ou la Terre promise En arrivant a Oujda, les partants temoignerent de ce que les Juifs avaient les oreilles coupees sur ordre de Moulay Yazid qui trouvait que les vetements des Juifs ne les differenciaient pas suffisamment de ceux des Musulmans. Un decret royal annonga que le sultan faisait la paix avec les Juifs. Sitot entres dans la ville de Meknes, ils furent encercles et la ville fut saccagee. 

En 1790 le sultan Moulay Yazid ordonna de decapiter soixante notables de Marrakech, Juifs ou Chretiens pour la plupart. Suite a la prise de Marrakech dont la population avait soutenu la nomination de son frere Hicham, Moulay Yazid aurait massacre pres de 3000

 personnes sans distinction de sexe, d'age ou de religion et aurait creve les yeux a des centaines d'autres. Selon Al-Dou'ayyif, Moulay Yazid ordonna

 qu'un juif sur deux eut la tete coupee et que le second ait le visage balafre.» Des ordres furent donnes pour executer des dizaines de notables Chretiens et juifs a Mogador. II ordonna egalement de pendre dix Juifs par les pieds jusqu'a ce qu'ils acceptent de se convertir a l'islam Deux d'entre eux moururent, un abjura et les sept autres furent detaches plus morts que vivants apres la mort du souverain. Seule la mort de Moulay Yazid des suites d'une blessure de guerre lors de la bataille contre Marrakech evita de plus grands massacres. Les atrocites commises contre les Juifs de Mogador sont rapportees par le temoin italier. Romanelli dans son ouvrage Massa' Be'arav 

Qu'en fut-il de sa politique exterieure?

Moulay Yazid mena une politique exterieure a l'oppose de celle de son pere. II declara vouloir vivre en paix avec l'Angleterre (sa mere etait h fille d'un renegat anglais) et rouvrit Gibraltar au commerce marocain. Son aversion pour les Espagnols fut innommable. II fit clouer une main du vizir de son pere a la porte du consulat espagnol a Tanger. La seconde main fut envoyee a Oujda et la tete fut clouee a la port du couvent espagnol de Meknes. De ses propres mains, Moulay Yazid fit feu sur le pacha de Tanger qu'il mutila par la suite. Les seins des femmes du pacha furent ecrases dans des presses et sa mere suspendue deux jours durant au-dessus d'un feu. Cet exemple illustre la barbarie de ce souverain et il serait vain d'en rajouter. II livra la guerre a l'Espagne, sans succes. Les deux conseillers juifs Attal et Levy perdirent leur statut et s'apostasierent. L'un d'eux, Levy, se serait enfui a l'etranger. Neanmoins, l'autre fut decapite avec son frere sur ordre du nouveau sultan Moulay Yazid. Ce souverain dilapida en dix-huit mois le tresor considerable que son pere avait constitue durant son regne. En 1792,Moulay Slimane le successeur de Moulay Yazid retablit les prerogatives des Negociants du Roi. II permit aux Juifs de retourner au Mellah de Fes et fit meme detruire la mosquee qui y avait ete construite.

Ainsi, Moulay Yazid aura ete particulierement cruel envers les Juifs aussi envers les siens. Le temoignage personnel du chroniqueur ulqasem Ben Ahmed Ezziani contemporain de Moulay Yazid, compile sous le titre Le Maroc de 1631-1812 (traduction d'O. Houdas),  fait etat du comportement erratique et instable du souverain. Ce dernier ne cadra guere avec le parangon de tolerance generalement attribue aux erains de la dynastie alaouite.

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NECESSITE ET REJET DES CONTACTS AVEC LES EUROPEENS

Comment reagissait l'entourage du Palais a l'influence grandissante des Europeens?

Avec grande suspicion. Ainsi, le chroniqueur Al-Nagiri (decede en 1897 ) dont l'ouvrage Kitab Al-Istiksa constitua une histoire generale du Maroc, etait conscient de la superiorite militaire ecrasante des Europeens dont  les interventions et l'influence lui paraissaient grandement nefastes. A ses yeux, l'Occident etait un reservoir de perversion. II etait suspicieux  des inventions techniques et craignait que les Chretiens ne cherchassent souiller avec leurs machines

  ce pays que Dieu a purifie de leur souillure  II se demandait quel bienfait les Frangais avaient apporte aux Algeriens. Pour lui, la religion avait disparu, la corruption s'etait tutionnalisee et la plupart des enfants avaient grandi pour devenir

des athees ou des infideles. En deux ou trois ans, les Musulmans adoptaient le parler et les moeurs des Francais pour devenir dei etrangers. Pour lui, le concept meme de la liberte etait en soi dangereux La liberte des Europeens permettait de tolerer ce que la nature humain: devait fuir. II deplorait le fait que les soldats voulussent apprendre les methodes europeennes de la guerre pour defendre la religion car, dans le processus, ils perdaient la religion.

Quelle fut l'attitude des oulemas?

Beaucoup voyaient dans la collaboration avec les etrangers un danger a la suprematie de l'islam. En effet, les non-Musulmans n'etaient en theorie que des toleres auxquels il convient d'accorder la protection et a ce titre, la protection d'un musulman par un non-musulman etait incompatible avec la foi. Les extraits suivants denotent l'etat d'esprit qui prevalait chez nombre d'entre eux

 'Arbi Al-Mashrafi declarait

Le devoir de tout croyant est de ne jamais frequenter ces proteges, de ne pas les inviter, partager leur repas, etc.» Mohamed Al-Siba ajoutait :

N'est-on pas unanime a traiter de renegat celui qui, en vue d'honorer les infideles s'habille ou prie comme eux?» Ibn-Haj precisait Le principe est que l'islam ne doit pas etre subordonne. Or, le commercant qui voyage parmi les infideles est oblige de baisser la tete et d'obeir a leurs reglements.

 Mamoun Al-Kettani rencherissait en affirmant que de nombreux fleaux sont nes du commerce avec les infideles.

Certains remettaient en question la vente d'excedents de cereales a l'Europe ou meme la treve de la guerre d'Espagne de  1860. Pour le cheikh Mohamed Al-'Arbi Al-'Alawi Al-Madghari du Tafilalet, oppose depuis toujours a la penetration europeenne, seul le Djihad constituait la solution a la tragedie du Maghreb. N'ayant pu rallier le sultan a ses idees, il proclama qu'il fallait prendre action « contre un gouvernement oppresseur. » Idriss Al-Kettani defia le pouvoir : « L'islam ne retrouvera sa force que par le Djihad car le Prophete jusqu'a sa mort n'a fait que combattre.»

 L'erudit Ali Ben Mohamed Al-Soussi Al-Simlali fut un proche du sultan Hassan Ie. II se prononca contre le Djihad Celui qui ordonne le Djihad ne recoltera que chaos et destruction… Le peuple musulman s'est ramolli apres des generations de paix et ne peut donc entrer en guerre et s'attendre a gagner.

 II alleguait egalement la desunion et notamment l'etat d'anarchie dans les montagnes du Maroc

«Meme si nous pouvions les atteindre, il est notoire qu'ils (les montagnards) s'attaquent jour et nuit, tuant les hommes et capturant les femmes…»

Il n'en demeure pas moins qu'en 1885 le sultan Moulay Hassan demanda a former une douzaine de Marocains a l'ecole de genie de Montpellier. La periode d'apprentissage dura trois ans.

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Les revirements de situation au cours de ce siecle furent radicaux..

Tout au long du XIXe siecle, l'autorite du sultan et du Makhzen aura decline. Au debut du siecle, un consul demandait la permission de pouvoir monter a cheval. Au milieu du siecle, des Musulmans se  mettaient sous la protection etrangere pour ne pas obeir au Makhzen. Le Maroc subit le bombardement de Tanger et de Mogador en 1844  la defaite d'Isly la meme annee, la prise de Tetouan par les Espagnols en 1860 L'Espagne exigea d'autres reparations suite a un incident frontalier a Melilla en 1893 La construction d'un fortin a proximite d'un sanctuaire venere par les Rifains en fut la cause premiere et, suite a des negociations, le deplacement du fortin finit par calmer les esprits. Les consulats menacaient le gouvernement marocain lorsque leurs citoyens etaient leses ou tues. Ce fut le cas de l'ltalie en 1880 de lAllemagne en 1895, de la France suite a l'attaque du poste frontalier algerien de Timimoun en 1901  des Etats-Unis en 1906 .

Le massacre de neuf Europeens en1907  fut suivi par l'occupation et le bombardement de Casablanca. Lorsque le rebelle Bou Hmara cerna la ville d'Oujda, le Makhzen demanda a la France de depecher des soldats algeriens portant habit marocain afin de venir en renfort a la ville (pourtant, on soupconnait alors la France de fournir des armes a Bou Hmara !) Les Rifains attaquerent en 1907  les travailleurs du rail espagnols qui oeuvraient a la construction d'une voie ferree entre la mine de Banu Infur et Melilla. Les pertes espagnoles furent grandes et le contingent militaire dut etre augmente a 40000 hommes.

Notons en effet le retournement de situation au debut du siecle, les  gouvernements etrangers achetaient la protection du souverain marocain contre les pirates. Tout au long du siecle, les concessions d'ordre economique furent arrachees une a une par les legations consulaires. Les indemnites de guerre finirent par oberer le tresor marocain. Aux yeux des puissances etrangeres, le pouvoir du sultan et du Makhzen devenait de plus en plus virtuel. II devint fort difficile au sultan et au Makhzen de mater les revoltes et les insoumis du royaume et on en vint a demander l'aide des Europeens pour policer le royaume.

 La prise du pouvoir par Abdelhafid laissa esperer un arret de la penetration europeenne, mais il finit par faire appel aux Europeens alors que les rebelles s'en prirent a la ville de Fes. Depite par son impuissance, le Protectorat fut instaure et le sultan dut abdiquer. Avant de se desister, Moulay Abdelhafid brula les symboles des sultants : le parasol ecarlate que l'on portait sur sa tete lors des ceremonies officielles et sa litiere. II s'assura une compensation de 80.000 dollars et une rente annuelle de 70.000 dollars de la part de la France.

Tableau 2 : Les souverains de la dynastie alaouite

1727 -1745 : Periode d'interregnes et de courts sultanats des enfants d'Ismail

La dynastie alaouite (en arabe, السلالة العلوية, al-Sulālah al-‘Alawiyyah) est une dynastie qui règne sur le Maroc depuis la seconde moitié du xviie siècle. Venus du Tafilalet, ses membres seraient des descendants de Mahomet. Les Alaouites deviennent sultans du Maroc à la suite d'une période d'instabilité ayant suivi le décès du dernier sultan de la dynastie des Saadiens en 1659 et où le pays est morcelé en plusieurs états indépendants, l'autorité centrale échouant aux mains des DilaïtesRachid ben cherif, troisième prince alaouite duTafilalet, réunifie le pays entre 1664 et 1669 et réinstaure un pouvoir central, marquant ainsi le début de la dynastie alaouite du Maroc, qui est toujours à la tête du royaume de nos jours.

Rachid    1666-1672

Ismail      1672-1727

Abdallah  1745-1757

Mohamed III  1757-1790

Yazid       1790-1792

Slimane    1792-1822

Abderrahmane   1822-1859

Mohamed IV      1859-1873

Hassan Ie        1873-1894

Abdelaziz        1894-1908

Abdelhafid        1908-1912

Youssef            1912-1927

Mohamed V     1927-1953      1955-1961

Hassan II         1961-1999

Mohamed VI      1999-

Lea Juifs au Maroc avant le Protectorat LIMINAIRE

Deuxieme partie

david bensoussanLea Juifs au Maroc avant le Protectorat

LIMINAIRE

Bien des personnes ayant entretenu des relations avec les Juifs et les Musulmans du Maroc durant le Protectorat auront du mal a reconnaitre le portrait de ce que fut jadis, au quotidien, la vie des Juifs du Maroc : peu enviable, elle regorgeait d'indignites et d'humiliations institutionnalisees. Les voyageurs se demandaient comment les Juifs parvenaient a survivre ainsi. II faut la encore prevenir le lecteur de ce que les voyageurs ne pouvaient – le plus clair du temps – decrire que superficiellement les rapports judeo-musulmans. II n'en demeure pas moins que les chroniqueurs juifs de l'epoque ont maintes fois deplore les conditions difficiles de l'exil qu'ils finirent par admettre comme une fatalite.

II existait cependant un petit noyau de notables juifs qui beneficiaient de la confiance du souverain et qui, de ce fait, jouissaient d'un statut de privilegies. Toutefois, il suffisait d'un simple caprice du sultan pour qu'ils paient de leur vie le dit privilege.

Au XIXe siecle, la communaute mondiale qui prit connaissance de la condition des Juifs du Maroc s'en emut. Une petite minorite d'entre eux jouissaient de la protection consulaire qui leur conferait une certaine immunite. La course a l'obtention de la protection consulaire ne fut pas seulement le propre des Juifs, mais aussi des Musulmans. Par ailleurs, et toujours au XIXe siecle, la faiblesse du pouvoir central du Maroc rendit le pays vulnerable au regard des puissances europeennes dont l'appetit de nouvelles colonies riches en ressources naturelles ne fit que s'accroitre.

L'occidentalisation de la communaute juive se fit graduellement, a la suite des echanges commerciaux croissants avec l'Europe, mais surtout en raison de 1'implantation du reseau des ecoles francophones de l'Alliance Israelite Universelle. Des le debut du XIXe siecle, l'idee d'un sionisme moderne comment a germer et finit par representer l'aboutissement naturel de l’emancipation de la communaute juive du Maroc.

Les grandes lignes du plan de cette seconde partie sont etablies comme suit

 Ce second chapitre donne une description du statut traditionnel des Juifs (et des Chretiens) dans des pays regis par la loi islamique. Le ro1e des diplomates juifs, dont celui des Pallache, y est decrit avec un certain souci du detail car il met en evidence la contribution des Juifs a l'endroit de la diplomatie marocaine. De facon generale, la vie juive s'est inscrite dans les preceptes de la loi mosai'que mais aussi lors des pelerinages aupres de tombeaux d'hommes reputes etre des saints. Puis une liste de temoignages suit, portant sur la condition des Juifs dans le Maroc traditionnel : habitat exigu ; violences en ternps de troubles politiques ou lors du deces d'un souverain relevees par les visiteurs etrangers tout au long des derniers siecles; temoignages emanant des chroniques hebraiques; conversions

forcees. L'Europe commence a s'interesser au Maroc et a la situation de ses Juifs.. Les plus nantis parmi eux – et aussi parmi les Musulmans beneficient de la protection consulaire qui les met a l'abri de l'impot et de la justice locale. Ainsi, un bon nombre d'entre eux aspirent a s'en prevaloir. Le statut de protege consulaire est regule par la Conference de Madrid de 1880  II faut noter que la presse de Tanger – juive en majorite – jouit d'une grande liberte, ce qui permet d'articuler le besoin

 d’emancipation des Juifs du Maroc. C'est au cours de la seconde moitie du XIXe siecle que le reseau scolaire francophone de l'Alliance Israelite Universelle (A.I.U.) s'etablit au Maroc et que commence une mutation

culturelle et linguistique des Juifs du Maroc. Malgre de grandes difficultes, le sionisme fait son cheminement dans l'esprit des Juifs du Maroc et certains considerent qu'il peut devenir bien plus qu'un reve.

LE STATUT DES JUIFS MAROCAINS Quel fut le statut des Juifs avant le Protectorat?

 

david bensoussanLE STATUT DES JUIFS MAROCAINS

Quel fut le statut des Juifs avant le Protectorat?

Avant le Protectorat, les Juifs – et les Chretiens – avaient un statut de dhimmis que l'on traduit par proteges ou toleres. Ils etaient soumis a un impot special, la jiziya. Leur statut aurait ete edicte dans le pacte d'Omar au debut du VIIIe siecle mais ce fut Al-Marwadi qui codifia ce statut dans le detail au XIe siecle. Ce statut visait a faire en sorte qu'ils aient des droits inferieurs a celui des Musulmans. Dans son ouvrage La saga des Juifs d'Afrique du Nord, Andre Chouraqui resuma les douze conditions qui, selon Al-Marwadi, pouvaient garantir la personne et les biens du dhimmi: « Les six premieres, considerees comme les plus importantes, lui font un devoir absolu de ne pas toucher au Coran par raillerie ou pour en fausser le texte; de ne pas parler du Prophete en termes mensongers ou meprisants; de ne pas parler de l'islam avec irreverence; de ne pas toucher aux femmes musulmanes, fut-ce dans le mariage, qui demeure toujours interdit entre dhimmis et musulmanes (mais non entre Musulmans et femmes juives ou chretiennes); de ne rien tenter pour detourner le Musulman de sa foi et bien entendu de respecter sa vie et ses biens, de ne rien faire pour aider les ennemis de l'islam, ni leurs espions. Six autres regies sont considerees selon Al-Marwadi comme secondaires, c'est-a-dire que leur violation n'est pas consideree comme devant automatiquement annuler le contrat de la dhimma. En vertu de ces dernieres regies, les dhimmis seront tenus de porter un vetement distinctif, avec une ceinture et une piece d'etoffe jaune pour les Juifs, bleue pour les Chretiens; ils ne devront jamais batir des synagogues ou des maisons plus hautes que celles des Musulmans; ils ne devront jamais se livrer publiquement a 1'exercice de leur culte, faire entendre leur cloche ou leurs trompettes, leurs prieres ou leurs chants; ils ne devront jamais boire le vin en public, ni faire etalage en ce qui concerne les Chretiens, ni de leurs croix, ni de leurs pourceaux; ils devront ensevelir leurs morts discretement et sans faire entendre ni leur priere, ni leurs lamentations; enfin, il leur est interdit de posseder des chevaux, animal noble : ils devront se contenter d'utiliser des anes ou a la rigueur, des mulets.»

Les Juifs avaient une autonomie religieuse complete. Le tribunal rabbinique s'occupait du statut civil et reglait des differends entre Juifs. Quant aux differends entre Juifs et Musulmans, ils dependaient du representant du Makhzen. Par ailleurs, il existait un comite de sept notables et de trois rabbins, le Ma'amad (egalement appele Jama' Al- Yahoud ou Junte dans le Nord du pays), qui representait et gerait la communaute. Le Nagid etait a la tete du Ma'amad et devait etre approuve 1r le Makhzen. Le Cheikh El-Yahoud etait charge du maintien de l'ordre public. II etait subordonne au pacha de la ville et le representait au quartier juif, le Mellah.

II faut egalement mentionner que des notables juifs servirent le sultan avec grande fidelite : sous Moulay Slimane, Abraham Siksou fut charge des finances et Isaac Pinto fut tresorier; Moses Benasuli fut chef de la douane de Tanger; Messod Cohen et Meir Cohen furent agents nrlomatiques. II faut ajouter a cette liste les Negociants du roi installes a Mogador dont certains furent des conseillers et des intimes du souverain.

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Comment toutes ces instances intracommunautaires collaboraient entre elles?david bensoussan

Les sages rabbiniques etaient ferus de Talmud et d'arretes juridiques du passe en vertu desquels ils portaient des jugements. Bien des rabbins appartenaient a des lignees familiales celebres mais d'autres emergeaient. Les ouvrages du rabbin David Ovadia Qehilat Sefrou et Fas vakhameha rendent compte de la complexite des problemes auxquels les rabbins durent s'adresser, tant au plan des conflits entre individus qu' au plan de !'organisation communautaire. A ce titre, la personnalite et la renommee du rabbin ou du Nagid pouvait faire pencher la balance en cas de manque d'accord entre eux relativement a des questions d'interet public. Bien que les debats fussent frequents et souvent ardus, il n'en demeure pas moins que l'interet public a ete au coeur des preoccupations  de rersonnes devouees a sa cause.

L'entraide communautaire fut admirable et la repartition des fonds de charite fut scrupuleuse: de nombreuses associations de charite repondaient aux besoins des necessiteux : La confrerie du dernier devoir ( hevra Kadisha et Hevrat Hakovrim), l'habillement (Malbish 'Aroumim), le rachat de captifs ( Pidyone Shevouyim), le soutien aux malades (Meshiv nefech), l'impression d'ouvrages de sages (Ahavat Kedmonim) et ainsi de suite. Dans l'ouvrage Histoire des Juifs, Theodore Reinach vit dans la vie religieuse et communautaire un ciment puissant qui permit aux Juifs de traverser les ages: « La communaute religieuse tient lieu aux Juifs de tout ce qu'on leur refusait: patrie, liberte, organisation politique… _L'erique fidelite a la foi des ancetres ne fut pas seulement l'honneur des juifs apres leur dispersion: c'est encore elle qui constitue l'unite et comme la charpente de leur histoire.

Qu'en etait-il de la taxation?

Il arrivait que les autorites frappent la conununaute juive d'impots speciaux qui devaient etre percus seance tenante. Deja au XVe siecle, le voyageur flamand Nicholas Clenardus notait : plus le sultan a besoin  d'argent, plus ils (les Juifs) doivent payer.» La hantise des dirigeants de la communaute juive etait de ne pas surimposer les pauvres de peur qu'ils ne preferent renier leur religion pour eviter de tels impots. Ces derniers etaient bases sur une taxe de capitation. Pour ce qui est des besoins internes, tout un systeme de levee de fonds direct ou indirect etait mis en place pour les besoins internes de la communaute, ainsi que pour des collectes de fonds pour des rabbins venus de Terre Sainte ou parfois meme d'Europe.

Les Juifs offraient au souverain de riches presents les jours de fete ou lors d'evenements speciaux tout comme la naissance d'un enfant au_ palais (pour la petite histoire, le sultan Moulay Ismail aurait eu 900  garבons et 300  filles et 1200   eunuques auraient ete en service a son palais de Meknes). Ils etaient regulierement sollicites par les pachas et les ca'ids : pour les depenses d'equipement des troupes du sultan, pour Le paiement d'indemnites a des locaux ou a des puissances etrangeres, par exemple. Ajoutons que le sens de la justice n'etait pas toujours l'apanage des cai'ds et des pachas. Sous pretexte de fausses accusations telles que celle de langage irrespectueux envers les autorites, la bastonnade l’emprisonnement et la mise a l'amende etaient de rigueur. Certaines de ces amendes furent imposees le jour du shabbat sachant pertinemment que pour des religions religieuses, les Juifs s'abstenaient de toucher a de l'argent en ce jour. Au cours de l'histoire, il arriva egalement que des sultans paient leurs soldats en leur offrant de piller le Mellah. II y eu: meme un traite de paix avec le royaume algerien de Tlemcen aux termes duquel on permettait a ce dernier de piller les quartiers juifs pendant trois jours. Lorsque le sultan Mohamed Ben Abdallah ordonna a son fils Ali de lever de nouveaux impots dans les communautes juives, ce dernier repondit: « Les Juifs sont si pauvres qu'ils ne sont pas en etat de supporter les impots ordinaires, et je suis dans l'impossibilite d'en exiger de nouveaux.»

Au XVIIe siecle, un erudit musulman du nom de Cheikh Elyoussi auteur des Mohadarat demanda au sultan de ne s'attribuer comme argent que ce a quoi il avait droit et de consulter les Oulemas sur ce qu'il avait a prendre et a dormer. Mais ce type d'appel a la moderation envers les dhimmis n'etait pas courant. II y eut aussi des souverains qui se porterent a la defense des Juifs attaques. Mais dans l'ensemble, les Juifs constituaient une proie facile aux personnes sans scrupules.

Ajoutons que certaines decisions communautaires pouvaient etre contestees, mais il etait admis que quiconque devait de l'argent a la communaute devait etre mis sous les verrous sans meme comparaitre devant le tribunal rabbinique, pour qu'il soit juge par les anciens de la ville, conformement a leur coutume.

Il etait une fois le Maroc-D. B

il-etait-une-foisIl etait une fois le Maroc

David Bensoussan

Y eut-il des differences marquees entre les Juifs indigenes, les Juifs exiles d'Espagne et les Juifs berberes?

Ajoutons que depuis l'arrivee des exiles d'Espagne en 1492 on etablissait la distinction entre les Megorashim, les exiles et les Toshavim, les residents, les premiers denommant les seconds les Forasteros, c'est-a-dire les etrangers, car leurs us et coutumes differaient des leurs. Certaines interpretations religieuses differaient entre ces deux groupes mais les premiers finirent par imposer leur rite dans la quasi totalite des communautes. Le judeo-espagnol ou haketia fut parle au Nord du Maroc et par une partie des communautes citadines tandis que le judeo-arabe fut parle par la majorite de la population juive. Les Juifs berberes de l׳Atlas et du Sud marocain parlaient egalement le judeo-berbere. Cela dit, beaucoup etaient a l'aise dans plusieurs langues. Avec le temps, la distinction entre Megorashim et Toshavim s'estompa. Ainsi et a titre d'exemple, les contrats de mariage recenses dans l'ouvrage d'Asher Knafo et David Bensoussan Mariage juif a Mogador, montre une division sensiblement egale entre les contrats de mariage celebres selon la tradition castillane des Megorashim et celle des Toshavim. Dans une meme famille, on a pu voir des mariages celebres selon des traditions differentes. Enfin, bien qu'il ait ete raisonnable de penser que les Negociants du roi en charge du commerce exterieur a Mogador aient ete recrutes parmi les Megorashim en raison de leurs aptitudes linguistiques, tous comme les Corcos, ou les Elmaleh, il y eut aussi des families issues des Toshavim tout comme les Afriat et les Ohana

Les Juifs citadins etaient presents dans toutes les villes (villes portuaires et villes de l'interieur) et en composaient au minimum 10%  de la population. Les villes de Debdou, Sefrou et Mogador eurent un pourcentage de Juifs depassant les 50%  La majorite des Juifs dits berberes etaient egalement arabophones et faisaient parti du tissu socio- economique des campagnes. L'exode rural fut fortement prononce en periode de secheresse ou de disette et toucha tant les Juifs que les Musulmans.

LA SAGA DES PALLACHE

 Qui etaient les freres Pallache?

Certains episodes ayant des Juifs pour heros entrerent dans la legende. II en alia ainsi des freres Pallache qui tirerent parti de leur immunite diplomatique marocaine pour pourchasser les navires espagnols et se venger des crimes commis par leurs gouvernements et rar l'lnquisition. Ils servirent fidelement les sultans marocains de la dynastie saadienne et la Hollande. Ils furent tenus en tres haute estime bien que leur succes ait suscite des jalousies et de la medisance. Leur saga merite une attention toute particuliere. Auparavant, quelques remarques s'imposent sur les Juifs de cour.

Quelques mots done sur les Juifs de cour 

Les habilites diplomatiques et linguistiques de Juifs furent appreciees par les sultans marocains. II est bon de souligner qu'au temps de la dynastie berbere des Merinides, des Juifs occuperent des postes leur dormant autorite sur des Musulmans. Tel fut le cas de la famille Ben Waqassa, notamment du temps d'Abou Yakoub Youssouf. Par ailleurs, sous le regne du dernier sultan merinide Abdelhaq (XVe siecle), il y eut le flamboyant Haroun Ibn Battash. Ces deux hauts fonctionnaires connurent une fin tragique, mais il n'en demeure pas moins que sous les Merinides, l'attitude a l'endroit des Juifs fut relativement bienveillante et une partie des refugies juifs de la Peninsule iberique purent trouver asile au Maroc. Pour l'historien David Corcos, cette attitude pourrait s'expliquer par le fait meme que les Merinides etaient essentiellement issus de la tribu berbere des Zenata qui avait en son sein de larges groupes juifs islamises. Par la suite, les Juifs de Cour agirent generalement avec grande discretion et discernement, essentiellement en qualite de conseillers ou d'ambassadeurs.

Il etait une fois le Maroc il etait une foisTemoignage du passe judeo-marocain David Bensoussa

Il etait une fois le Maroc

il-etait-une-foisTemoignage du passe judeo-marocain

David Bensoussa

Pour ce qui est des ambassades, la diplomatic etait fort differente de ce qu'elle est de nos jours. L'ambassadeur accredite devait jouir de la confiance des deux parties, ce qui exigeait des qualites peu communes en matiere de relations humaines. En outre, les ambassadeurs etaient aussi des negociants et devaient marcher sur une corde raide en ce sens que leurs interets personnels ne devaient pas entrer en conflit avec ceux des parties qu'ils representaient. Qui plus est, leur situation etait fort enviee et ils devaient composer avec les intrigues de cour sans jamais perdre la confiance du monarque.

Jacob Rosales fut un commercant d'epices responsable des relations avec le Portugal au debut du XVIe siecle. II recut l'ambassadeur de Francois Ie Pierre de Piton lequel lui offrit un chargement de livres sacres juifs. Jacob Routi (Roti) fut au service du dernier sultan wattasside. Aux dires du diplomate portugais Lourenco Pires de Tavora, «Rien ne peut se faire dans ce pays sans Jacob Routi.» Jacob Routi fut en charge de l'etablissement d'un traite de paix entre le Maroc et le Portugal en 1538  II aida ses freres marranes a revenir au judaisme et encourut de ce fait la colere de l'lnquisition. Mais le pape lui emit un sauf-conduit pour voyager dans les pays chretiens, probablement parce qu'il negocia la liberation de captifs chretiens. Ceci lui fit encourir des jalousies a la Cour  marocaine. Toutefois, il fut presente a l'assemblee des Oulemas de Fes comme un simple traducteur afin de ne pas heurter leur sensibilite. Jacob Routi defendit les interets des Wattassides devant la puissance grandissante des Saadiens qui avaient repris aux Portugais les villes coheres suivantes : Santa Cruz (Agadir), Safi et Azemmour, a l'exception de Mazagan. Ce puissant personnage connut la meme fin tragique que les anciens vizirs juifs Ben Waqassa et Haroun Ibn Battash.

Revenons aux Pallache…

Le sultan saadien Moulay Zidane regna de 1603  a 1628  et Samuel Pallache fut son representant a La Haye. II joua un role clef lors de la signature d'un accord commercial en 1610  II obtint du sultan le monopole du commerce avec les Provinces-Unies (les Pays-Bas). Le sultan Moulay Zidane le considerait comme « notre serviteur et notre agent» et il beneficiait de la confiance de Guillaume d'Orange. Le Parlement des Provinces-Unies le designa representant officiel aupres du sultan. Samuel Pallache s'ingenia a assainir les relations prevalant alors entre le Maroc et les Provinces-Unies et participa a cinq delegations entre 1609  et 1615  II racheta les marchandises desquelles les pirates marocainss s'etaient empares et les remit aux Provinces-Unies. II negocia l'envoi d'ingenieurs neerlandais afin de consolider les ports marocains si convoites par les Espagnols. Cette transaction n'aboutissant pas rapidement, les Espagnols purent prendre Mamora, a l’embouchure de Oued Sebou. Samuel Pallache etait un homme fier qui n'hesita pas a vilipender en public 1'ambassadeur d'Espagne apres que leurs carrosses se soient heurtes, au grand plaisir de la foule d'Amsterdam qui n'etait pas mecontente de voir l'Espagnol ainsi traite. II inaugura les offices rublics de Kippour a Amsterdam en 1596

Il etait une fois le Maroc-D. B.-II y eut un proces celebre en Angleterre

il-etait-une-foisII y eut un proces celebre en Angleterre

Samuel Pallache se rendit en Angleterre. Suite a la demande de Diego de Cuna ambassadeur d'Espagne, il fut incarcere pour s'etre empare des navires espagnols de retour d'Amerique. Durant son proces, il fut tenu de resider dans la maison d'un Membre du Parlement anglais.

L'ambassadeur espagnol invoqua le fait que Samuel Pallache etait un Juif converti au christianisme (marrane) et que de ce fait, il etait citoyen espagnol. II tenta meme d'avoir recours a des manoeuvres peu scrupuleuses, voire meme recourir a un discours antijuif. Rien n'y fit. Samuel Pallache etait le protege du Parlement neerlandais qui demanda sa relaxation. Samuel Pallache se defendit en signalant que le Maroc et Espagne etaient en guerre, qu'il representait le sultan marocain et qu'en plus, il possedait un sauf-conduit du roi d'Angleterre. II retourna aux Provinces-Unies. Par la suite, il agit comme intermediaire entre les sultans marocain et ottoman. II mourut en 1616 Le Prince de Nassau-Orange, les membres du Parlement et les ediles d'Amsterdam furent presents a ses funerailles. Une couronne royale orna sa tombe. Apres son deces, le sultan Moulay Zidane envoya Jacques Jancart enqueter sur la repartition du butin des navires espagnols captures par Samuel Pallache, soupconnant que des salaries du sultan en eussent pris avantage. Le Parlement hollandais plaida la legalite de la transaction ainsi que l'integrite et l'honneur de Samuel Pallache, de son frere Joseph et de son neveu Moi'se.

II y eut d'autres diplomates Pallache

Joseph Pallache negocia 1'achat de deux fregates armees de canons en echange de ble et de salpetre. Pendant son sejour au Maroc, il fut represente par son fils Moi'se qui agit comme interprete pour le compte d'une delegation marocaine presente aux Provinces-Unies en 1610  Moi'se s'installa a Marrakech en 1619  et agit a titre d'interprete dans les langues frangaise, espagnole et neerlandaise. II fut cosignataire de l'accord de 1638  intervenu entre le sultan Mohamed Cheikh Al-Saghir – successeur d'Al-Walid depuis 1636  – et le roi d'Angleterre. Joseph Pallache continua a servir les sultans Abdelmalek et Al-Walid qui succederent a Moulay Zidane et dont la duree respective des regnes fut trois ans et cinq ans. Josue, autre fils de Joseph, fit de longs sejours a Danzig en Pologne et a Hambourg et fut responsable des douanes a Safi. Son fils Samuel demeura en Allemagne et fit du negoce avec le Maroc. Isaac, autre fils de Joseph, fut professeur a l'Universite de Leiden et accompagna son pere en mission a Constantinople. II se convertit au christianisme, fut desherite par son pere et devint marchand d'armes pour des opposants qui reniaient l'autorite du sultan. II echoua lamentablement avant de proner l’embargo d'armes a ses opposants.

David Pallache, autre fils de Joseph, representa son frere Moi'se lorsque ce dernier se rendit en mission au Maroc pour y faire construire un nouveau port sur l'Atlantique. Cette tentative demeura sans suite et, lorsque le responsable du projet tenta d'en faire porter la responsabilite sur Joseph et Moi'se, il fut demis de ses fonctions par le Parlement des Provinces- Unies. David Pallache fut membre d'une autre delegation marocaine qui se rendit aux Provinces Unies en 1624-1625 et pris part aux negociations d'un traite de paix entre le roi Louis XIII et le sultan Abdelmalek.

 Toutefois, apres la ratification de ce traite, il se rendit a La Haye plutot qu'au Maroc. Croyant que le roi de France n'avait pas accepte le traite, le sultan marocain or donna d'attaquer un navire francais. Furieux, Louis XIII exigea de faire arreter David Pallache, mais le Parlement hollandais refusa en raison du statut diplomatique de ce  dernier. Le sultan Al-Walid retira sa confiance a David Pallache mais le regretta par la suite en apprenant que des jaloux etaient a l'origine de complots contre les Pallache. Un envoye francais ne voulut pas se faire escorter par un diplomate marocain pour demander la rehabilitation de David Pallache au nom du sultan. De ce fait, il fut emprisonne et banni de Paris. David Pallache fut effectivement rehabilite et continua d'assumer sa mission jusqu'a la fin de ses jours. II en fut de meme pour son frere Moi'se. Cela est d'ailleurs remarquable, compte tenu du fait qu'Al-Walid etait loin d'etre judeophile…

Les deux fils de Samuel Pallache furent egalement des diplomates. Isaac Pallache, fils de Samuel, fut charge d'affaires en 1647  aupres des Etats generaux des Provinces-Unies pour le sultan Mohamed Cheikh Al-Seghir. II negocia la liberation des captifs de Sale. Jacob Carolus representa le sultan marocain a la Cour du Danemark.

Il etait une fois le Maroc Temoignage du passe judeo-marocain David Bensoussan

Il etait une fois le Marocil-etait-une-fois

Temoignage du passe judeo-marocain

David Bensoussan

Furent-ils les seuls diplomates marocains de leur temps?

Non, les Pallache accompagnaient l'ambassadeur musulman Youssef Biscaino. II y eut beaucoup d'autres Juifs, hommes de confiance de Moulay Zidane : Yamine Ben Rimokh, Yakov Ben Rosh, et Israel Cheikh entre autres. II va sans dire que la predominance des Pallache faisait des jaloux a la Cour marocaine et des ermemis chez les diplomates francais. II est remarquable qu'ils aient pu continuer de servir si longtemps la Cour marocaine malgre les nombreuses embuches.

La tradition de conseillers et de diplomates juifs continua sous la dynastie alaouite. Ainsi, du temps du souverain Moulay Ismail, Joseph Maimaran fut le proche conseiller du souverain et son frere Abraham Maimaran fut Cheikh Al-Yahoud, c'est-a-dire nominalement en charge de la communaute juive. Abraham Maimaran s'occupa du rachat de prisonniers musulmans et Chretiens, agit a titre d'intermediaire avec une ambassade francaise. Joseph Toledano conclut un traite avec les Etats- Generaux en 1683  Mo'ise Ben Attar et Reuben Ben Quiqui furent en charge du commerce europeen et conclurent un traite de paix avec Angleterre en 1721

Toutefois, ce fut sous le long regne de Sidi Mohamed Ben Abdallah que l'activite diplomatique marocaine fut particulierement intense.

LES DIPLOMATES JUIFS DE SIDI MOHAMED BEN ABDALLAH

On peut se demander pourquoi les sultans eurent si souvent secours aux Juifs pour des missions diplomatiques. On peut egalement se demander pourquoi les missions etrangeres tenaient-elles tant a avoir des vice-consuls juifs.

A la premiere question, il est possible de penser que les Juifs avaient une connaissance des langues plus poussees. De nombreux diplomates juifs marocains maitrisaient l'espagnol, le portugais, l'anglais, le francais ou le Hollandais. Par ailleurs, les Juifs n'etaient pas rattaches a des clans tribaux ou a des confreries qui visaient a augmenter leur pouvoir au point de risquer de mettre en danger le trone du sultan. Les dynasties saadienne et alaouite ont generalement protege leurs minorites juives contre les exces et ces derniers leur vouaient volontiers une loyaute totale. Les sultans reaffirmerent souvent leur confiance envers leurs diplomates qu'ils appelaient parfois « notre Juif.»

II est plus difficile de repondre a la seconde question. Les delegations etrangeres avaient leurs propres diplomates et ceux-ci devaient surement considerer la nomination de Juifs locaux avec un certain degre de rivalite. D'une part, le Consul general anglais Sampson ecrivait en 1770  au Ministre des Affaires etrangeres britanniques : « Je reconnais que le service de Sa Majeste dans les dominions de l'Empire marocain ne peuvent etre accomplis sans l'assistance des Juifs.» Par ailleurs, le diplomate Charles Adam Duff declarait en 1786  que « l׳engagement des Juifs qui sont les plus abjects au Maroc dans des fonctions publiques nuit aux interets de Sa Majeste.» Plus d'une fois ce dernier s'eleva contre le fait que des Juifs transmettaient directement des courriers a la Cour anglaise, mais vainement. II semblerait que de nombreux Juifs, dont ceux qui avaient commerce avec Gibraltar, savaient interpreter les missives dans des contextes culturels distincts en tenant compte des rouages administratifs fort differents.

Dans La Mediterranee et le monde mediterraneen a l'epoque de Philipe II (seconde moitie du XVIe siecle), Fernand Braudel precisa : « Les Juifs sont, en Orient, les interpretes nes de toute conversation et sans eux, rien en serait possible ou facile… Ne le voudraient-ils pas, que les Juifs seraient obligatoirement condamnes a etre les grands artisans des echanges. Ils sont, ou ont ete partout; chasses, ils ne quittent pas forcement les lieux interdits, ils y reviennent.»

Les Juifs faisaient partie de l'entourage du sultan?

Keatinge qui a fait partie d'une delegation britannique au Maroc en 1785

 rapporta que des agents et interpretes juifs travaillaient pour le sultan. Le Dr Lempriere rapporta en 1789 QUE 7 DES 30  

secretaires du sultan etaient Juifs et il en allait de meme des interpretes.

L'avènement de Moulay Yazid fut catastrophique pour les conseillers juifs

Il etait une fois le Maroc

david bensoussanTemoignage du passe judeo-marocain

David Bensoussan

 ?Quels furent les diplomates juifs au service de Mohamed III

1757-1790

Il serait fastidieux de faire une liste exhaustive des diplomates juifs au service du sultan. Nous n'en présentons donc que quelques-uns 

Samuel Sumbel vécut en France dans sa jeunesse. Il fut envoyé en mission au Danemark en 1751 pour conclure un accord entre ce pays et le Maroc. On lui a attribué l'idée de faire appel à des familles narchandes du Maroc pour développer le commerce dans la ville portuaire de Mogador nouvellement construite. Ces marchands qui reçurent le titre de Tajer (Négociant) du sultan réussirent effectivement a trouver des débouchés au commerce marocain. Ce fut ce même Samuel Sumbel qui veilla à l'application des politiques du sultan en matière de commerce extérieur. Il négocia la libération d'otages et renseigna les Britanniques sur les agissements de l'Espagne au Maroc. Sa fortune fit des jaloux et il fut arrêté trois fois puis relâché. Salomon Benwalid eut

rôle similaire et impressionna grandement les autorités britanniques

Isaïe Benamor fut envoyé en mission à Gênes en 1768 et à Londres en 1772. Il négocia une exemption des douanes aux navires militaires britanniques en retour de l'achat d'armements anglais pour le Maroc. Il fit venir des ingénieurs anglais afin de réparer le quai de Tanger. Le sultan le complimenta plus d'une fois pour ses états de service

Natif de Tétouan, Jacob Benidar fut vice-consul d'Angleterre dans plusieurs villes marocaines: Tanger, Tétouan, Salé et Mogador. Il accompagna des délégations britanniques à la Cour marocaine, fut envoyé par le sultan en mission à Venise. Le sultan adressa à Georges III  ces quelques mots à propos de Jacob Benidar : « Vous pourrez avoir confiance en tout ce qu'il avancera… C'est votre Ministre et le mien.»

Les cinq frères Delmar, fils du rabbin Chalom Delmar agirent pour le compte du sultan au Maroc en Hollande. Lorsque l'Espagne accepta de libérer des prisonniers marocains, elle reçut le droit d'utilisation du port de Tanger pendant un an. Durant cette année, le Consul d'Angleterre et les citoyens anglais furent bannis de la ville. Au terme de cette année, Messod Delmar fut chargé de rétablir les liens avec l'Angleterre

Les frères Cardozo étaient d'anciens marranes. L'un d'eux était en poste à Londres, les deux autres au Maroc. Isaac fut conseiller du sultan. Son frère qui résidait à Londres refusa de rentrer au Maroc à la demande du sultan. Aussi, ce dernier fit bastonner à mort Isaac avant de l'incinérer. Les intrigues d'Éliyahou Lévy, Juif tunisien à la Cour, furent a l'origine d'une lettre faussement attribuée à David Cardozo. Cette lerre qui exprimait des réserves par rapport au sultan, aurait été à l'origine de sa condamnation. Les Cardozo auraient informé les Anglais a propos des agissements des Espagnols au Maroc.

Éliyahou Lévy et Jacob Attal avaient conseillé le sultan vers la fin de sa vie et leurs intrigues furent peut-être à l'origine du changement d'attitude du sultan envers les Juifs

L'avènement de Moulay Yazid fut catastrophique pour les conseillers juifs

Moulay Yazid qui succéda à Sidi Mohamed Ben Abdallah persécuta les Juifs où qu'ils fussent et fit de même pour toutes les personnes qui avaient servi son père fidèlement. Il s'en prit aux derniers conseillers juifs de son père, Éliyahou Lévy et Jacob Attal. Mordékhaï Chriqui fut tué sur ordre de Moulay Yazid. Certaines familles de notables juifs s'exilèrent du Maroc pour échapper à la tyrannie de Moulay Yazid. Tel fut le cas d'Abraham Pinto qui alla s'établir à Londres et d'Élias Lévy Yulee qui se rendit à La Havane puis en Floride. Son fils David devint le premier membre juif du Congrès américain

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