Les juifs de Colomb-Bechar-J.Ouliel

Les juifs de Colomb-Bechar-J.Ouliel

Neanmoins, la situation, si elle n'etait pas idyllique, avait au moins les apparences de l'harmonie : entre les communautes, il n'y avait ni tension ni accrochage d'aucune sorte, l'equilibre s'etant etabli entre la mefiance des uns et le mepris des autres… Aujourd'hui, le clocher de Notre Dame du Sahara voit sa croix dissimulee – tant bien que mal -, par un «habillage», et surmontee de l'etoile et du croissant. Chemin faisant, je vis surgir des visages et me rappelai certaines personnalites, a la fois simples et familieres : au tout debut de cette Avenue du Sahara, Monsieur Chapus le transporteur, dont les camions sillonnaient les pistes du desert; plus loin, a quelques centaines de metres, de 1'autre cote de la rue presque a 1'endroit exact ou disparut, en pleine jeunesse, Simon Benassaya, dans le premier tres grave accident de la circulation que nous ayons connu, debouchait la rue portant le nom d'Elie Benassaya, son pere. 

 Tout pres, les maisons des Nezri, Carlotti, Bensai'd…

Sur la place du marche. le dispensaire de Monsieur Sassi, et le domicile du populaire infirmier M'barek (dont peu de gens savaient le patronyme, Azzedine) ; ces deux auxi- Haiies des premiers medecins francais furent, a leur maniere, des bienfaiteurs de cette population becharienne. a laquelle ils se devouerent, comme jadis le Dr Ceard. 

 Le marche. c'etait deja le debut du quartier juif, qui, de la rive droite de l'oued, a l'origi- ne ait pris de l'extension jusqu'a englober la «Place des chameaux» (place Lutaud), et se developper de pan et d'autre de 1'avenue Poincare, la rue principale. Ainsi, il separait les quaniers residentiels des villages arabes du Ksar, dela Cha'ba, et de Debdaba, ce dernier sitae sur 1'autre rive de l'Oued Bechar.

Sous la denomination «europeens» etaient regroupes deux types de population : – D'une part un ensemble assez disparate de «missionnaires», soit au plein sens du terme, comme les Peres Blancs, soit parce que, fonctionnaires de l'Etat, ils etaient venus effec- tuer un sejour plus ou moins long dans une administration (education, justice, police…) ou une des nombreuses unites stationnees dans cette importante ville de garnison etablie, des les origines de la presence francaise, a proximite de la frontiere marocaine. Les habitants europeens permanents (des Allemands, Autrichiens, Polonais, Hongrois mais aussi beaucoup de Mediterraneens venus d'ltalie, du Portugal, de Grece et surtout d'Espagne (les Algarte, Allenda, Castel, Egea, Escobar, Fernandas, Marques, Martinez, Murcia, Ortega, Pastor, Perez, Ramos, Rodrigues, Velez, Yebra, Zamora… chasses par le Franquisme en 1936) formaient un ensemble encore plus disparate : amenes par le gout de l'aventure ou les accidents de l'histoire, c'etaient des anciens de la Legion Etrangere, des aventuriers echoues la, leur expedition ayant avorte, des membres de la collaboration assignes a residence des travailleurs. 

La classification en usage avait longtemps fait une distinction entre, d'une part les Europeens (notion entendue strictu sensu, mais qui a fini par inclure les Pieds-Noirs, des descendants d'immigres europeens, nes dans le pays) et de l'autre les Indigenes c'est-a-dire les Musulmans et les Juifs. 

L'entree surla Placedes Chameaux (place Lutaud) reveilla nombre de souvenirs, et en premier lieu, cette triste matinee du 28 novembre 1947 passee a attendre, en vain, avec tous les Bechariens, la venue du General Leclerc… Je revis l'incendie du marche, et bien d'autres evenements… 

Cette place est aujourd'hui meconnaissable : encombree de batisses, de vasques et de jardins, elle ne forme plus ce magnifique et immense carre d'arcades blanches, et on n'y voit plus ces groupes pittoresques de nomades pasteurs ou de villageois venus de tres loin vendre leurs fruits et legumes, leurs epices, leurs volailles ou leurs moutons, chevres et dromadaires (d'ou le nom qu'elle a fini par prendre). 

Durant plus d'un demi-siecle, la vie becharienne fut rythmee par les manifestations civiles et militaires, qui se deroulaient surla Placedes Chameaux : Apres les dernieres caravanes, elle avait vu partir les grandes expeditions transsahariennes, le fameux camion geant de Berliet, le T-100, et les courriers reguliers, qui, bien avant l'avion, sillonnerent le desert pour rallier Tamanrasset, Gao, Niamey… 

Elle avait aussi vu passer de grandes figures devenues aujourd'hui personnages his- toriques : le marechal Lyautey, le general De Gaulle, des militaires francais ou etrangers comme Laperrine, le Marechal Franchet d'Esperey, le general Dayan, des savants et explorateurs tels Louis Armand, Theodore Monod, Henri Lhote et diverses personalites : Charles de Foucauld, Shimon Perez, Anatole France, Isabelle Eberhardt, Robert Lamoureux, 1'humoriste pas encore celebre.

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