Histoire des juifs de Safi-B. Kredya

 

PAGES DE L'HISTOIRE

DES JUIFS DE SAFI

L'histoire des juifs de Safi (Maroc) est aussi ancienne que la ville elle-même. Malheureusement, peu d'écrits lui ont été consacrés. Brahim Krhdya, historien amoureux passionné pour sa ville, tente de relancer la recherche dans ce domaine. Il ne cesse de piocher dans les rares manuscrits disponibles et incite les chercheurs à suivre son exemple

Pour ne pas laisser passer cette occasion, je signale que les juifs de Safi avaient une presence importante dans les biens immobiliers de la ville, presence sans pareille dans les autres villes du pays. Les anciens de Safi le savent bien qui racontent encore leurs nouvelles. J'ai trouve cette verite :dans la suspension des travaux par les autorites sur certains terrains de la Chaaba et pres des tombeaux des Saints Moughitine apres que leurs vrais proprietaires se furent manifestes: ce sont des juifs de Safi qui se sont opposes a l'atteinte de leur propriete. 

par la lecture de documents de justice qui indiquent que certains juifs de Safi possedaient de vastes terrains a l'est de la ville, englobant leur cimetiere, les terrains voisins, y compris celui occupe par l'Ecole Ghiati qui, a l'origine, avait ete une ecole hebraique, construite par l'Alliance Israelite Universelle. Ces terrains s'etendaient jusqu'a Dar Al Baroud. 

par leur possession de beaucoup de maisons dans les differents quartiers de la ville – et plus specialement dans 1'ancienne medina -, qui etaient louees a des musulmans ou a des juifs sans distinction. Parmi ces proprietes, un immeuble de la rue du R'bat, connu encore sous le nom de « Dar Murciano », juif originaire de Murcie, en Andalousie 

par l'etude des archives de la Conservation Fonciere ou j'ai releve le nom de families et d'individus juifs qui etaient proprietaires de nombreux irmmeubles. Parmi ceux-ci, la famille Levy et ses enfants : David Levy (ne en 1912 ) et Albert Levy (ne en 1914 ), et le plus connu des propretaires, Israel Benayer, ne en 1902, qui possedait un lotissement tres vaste, appele « Benslimane », sis au Plateau et consistant en plusieurs lots – sa superficie totale etait de 5200 m2 et sur l'Avenue Mohammed V, un autre terrain de 1439 m2.

Cette coexistence et ce travail commun des juifs et des musulmans ont tisse en ville et dans les campagnes des relations sociales interferentes et complexes qui les ont reuni en une societe d'interets unie et harmonieuse, malgre les differences de confessions et de traditions. Cette communion a revetu plusieurs aspects dont nous choisissons : 

La cohabitation des juifs et des musulmans ne s'est pas arretee au voisinage des logements, mais certaines maisons etaient occupees en commun par des families juives et musulmanes, sans aucune gene ni embarras, le patio etait habite en commun comme la terrasse, sans aucune sensibilite religieuse.

 Cette situation, en l'abbsence de mellah dans la ville, faisait que le juif de Safi vivait normalement, loin de toute aversion, rejet ou dissension, gardant sa personnalite et sa fierte parce que, comme tous les juifs du Maroc, il considerait la vie dans le mellah  comme une humiliation plus qu'une protection.

Cette cohabitation et ces liens de voisinage et de vie ont cree des amities solides entre les deux communautes, consolidees par la frequentation et les relations, dans des visites reciproques et des entretiens en temps normal et pendant les fetes et les evenements (familiaux). Et de temps en temps, elles debouchaient sur des unions entre des juives et des musulmans parmi les descendants de families respectees et considerees.

Les juifs et les musulmans de Safi etaient tres ouverts dans leurs convictions religieuses, loin de tout chauvinisme ou sectarisme. Certains juifs apprenaient le Coran et assimilaient bon nombre des miracles de ses chapitres.

 Des discussions theologiques interessantes entre des – foukaha –   (juristes) musulmans et des rabbins juifs se tenaient dans la sereniteet creaient des liens intimes comme ceux qui liaient le rabbin Abraham Siboni avec de nombreux savants musulmans, comme le raconte Hai'm Zafrani dans une anecdote. D'autre part, d'autres recits nous indiquent que plusieurs des habitants musulmans de la ville connaissaient a fond le judai'sme et ses mysteres, ses commandements licites et interdits. La science de l'un des citoyens de Safi en matiere de judai'sme atteignait un point tel que, quand il se rendait a Tanger et se melait aux juifs, on le prenait pour l'un de leurs rabbins. II vecut ainsi longtemps au milieu d'eux avant qu'ils ne se rendissent compte de la realite.

Jusqu'a ces derniers temps, l'administration locale ne permettait guere le libertinage dans les confessions juive ou musulmane.

Un vieillard qui etait mokaddem -chef de quartier – raconte que quand un juif blasphemait au sujet de l'islam, il recevait cent coups de baton sur la plante des pieds et il etait condamne a circuler dans les rues de la ville,criant.

Je demande pardon a Dieu, j'ai insulte la foi d'un musulman, puis il était jete en prison pour une annee entiere.

La meme procedure s'appliquait a tout musulman insultant un juif dans sa foi

Les habitants, juifs et musulmans, se partageaient de nombreuses croyances populaires, et se consacraient a des rites de sorcellerie et de charlatanisme. Leurs epouses visitaient en commun et continuellement les tombeaux des Oulad Ben Zmirro, attribuant a Abraham, a ses freres – Ishaq, Ismai'1 et Youssef – et a leurs enfants enterres pres d'eux, des prodiges et des miracles, et sollicitaient l'exaucement de leurs voeux et la guerison de leurs maladies rebelles. A ce propos, Edmond Doutte et Simon Levy rapportent respectivement l'un et 1'autre des recits narres par des juifs de Safi:

  1. Le premier raconte qu'un enfant musulman, atteint de la paralysie des membres inferieurs, fut abandonne par sa mere dans le mausolee des Oulad Ben Zmirro. II guerit grace a leur pouvoir mysterieux, et depuis, il acquit la faculte de guerir tout paralytique, juif ou musulman. II etait connu sous le nom de Haj Abdelkader.

Simon Levy a recueilli les elements du second a Safi en  1973 II y est dit qu'un homme paralytique accomplit un sejour de sept jours et sept nuits aupres des tombeaux de Oulad Ben Zmirro. Ces saints le visiterent dans son sommeil et lui demanderent de se lever et de marcher. II ne s'executa point, evoquant son infirmite. lls insisterent. II se leva alors et fit deux pas. Quand il fut sur de sa guerison, il refusa de quitter le mausolee avant d'obtenir un moyen pour gagner sa vie. lls lui remirent a ce moment-la une bouteille contenant de l'eau benite, lui affirmant

Tout malade qui s'adressera a toi, touche-le avec cette eau et il guerira. » Cet homme s'appelait Hachemi Baghough. Levy ajoute qu'il ne soignait que les juifs.

Sa fille herita cependant de son etrange pouvoir et c'est grace a elle, que la mere du narrateur, le juif Leon Mghira, entre autres, fut guerie.

Les musulmans et les juifs de Safi aimaient egalement la musique andalouse et le malhoune. Cela se remarque par le nombre de groupes musicaux de la ville qui etaient mixtes, comptant des instrumentistes virtuoses et des chanteurs des deux communautes; le succes de chanteurs des deux communautes dans ce genre de musique arabe originelle, comme 1'artiste juif, Cohen Saadia, et ses eleves, les musulmans Abdelouahad Lahkim et son frere Abdelkader Lahkim; l'existence de poetes juifs qui se sont distingues aupres de leurs freres musulmans dans de merveilleux poemes de malhoune, tel le fameux « A Sidi, Had Arrasoul », compose par un juif inconnu de Safi.

Les premiers vers chantent: 

« A Sidi, ce messager est venu de la !part de ma gazelle.

 Je lui ai jure sur toute chose, sur ma foi.

Le bien-aime de mes pensees est venu la nuit

 derniere me visiter chez moi.

Mes yeux ont joui de son image et j'ai ranime mon coenr.

Apres mon attachement a lui,gens

Mon aime m'a oublie.

 II a oublie la nourriture et l'engagement, la vie commune et l'habitude.

II m'a trahi sans faute (de ma part), m'a abandonne et oublie.

II m'a rentplace par d'antres qui l'ont detourne de moi. 

En resume, il vous a ete presente quelques exemples historiques vivants de la presence des juifs dans la ville de Safi et des images evidentes et convaincantes de l'interaction dans les relations qui rattachaient les deux communautes entre elles et qui ont consolide l'entente, la familiarite et la cohabitation des juifs et des musulmans.

Certaines traces de ces relations subsistent encore et ont marque la population de cette ville, dans le temps, dans son caractere, par l'acceptation de l'autre et par l'ouverture a autrui, par le respect des differences, les considerant comme un apport culturel enrichissant.

Cela a place la ville a l'avant-garde des villes marocaines, meritant notre fierte, et en a fait un modele privilegie, montrant les vertus de la culture de tolerance, de coexistence, de cohabitation qui ont marque toutes les periodes de l'histoire ancienne et moderne de la ville. II est necessaire de conserver cette education, actuellement plus qu'en toute autre periode, en ce temps de mondialisation, de communications aisees et vastes, avec toutes leurs intensions et leurs aspects.

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