La vie économique et sociale des juifs du Maroc-Le Mossad-MIchel Knafo

La vie économique et sociale des juifs du Maroc

Pendant des siècles, la vie économique du pays s'est caractérisée par la coopération entre juifs et musulmans, les juifs jouant par ailleurs un rôle important dans la cour des sultans.

Le régime du protectorat avait entraîné un changement radical dans le statut des, juifs: la modernisation du commerce et de l'industrie avait besoin du capital et de l'initiative des juifs. Si l'ancienne génération avait eu des difficultés à s'adapter aux nouvelles techniques commerciales, la nouvelle, éduquée sur les bancs des écoles de l'Alliance, avait réussi à prendre sa place dans la nouvelle économie. Un grand nombre de juifs avaient quitté les villes de l'intérieur pour Casablanca, devenue la grande métropole économique et pour Rabat, la capitale administrative. Plusieurs branches du commerce, comme le thé, la farine, le sucre et le textile, sont devenues des branches essentiellement juives. Malgré l'ouverture des carrières universitaire, la majorité a continué à s'occuper de commerce et d'artisanat, trouvant aussi des débouchés dans la banque et le secteur privé. L'avènement de l'Indépendance ne devait pas affaiblir la position économique des juifs, car les autorités avaient besoin de nouveaux employés et fonctionnaires et des centaines de jeunes juifs furent accueillis dans la fonction publique, essentiellement au Trésor et aux P.T.T. Un certain nombre accéda également aux plus hautes fonctions. Même après le départ du ministre juif, quelques fonctionnaires ont continué à occuper des postes de haut rang.

En général, les juifs ont été appelés à des postes relativement subalternes, les musulmans accédant aux postes de commande. Il n'était pas fréquent de voir un juif préposé sur des fonctionnaires musulmans. Peu de juifs furent admis au ministère des Affaires Etrangères et ils devaient rester totalement exclus de la police et de l'armée. Officiellement, les juifs étaient égaux en droit, mais des consignes orales donnaient priorité dans l’emploi aux jeunes musulmans en particulier dans les banques. Le Maroc menant avant tout un combat contre le chômage dans les campagnes et parmi la main-d'œuvre non qualifiée, les musulmans instruits, eux, trouvaient facilement du travail.

Le fait essentiel dans la vie économique juive était la migration permanente des villages vers les grandes villes. Cette migration a de nombreuses causes, essentiellement la situation économique précaire dans les villages et la volonté de donner une meilleure éducation aux enfants. Les œuvres de bienfaisance des communautés permettaient de surmonter la première crise d'intégration des nouveaux venus, les enfants étant scolarisés dans le réseau de l'Alliance et l'école professionnelle de L'ORT. Les services sociaux des communautés aidaient également les nouveaux venus à trouver un emploi, des familles riches prenant parfois sous leurs ailes les familles pauvres.

La société juive était divisée en diverses classes. Les associations d'affaires avec des musulmans n'étaient pas rares, entretenant avec leurs associés des liens d'amitié. La vie commune au sein du mellah, comme à Casablanca, contribuait au rapprochement entre les deux communautés.

A la suite de l'Indépendance et des déclarations sur l'égalité des droits, les musulmans ne voyaient plus dans la communauté juive une entité séparée, distincte, et dans les grandes villes nombre de jeunes musulmans voulaient épouser des jeunes filles juives. Ce phénomène était fréquent dans le mellah de Casablanca où cohabitaient juifs et musulmans et à Séfrou où le nombre de femmes était supérieur à celui des hommes. Le phénomène existait aussi à Rabat. Les fonctionnaires musulmans voulaient en priorité épouser des juives – en raison de leur éducation européenne et de leur émancipation. Ils ne voulaient pas que leurs femmes portent le voile. Ces années furent caractérisées non seulement par les mariages mixtes certes rares – mais plus grave par les enlèvements de jeunes juives et leur conversion à l'islam, conversion qui soustrait la jeune fille mineure à la compétence de sa communauté et de ses tuteurs. Quant aux relations d'amitié entre juifs et musulmans de la classe bourgeoise, leur base était la relation d'affaires. En général les juifs hésitaient à inviter chez eux les musulmans et se rendaient peu chez eux en raison des règles de la cacherout. Ils ne le faisaient qu'en cas de nécessité. Naturellement dans ces cercles la conscience politique était plus développée, les deux parties connaissant les sujets de désaccords, en particulier en relation avec Israël. Les relations entre juifs et musulmans dans les milieux intellectuels étaient encore plus approfondies qu'au sein de la bourgeoisie.

Dans le domaine de la culture traditionnelle, il n'y avait pas de relation possible en raison des différences trop marquées de religion. On était loin du temps de Maimonide, de la symbiose dans la philosophie judéo-musulmane. Dans le domaine des loisirs, l'amour de la musique andalouse était commun. Des musiciens juifs s'y distinguaient, très appréciés par les connaisseurs musulmans. Avec la modernisation, les artistes juifs se sont partiellement intégrés dans la culture française, comme d'ailleurs une partie de leurs collègues musulmans.

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