Said Sayagh-L'autre Juive- le martyre d'une jeune juive marocaine de Tanger, exécutée à Fès en 1834.

LE cerveau de Sol ne s’arrête jamais. Il marche sans arrêt comme le rouet du tisserand. Parfois, des crises de très grande réflexion s’emparent d’elle. Elle se surprend en train de chercher la morale d’une histoire aussi simple que celle de la grenade. Elle se rend compte, alors, que l’histoire lui plait à cause de son amour pour les grenades. Parfois, sa tête s’éclaire d’une lumière foudroyante qui la submerge complètement. Il ne demeure en elle, plus le moindre doute, ni la moin­dre ambiguïté. Il lui semble, dès lors, inutile d’en savoir plus. Toute explication supplémentaire est superflue. La morale de l’histoire de la grenade lui semble être, sans effort particulier, que la sagesse est supérieure à la royauté. La lumière s’edompe, la perception absolue s’éloigne et, seule demeure collée à son être, le plaisir de l’histoire… et de la grenade.

Sa mémoire est immense, sa vivacité est prodigieuse.Tout ce quelle entend, tout ce quelle voit ou se représente resfe attaché à tout son être et trouve les mots pour le dire sans effort, des fois en hakétia, des fois dans le parler local, et d’autres fois en hébreu. Elle éprouve beaucoup de plaisir à glisser d’une langue à une autre avec des mots quelle adapte, mélange. Elle joue avec les mots, en construit d’autres en les mettant dans d’autres moules que ceux de la langue d’origine. Et, bien qu'elle ait été privée d’école, elle distingue entre le Beth et le Heh, ainsi qu’entre toutes les lettres, d’ailleurs. Elle connaît les psaumes, les prières depuis Adonaï Elohinou jusqu’au Cantique des Canti­ques qui, lorsqu’elle le récite, fait vibrer ses seins tendus comme des figues primesautières sous sa robe légère.

Certaines discussions animées entre les rabbins sur des thèmes divers relatifs à leur compréhension de la Torah et de la Halakha la font sourire.

Elle trouve certaines explications naïves et hilarantes. Elle en rit de tout son cœur face à son père et face au rabbin. Elle trouve leurs propos éloignés des mots qu’ils utilisent.

Dans certaines de leurs controverses, son cerveau s’éclaire d’une vision simple de la relation complexe entre l’homme et la Sekhinah, présence divine. Elle a l’impression d’en comprendre un bout dans ce qu'elle a entendu à propos de Bahya Ibn Paquda. Le penseur qui avait rendu accessible à tous la compréhension des dix commandements en les ramenant à leur signification essentielle résumée dans les deux premiers commandements : « Aime Adonaï ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit et de toutes tes forces et, aime ton prochain comme toi-même ». Elle voit un exemple personnifié dans Mouïsou le joueur de rebec qui émeut les gens et dilate leurs cœurs avec son humour iconoclaste et, surtout avec son génie à broder les mots et composer des Piyyoutim à toutes les occasions. Comme tous les artisans, son principal souci est de bien faire son travail, de le présenter aux gens pour les rendre heureux tout en étant heureux du bonheur des autres.

Il brode les mots comme des pièces tissées. Il les file, les croise, les entrelace dans la trame musicale, et les tisse avec des navettes sur son instrument comme autant de merveilles de laine, soie, lin…

Elle l’aime moins quand il prend sa boite de tabac à priser, se sert de poudre de tabac entre les doigts, l’étale avec un pilon argenté sur le dos de sa main droite, puis l’aspire bruyamment avec ses narines avant de sortir son mouchoir dans lequel il éternue et se mouche pour qu'enfin son visage s’éclaire d’un sourire de plaisir qui l’envahit.

 

EIle trouve cela infect et répugnant. Mais dès que Mouïso commence à chanter, elle oublie ses reproches.

  • Une fois, elle l’a vu préparer sa poudre, avant de chanter.
  • a sorti des feuilles de tabac d’Ouezzane, les a mises dans un pot en terre cuite et a commencé à les broyer avec un bâton en bois d’olivier sauvage. Il a pris un mouchoir en soie et passé la poudre qu’il a mélangée avec d’autres poudres: cœur de noix, romarin et clous de girofle.

Elle aime la lettre Beth pour sa forme carrée ouverte sur l’inconnu, bon ou moins bon, premier pas vers la sagesse et le discernement. La parenté de la lettre avec le féminin la trouble pour sa signification double et continue, attachée à la maison de Dieu; temple terrestre de l’existence céleste; constrrucion fragile, mais début de toute existence. À l’opposé du Beth,l’Aleph estt au-dessus du trône des lettres. Lettre de l’unicité, de l’indivis ; il est formé de deux branches droites reliées par une branche horizontale. C’est la lettre de l’harmonie, de la communion et de la création. C’est la lettre fondatrice et pourtant la Torah commence avec le Beth. Les patriarches et les Hakhamim expliquent cela par les barakhot ou grâces que Hakadosh Barokh Hou accorde au début de la création.

Une idée émise par Haïm a retenu son attention. Elle lui a semblé profonde et l’a gardée dans un coin de sa tète, car méritant l’intérêt de toute une vie: Pardesh, le nom du paradis est constitué de Pshet, la facilité est liée à la connaissance simple facile à acquérir, Remez le symbole est lié à la connaissance figurée, métaphorique, Darash étudier, est lié à la réflexion, la recherche, Sodd, le myftère, est lié à ce qu’il n’est pas possible d’atteindre. Le paradis est ainsi une métaphore de la lumière. La clef de la lumière est la connaissance et la connaissance a les quatre niveaux cités.

Sol retient par cœur des piyyutim quelle entend à l’oc­casion des nombreuses fêtes qui la comblent d’extase et de joie de vivre, comme tous les juifs de Tanger, ceux du mellah de Meknès, Fès, Sefrou,Tétouan, Debdou, Oujda, Marrakech, Midelt, Integhrem, Ifrane, Oufrane, Doumia, Bouam, Khénifra, Ait Isshaq, Boujaad, Missour, Outat el Haj, Gourrama,Talsint,Tinjdad, Rissani,Tinghir, Asflou, Skoura, Ouarzazate, Agdz, Zagora, Mhamid, Demnate, Zregten, Tagounit, Sidi Rahal, Telouat, Agouim, Aguelmim, Taroudant, Inezgan, Tiznit, Tafraout, Illigh, Akka, Tadla, Béni Mellal, Taounza, Amzmiz, Imi N’Tanout…

Quelques fois, ses qualités lui attirent des ennuis quelle ne comprend pas et quelle ne sait pas affronter. Ainsi Issachar, son frère semble au bord de l’étouffement quand il se rend compte de la fierté que ressentent ses parents à l’égard de leur fille; fierté où se mêlent la reconnaissance envers Hakadodh Barokh Hou et la peur du mauvais oeil et de la jalousie.

Elle surprend par sa mémoire les musulmans et les juifs de Tanger avec qui sa famille échange les visites, les repas, le sel, le safran, et l’huile.

Said Sayagh-L'autre Juive- le martyre d'une jeune juive marocaine de Tanger, exécutée à Fès en 1834.

 

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