Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

Le Pere Busnot, venu cette annee a Meknes pour le rachat des captifs, ecrit a ce sujet: "Le quartier des Juifs se presente ou les rues sont les plus larges et ou Ton voit des boutiques ouvertes garnies de marchandises, mais dans le reste de la ville, les rues sont serrees entre deux murailles, avec quelques ouvertures de temps en temps ou 1'on ne voit que des pauvres artisans ou des vendeurs de fruits…"

. En 1721, apres d'autres personnages de marque, l'Envoye du roi d'Angleterre et sa suite sont loges au Mellah, "dans une des plus belles maisons de la ville", celle du Naguid et favori du sultan, Moi'se Benatar. L'officier anglais qui faisait partie de cette ambassade et nous rapporte ce fait en nous donnant bien d'autres details interessants sur les Juifs et le Ghetto de Meknes, est loin d'etre aussi sombre que le Capitaine Braithwaite, venu six ans plus tard a Meknes, lui aussi dans la suite d'une ambassade anglaise.

 Braithwaite nous fait d'abord constater que cette ambassade n'est pas, cette fois, logee au Mellah ou, ecrit-il, il y a plus de quinze mille families de Juifs (sic!). Ensuite, dit-il, "ces Juifs sont tres pauvres pour la plupart, comme ils le sont ordinairement dans les villes eloignees de la mer. Leur quartier est excessivement sale, qu'il est imprati cable pour les gens a pie, a moins qu'ils n'otent leurs bas et leurs souliers et les Juifs ne marchent pas autrement.

 Leurs maisons sont tres peu de chose et chacune contient plusieurs families …". A quoi attribuer ce changement si rapide si ce n'est a l'anarchie et a la grande misere qui suivirent immediatement la mort de Moulay Ismael? L'anarchie, qui devait d,ailleurs durer pendant trente annees jusqu'en 1757, avait nui d'une maneire considerable a la vie economique du pays et frappa particulierement les villes de l'interieur.

 Un grand nombre des habitants juifs de ces villes furent ruines et n'eurent plus, en general, ni les moyens, ni l'energie de se transporter ailleurs. D'un autre cote, pour echapper a l'oppression excessive et aux pillages continuels de bandes d'Arabes qui n'avaient plus ni de quoi, ni de qui avoir peur, de nombreux Juifs depouilles de tous biens et qui peuplaient en partie un grand nombre de villages dans les campagnes, se refugierent dans les Mellahs des trois villes de Fes, Meknes et Marrakech.

Cette situation ressort clairement des nombreux cas traites dans les consultations rabbiniques de l'epoque. L'etat de ces communautes ne fit qu’empirer avec ces nouveaux venus qui peserent tres lourdement sur elles. La situation generale devint franchement mauvaise pour la tres grande majorite. Aussi voit-on figurer comme les gens du commun dans les "Questions et Reponses" de nos rabbins debordes, des families qui traditionnellement avaient evite les tribunaux.

Ces familles, qui dans un passe encore recent, se comptaient par centaines, avaient toujours prefere des arrangements a l'amiable et meme l'abandon de leurs droits plutot que le scandale ou seulement l'expose public du moindre de leurs differends. Maintenant, on les voit se quereller entre elles pour de toutes petites sommes d'argent, une part de droit sur un "mikwe" ou sur une chambre dans une maison delabree. Que de cas comme ceux la dans les consultations rabbiniques, et que de noms portes jadis par des personnages d'une grande dignite et d'une droiture exemplaire. jamais cites auparavant devant un tribunal!

 C'est a partir de ce moment qu'une nette coupure se produisit entre les Juifs de la cote et ceux de l'interieur. Sous bien des aspects, des differences avaient toujours existe au sein meme des communautes, entre les descendants des expulses dela Peninsule Iberiqueet les autochtones, c'est-a-dire les  "Beldiyyin" dont le nom meme etait devenu pejoratif.

 En ce qui concerne les traditions et coutumes, ces distinctions etaient souvent une realite entre citadins de vieille souche et anciens campagnards ou montagnards qui, meme fortunes, ne perdaient pas facilement leur grossierete. Mais a la longue, ces inegalites etaient devenues des dissemblances et dans la situation desastreuese ou se trouvait maintenant le pays, les distinctions, dans les Mellahs, n'avaient plus d,impor tance sauf pour une infime minorite.

 Bien sur, il etait reste dans les Mellahs de Fes, Meknes et Marrakech d'assez nombreuses families d'artisans de moyens modestes, mais travailleurs et courageux, specialises, par exemple, dans le travail du fil d'or, de la bijouterie ou dans la confection des vetements; il y avait aussi quelques dizaines de families tres riches qui monopolisaient les grandes branches du commerce, mais qui, assurement, ne pouvaient pas toutes se prevaloir des vertus de leurs predecesseurs.

 Ces familles se calfeutraient dans leurs belles maisons situees, d'ailleurs, dans des rues qui leur etaient uniquement reservees. Mais si dans ces quartiers, devenus du reste trop petits, on pouvait encore distinguer les honnetes gens, ceux qui luttaient de toutes leurs forces contre les malheurs des temps, il y avait aussi une foule de besogneux sans scrupules et une misere souvent hideuse.

 Dans les communautes de la cote, il y avait egalement des pauvres mais plus rarement des misereux et des mendiants. Des lors, le Mellah n'etait plus seulement le cloisonnement deteste auquel, toutefois, beaucoup s'etaient tant bien que mal habitues, mais devint, aux yeux des Juifs des ports, synonyme de misere et de tout ce qui en resultait. On peut maintenant mesurer quelle fut la consternation des Juifs de Tetuan, Sale, Rabat et Mogador quand il fut decide qu'ils devaient desormais vivre dans des Mellahs

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