Les juifs de Colomb-Bechar-J.Ouliel..NOTRE UNIVERS SCOLAIRE
Les juifs de Colomb-Bechar
Et des villages dela Saoura
1903-1962
Jacob Oliel
2 – Les villages d'origine des nouveaux venus
NOTRE UNIVERS SCOLAIRE
Voici, tiree de 1'excellent ouvrage du Docteur Ceard, une statistique etablie a la rentree d'octobre 1931, et qui rend bien compte de la repartition d'apres l'appartenance :
Gargons | Filles | Total | Pourcentage | |
Europeens | 42 | 48 | 90 | 34,10% |
Israelites | 48 | 35 | 83 | 31,40% |
Musulmans | 53 | 38 | 91 | 34,50% |
Au tout debut, soit qu'elle ignorait les differences ethniques, soit que les enfants europeens, seuls, etaient scolarises, l'ecole a Colomb-Bechar ne distingue qu'entre filles et gar§ons, ce dont peuvent temoigner l'observation suivante et le tableau qui l'accompagne : «Une ecole mixte fut creee dans le centre de Colomb en 1907, mais, en raison du nombre des eleves qui augmentait constamment, cette ecole a ete supprimee en 1911, et remplacee par une ecole de gargons et une ecole de filles. »
La scolarisation a Colomb | ||||
annees | Ec. Mixte | Ec. De Filles | Ec. de Gar?. | Total |
1906 | 35 | — | — | 35 |
1907 | 33 | — | — | 38 |
1908 | 68 | — | — | 68 |
1909 | 83 | — | — | 83 |
1910 | 72 | — | … | 72 |
1911 | — | 55 | 42 | 97 |
1912 | — | 51 | 45 | 96 |
Moyennes | 58 | 53 | 43 | 69 |
J'avais abandonne le registre pour entamer la visite de l'ecole…
Non sans emotion, j'ai pu aller de salle en salle, et parfois, 1'espace d'un instant, revivre un episode, attendrissant ou douloureux, de ce passe qui remontait par bouffees : dans la grande cour, j'ai retrouve ma premiere salle de classe et revecu, a travers quelques images fugi tives, un incident, dont le souvenir, depuis pres de cinquante ans, vient periodiquement me hanter.
Je me rappelle avoir ete reveille en pleine nuit (il devait etre vingt-deux heures) par mon pere: un voisin etait la qui voulait savoir si son fils etait alle a l'ecole, si je l'en avais vu sor tir, apres la classe ; tout ensommeille, j' essayai de faire un effort, pour finalement me rap- peler, avec stupefaction, que le maitre, qui avait voulu le mettre au coin pour le punir, l'avait enferme dans un placard et, sans doute, oublie ; au moment ou la cloche avait sonne la fin des cours, nous etions tous partis sans penser au pauvre garcon qui n'avait pas ose se mani- fester.
Je fus invite a me lever et m'habiller pour accompagner le pere et le directeur de l'ecole, qu'on etait alle querir, et indiquer l'endroit ou le malheureux, terrorise, attendait sa delivrance. Le meme traitement, inflige aujourd'hui, vaudrait a l'instituteur un blame, la revocation peut-etre.
Mais, a l'epoque, dans les ecoles du sud, la confiance des parents etait totale, surtout de la part des gens simples, comme l'etaient beaucoup de Musulmans.
En l'occurrence, l'homme etait trop heureux de retrouver son fils vivant, mais, de toutes facons, les gens appreciaient de pouvoir envoyer leurs enfants a l'ecole, et ne la critiquaient jamais, meme lorsqu'ils avaient des reproches a faire a ses representants. Devenu enseignant j'ai mesure le respect de l'ecole de la part des parents et, lors de rentrees scolaires, j'ai entendu cette phrase magnifique d'un parent musulman me remettant son enfant avec ces mots simples: «maintenant, c'est ton fils».
L'aile nord des batiments me rappelait d'autres souvenirs, plus sympathiques : je me suis retrouve chez Monsieur Mouleyre, notre maitre du cours superieur, pendant un de ces exer cices de calcul mental que nous affectionnions et qui etaient l'occasion de competitions achamees.