Les veilleurs de l'aube-V.Malk

LES VEILLEURS DE L'AUBE – VICTOR MALKA 

On l'a parfois comparé à Ray Charles, en ver­sion orientale. Non seulement parce qu'il était aveugle mais aussi parce qu'il avait une voix qui réveillait les cœurs. Le rabbin David Bouzaglo (1903-1975) a été et continue d'être pour tous les juifs marocains, qu'ils soient installés en France, au Québec, en Israël ou au Maroc, un modèle et une référence. Poète, rabbin et chantre, il a dirigé durant des décennies, la tra­ditionnelle cérémonie dite des bakkachot (supplications) au cours. de laquelle les juifs d'Orient et singulière­ment ceux de l'Empire chérifien se réveillent avant l'aube pour chanter dans leurs syna­gogues des textes et des poèmes religieux sur des airs de musique andalouse.

 Ils ont, certes, un lien avec le passé au-delà des mers. Mais ils ne connais­sent pas toujours – ou alors très peu et imparfaitement – ce qui s'écrit ailleurs. Ils savent, pour avoir rencontré des poètes juifs venus d'Andalousie, que les maîtres de la poé­sie espagnole évoluent dans le même climat religieux et la même aire culturelle qu'eux-mêmes.

 Nombre de ces poètes espagnols, expulsés du sud du pays en 1391, se sont installés, entre autres, à la frontière entre le Maroc et l'Algérie, dans la région de Debdou où ils ont donné au fleuve traversant la cité le nom de leur ancienne ville- patrie : Ichbilya (Séville).

Dounash Ibn Labrat était poète et grammairien (920-990). On dit qu'il fut le petit-fils de Saadia Gaon. Son poème Deror Yikra a été adopté par toutes les communautés juives

Il faut ajouter qu'un grand nombre d'œuvres composées avant cette date de 1492 – essentielle à bien des égards pour l'histoire et l'évolution du judaïsme de ce pays – ont disparu dans les tempêtes politiques et dans les razzias épisodiques contre les ghettos juifs (les mellahs).

 Parfois – dans le meilleur des cas -, elles reposent encore avec des milliers d'autres composées plus près de nous, manuscrits inconnus et non déchiffrés, en grande partie dans de vieilles bibliothèques privées ou dans des archives oubliées aux quatre coins de l'univers et que nul aujourd'hui ne songe à consulter.

Quand les œuvres des poètes juifs espagnols, ceux du moins qui ont marqué l'âge d'or notamment, entrent dans le pays en même temps que les exilés, elles sont accueil­lies avec admiration et enthousiasme.

On découvre – ou on redécouvre – avec délectation la poésie aristocratique et douloureuse du poète-philosophe Salomon Ibn Gabirol, orphelin très tôt de père et de mère. On pleure d'abon­dance avec Yehouda Halévy, ses élégies et ses Sionides.

 On sourit en se répétant les mots d'esprit amers et désa­busés que profère sur lui-même Abraham Ibn Ezra et l'on se prend à espérer en des temps messianiques avec le rabbin-poète Israël Najara.

Les lettrés locaux, rabbins et kabbalistes ou maîtres de la mystique, ne songent plus désormais, quand ils pren­nent leurs plumes, qu'à s'inspirer de ces poèmes et, si possible, à les imiter. On les retranscrit et on se les trans­met avec ferveur. On les apprend par cœur. On se les offre de foyer en foyer comme on ne sait quels objets précieux.

Abraham Ibn Ezra (1092-1167). Il fut poursuivi toute sa vie par la pauvreté et le malheur. C'est à lui que l'on doit ces vers tragi- comiques :

« Si je faisais le commerce des bougies Le soleil ne se coucherait pas Si je vendais des linceuls Personne, jamais, ne mourrait. »

Et la synagogue marocaine, à Fès et à Tétouan, à Mogador et à Marrakech, n'est évidemment pas la dernière à les adopter et à les intégrer avec jubilation dans ses diffé­rentes cérémonies religieuses ou familiales.

 Il arrive même qu'on consacre au traumatisme des juifs exilés d'Andalou­sie des poèmes-élégies aujourd'hui populaires. Depuis lors et jusqu'à nos jours, ces œuvres espagnoles consti­tuent des textes essentiels – des pièces maîtresses – dans la liturgie marocaine des grandes fetes juives, et spéciale­ment au cours des « célébrations du mois de Tichri ».

 Et on ne manquera pas à la vérité en écrivant que ce sont d'abord ces textes qui donnent à des solennités religieuses comme Roch Hachana et Kippour leur véritable dimen­sion métaphysique et leur profonde signification.

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