LES JUIFS DANS LES RÉGIONS NON URBAINES Qu'en était-il des Juifs de l'intérieur

Il etait une fois le Maroc

Temoignage du passe judeo-marocain

david bensoussanDavid Bensoussan

Les incidents précités ne sont qu'un aperçu d'un nombre beaucoup plus important d'incidents – sans compter ceux qui n'ont pas été rapportés. Des compilations plus exhaustives figurent dans les Bulletins de Alliance Israélite Universelle ou dans la presse tangéroise de l'époque. L insécurité et l'injustice firent parti du lot quotidien des Juifs du Maroc. – Au XIXe siècle, les ordres donnés régulièrement par les sultans préscrivirent justice et équité envers les Juifs. Ils furent par trop souvent ignorés.

L’Alliance parvint à relever un défi gigantesque soit : relever le statut social et économique des communautés déshéritées par le biais de l'education. Elle y parvint alors même que les Juifs étaient soumis à l'arbitraire le plus total, à la cruauté, aux exactions et aux dénis de justice

de même qu'à des interdits séculaires humiliants. D'une part, elle contribua à faire prendre conscience au monde de la dure réalité vécue par les Juifs marocains. De l'autre, elle fit prendre conscience à ces derniers de la nécessaire affirmation de leurs droits civiques et contribua à faire cesser leur résignation séculaire face aux indignités vécues au quotidien de par leur statut de tolérés.

Dans les faits, certains observateurs tout comme Auguste Moulieras auteur de Fez publié en 1902 ou encore le capitaine Schneider qui vécut au Maroc de 1903 à 1907 notèrent des changements de la part des Musulmans envers les Juifs. Même si leurs témoignages n'ont pas toujours concordé, ils font néanmoins tous deux ressortir le fait que quelque chose avait effectivement changé au pays du soleil couchant.

Bien que décrivant le contexte des Juifs de Tunisie au temps du Protectorat français, les paroles d'Albert Memmi dans son ouvrage Juifs et Arabes, rendent bien l'état d'esprit de nombreux Juifs incapables de se délivrer du sentiment d'insécurité du passé : « La fameuse vie idyllique des Juifs dans les pays arabes, c'est un mythe ! La vérité, puisqu'on m'oblige à y revenir, est que nous étions une minorité dans un milieu hostile; comme tels, nous avions toutes les peurs, les angoisses, le sentiment constant de fragilité des trop faibles. La cohabitation avec les Arabes n'était pas seulement malaisée, elle était pleine de menaces, périodiquement mises à exécution. J'ai vécu les alertes du ghetto, les portes et les fenêtres qui se fermaient, mon père arrivait en courant après avoir verrouillé son magasin en hâte parce que des rumeurs sur l'imminence d'un pogrom s'étaient répandues. Mes parents faisaient des provisions dans l'attente d'un siège, qui ne venait pas nécessairement d'ailleurs, mais cela donnait la mesure de notre angoisse, de notre insécurité permanente.» De façon quelque peu similaire, l'écrivain Hélène Cixous décrivit son expérience en Algérie à la même époque, dans son roman autobiographique Les rêveries de la femme sauvage : «l'hostilité (avec les « petizarabes ») vient des temps les plus anciens… c'est une haine préexistante. »

LES JUIFS DANS LES RÉGIONS NON URBAINES

Qu'en était-il des Juifs de l'intérieur?

Le voyageur Charles de Foucault qui visita le Maroc en 1883-1884, décrivit ainsi la condition de servage des Juifs de l'intérieur : « Tout Juif du Bled-es-Siba appartient corps et biens à son seigneur, son sid… Le musulman est-il sage, économe? Il ménage son Juif, il ne prend que le revenu du capital… Mais que le seigneur soit emporté, prodigue, il mange son Juif comme on gaspille un héritage; il lui demande des sommes excessives, le Juif dit ne pas les avoir; le sid prend sa femme en otage, la garde chez lui jusqu'à ce qu'il ait payé… le Juif mène la vie la plus pauvre et la plus misérable, il ne peut gagner un liard qui ne lui soit arraché, on lui enlève ses enfants. Finalement, on le conduit lui-même sur le marché, on le met aux enchères et on le vend… Rien au monde ne protège un Israélite contre son seigneur; il est à sa merci. » Le pacha d'Amizmiz disait à ses soldats qui administraient la bastonnade aux Juifs : « Frappez fort, et sans crainte s'il meurt, nous paierons au sultan le prix du sang.» Jusqu'à l'arrivée des Français en 1934, les Juifs de Tahala versaient au chef de la tribu un demi-douro par feu, pour louer le terrain qu'ils occupaient. À chaque noce, ils payaient 10 douros. Ils pouvaient éviter la corvée en versant 60 douros. Parfois la protection était mentionnée dans un sauf-conduit : ainsi, la protection accordée par la famille des Ziyania dans le Nord-est marocain se lit : « Sachez que nous sommes la caution d'El Hazan Brahim… Nous l'avons accepté; il est notre juif. Que Dieu se détourne de quiconque lui fera du mal…»

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