SECURITE ET PROSPERITE

SECURITE ET PROSPERITE

La sécurité, la protection des biens s'accompagne du retour de la prospérité dont se font l'écho à plusieurs reprises ces mêmes Chroniques:

Ensuite le sultan se rendit à Taroudant pour combattre Moulay Moham­med, le fils de Moulay Mahrez contre lequel il avait déjà mené une expédi­tion à Marrakech et qui s'était enfui à Taroudant. Cette fois le sultan le relan­ça à Taroudant avec une puissante armée, mhallah, à laquelle s'étaient joints de nombreux (négociants) juifs de toutes les parties du Maroc. Ils ont gagné beaucoup d'argent dans cette expédition. Ceci a eu lieu en 5438 (1677 -78)… En 1678 -79; il y eut en plus de l'épidémie, une grande sécheresse et cherté. En vérité en ce temps -là, nos gens n'étaient pas gênés par la disette; car il y avait beaucoup de riches dans le mellah de Fès; leurs maisons étaient remplies de toutes sortes de biens; de provisions abondantes de céréales; leurs magasins étaient pleins; et pleins aussi les silos appartenant aux Juifs. Ils ne furent donc pas éprouvés par la famine qui régnait alors…"

Ce qui laisse présager que la condition de la communauté juive de la capitale n'était pas moins bonne. Les rapports des diplomates et visiteurs chrétiens vont dans le même sens en décrivant la situation générale des Juifs du pays, en y ajoutant naturellement leur propre vision peu flatteuse. Ainsi le consul de France à Salé, Estelle, grand défenseur du commerce entre les deux pays au -delà des aléas politiques fréquents, écrivait en 1698 : " Quant au commerce que les marchands chrétiens font en cette Barbarie quoi qu'il leur soit avantageux, il l'est encore davantage au Roy du Maroc, aux Maures et aux Juifs, ses sujets. Ces derniers font presque tout le commerce de ce pays, ou par eux -mêmes ou par des prête -noms maures, pour pouvoir par là ne faire paraître en aucun cas qu'ils ont du bien, à cause des continuelles contributions qu'ils sont obligés de payer, de manière qu'à leurs Pâques aussi qu'à leur samedis les Maures et les chrétiens sont aussi en fête…"

Même son de cloche dans les "Relations de voyage au Maroc des ' Rédemp­teurs de la Merci "en 1704 : " Il y a des Juifs dans toutes les bonnes villes des Etats du Roy du Maroc et ce sont eux qui font tout le commerce. Un Maure ne fait point d'achat de marchandises étrangères qu'il n'ait un Juif avec lui et les marchands chrétiens n'ont point d'autres courtiers que ceux de cette na­tion : C'est pour cela qu'il ne se fera aucun comme commerce le samedi parce que les Juifs observant ce jour -là avec la dernière exactitude. Ils s'attachent surtout à tromper chrétiens et Maures, et avec toute leur industrie ils ont bien de la peine à vivre parce qu'ils sont ac­cablés d'impôts et que la plupart du temps ils ne peuvent y suffire…"

Avec la promotion de Meknès comme capitale, les commerçants de la ville des familles Tolédano, Benattar; Maimran,

Ben Kiki ont joué un grand rôle dans sa prospérité, avec le concours de leurs proches parents et de leurs agents commerciaux à Fès, Marrakech et dans les grands ports de Salé et Tétouan. A l'exportation, les principaux produits étaient le salpêtre pour la fabrication de la poudre, la cire pour la fabrica­tion de bougies, le cuivre, l'étain et les produits de l'agriculture : laines, cuir, amandes. A l'importation, les armes, la poudre à canon, le papier, les produits textiles de haute qualité comme les bonnets rouges de laine; les brocards d'or, les soieries du Languedoc, les draps, les babioles de Venise; etc…

Ce presque monopole du commerce avait son prix, suscitant la jalousie et la convoitise du souverain toujours à la recherche de fonds pour financer ses travaux colossaux et ses interminables campagnes. Prisonnier pendant une dizaine d'années au Maroc (1670 -1681), le Français Germain Mouette pu­bliait après sa libération et son retour en France son livre '"Histoire de Mou- lay Rachid et Moulay Ismaël" dans lequel il rapportait quelques exemples des coûteux caprices du souverain dont nous avons confirmation dans une source juive :

Un jour le Roy déjeune avec des œufs. Il en trouva un qui était pourri et comme c'étaient des marchands juifs qui les avaient envoyés au sérail, il fit prendre tous les principaux de cette nation qu'il feignit vouloir faire dévorer aux lions. Toutefois, après leur avoir fait peur jusqu'au soir, il leur donna la vie, se contentant de leur faire donner à chacun quantité de coups de bâton et de les faire mettre en prison jusqu'à ce qu'ils eussent payé une grosse amende à laquelle il les taxa…Croyant un jour avoir été dérobé dans son sérail du cimeterre qui avait appartenu à Moulay Rachid, son frère et prédécesseur, estimé à 4000 écus, et ne pouvant découvrir l'auteur du larcin; persuadé qu'il n'y avait que les Juifs qui pouvaient vendre ou acheter de tels ouvrages, il ordonna qu'ils fussent chassés de leurs maisons, avec défense à qui que ce fut de les loger, jusqu'à ce qu'ils eussent payé la somme à laquelle il estimait le cimeterre – quitte à eux d'avoir leur recours contre ceux qu'ils découvriraient l'avoir volé…"

Heureusement, ajoute rabbi Habib Tolédano, aucun receleur juif ne fut impli­qué dans cette sombre affaire, datant de 1681; et la menace d'expulsion des juifs de la ville de leurs maisons fut levée, "et l'Eternel dans sa miséricorde nous a sortis des ténèbres à la grande lumière."

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