Joseph Toledano Epreuves et liberation Les juifs du Maroc pendant la seconde guerre mondiale

Joseph Toledano

Epreuves et liberation

Les juifs du Maroc pendant la seconde guerre mondiale

Un refus humiliant

Les Juifs marocains n’eurent pas l’occasion de prouver leurs capacités, l’audace et l’imagination n’étant pas le fort des autorités du Protectorat qui gardaient le silence. Face ce mutisme démobilisateur, le délégué de l’Alliance Israélite Universelle au Maroc depuis 1913, Yomtob Sémah, tenta une dernière démarche, début novembre 1939, en pressant la centrale parisienne d’intervenir auprès du gouvernement français :

«]’ai rencontré à plusieurs reprises les sieurs Bonan (avocat et militant communautaire) et Zagury (Président de la communauté de Casablanca) et nous avons eu l’occasion de discuter avec les hauts fonctionnaires du Protectorat des engagements volontaires, de l’accueil des réfugiés allemands et de l’antisémitisme.

Nombre de jeunes gens, sains et sportifs, issus des meilleures familles, se sont engagés volontairement, dans un moment d’enthousiasme et par amour sincère de la France et à ce jour, ils n’ont encore reçu aucune réponse positive. Ils n’osent plus, de honte, se montrer en public…

Ne vous serait-il pas possible d’intervenir à Paris pour que soit mis fin à cette situation d’exception ? Jusqu’à quand les Juifs du Maroc devront-ils être victimes de l’erreur faite, dès le début du Protectorat, de les considérer comme indigènes ? Il leur est impossible de s’assimiler aux Européens dont ils se rapprochent davantage, chaque jour, par leur instruction et leur mode de vie, et ils ne peuvent être considérés comme marocains parce qu’ils ne sont pas musulmans… »

Or c’était justement la hantise des autorités coloniales de ne pas refaire la même erreur qu’en Algérie, en détachant les Juifs des indigènes musulmans, qui devait peser sur la décision de ne pas relever le défi de solution non- conventionnelle. Robert Montagne lui-même n’avait-il pas mis en garde contre une telle tentation et préconisé un remède ? Quitte à recruter sur place des volontaires quand le besoin s’en ferait sentir, l’administration coloniale préférait avoir recours à la masse berbère infiniment plus disponible, comme l’avait déjà prouvé la Grande Guerre Opposant la force d’inertie à l’enthousiasme des jeunes, l’administration, sans déclaration fracassante, finit par enterrer la question de l’engagement des Juifs et imposa même à la presse locale la censure la plus stricte, comme en témoignait le journaliste Jacob Ohayon, dans son journal personnel : «Qu’a-t-on fait des engagements ? Sans doute furent-ils jetés au panier. Comme secrétaire à la rédaction de La Vigie Marocaine, collaborant avec la censure, j’avais pour consigne de ne rien laisser passer au sujet des engagements des Juifs pour la durée de la guerre. Bien plus, leur participation à la Fraternité de Guerre devait autant que possible demeurer dans l’ombre. Voilà les consignes de la Résidence à l’époque de Daladier… »

Immense fut la déception des jeunes volontaires, invités poliment mais fermement, à attendre patiemment chez eux un appel qui ne viendrait jamais. Ainsi, l’hebdomadaire de Casablanca L’Avenir Illustré déplorait avec amertume :

« Evidemment il est permis de regretter que notre concours  n’ait pas été accepté avec la spontanéité que nous avons mise à l’offrir. Mais il ne faut pas pour autant que notre fidélité soit affectée par cette réserve. Il faut au contraire que nous descendions plus que jamais au fond de notre cœur et que nous y cherchions les causes de cette réserve qui nous affecte si cruellement… »

Les seuls volontaires juifs effectivement mobilisés furent quelque 300 campagnards des communautés moins évoluées du sud du Maroc, recrutés à titre de " travailleurs coloniaux " et envoyés pour travailler aux usines d’armement de la métropole, dans la région de Lyon.

Par contre, les Juifs furent, sans distinction, intégrés à la défense civile comme les autres composantes de la population. Les mellahs furent appelés à respecter notamment les consignes de couvre-feu et d’obscurcissement des rues et des maisons pour prévenir les attaques aériennes : obligation de badigeonner en bleu les ampoules électriques et de recouvrir les vitres des fenêtres de papier de la même couleur. Des tranchées furent creusées, dans les cours des écoles, pour s’y réfugier en cas de bombardement. Souvenir traumatique de la Grande Guerre, les mesures de sécurité se focalisaient sur l’éventualité d’attaques au gaz. C’est ainsi par exemple que la F.A.P.A.C. le groupement de défense civile formé au mellah de Meknès, détaillait dans une brochure en judéo-arabe, écrite en lettres hébraïques, les instructions pour la fabrication à domicile de masques à gaz. Dans son introduction, la brochure se voulait rassurante, ne doutant pas de la bienveillance traditionnelle de la nation protectrice :

« Il ne s’agit là que de mesures de précaution, car quoi qu’il arrive, il n’y a pas de danger immédiat ? la France est une grande puissance et ses ennemis tremblent devant elle, mais il est préférable de se tenir prêt à toute éventualité et de savoir comment réagir, en cas de nécessité, plutôt que de compter sur les miracles… Conservez donc cette brochure comme quelque chose qui vous est cher. Ne la négligez pas, relisez là de temps à autre jusqu’à l’apprendre par cœur. Fasse l’Éternel que vous n’en avez jamais besoin et qu’il nous envoie bientôt notre Messie — qu’il en soit ainsi, amen ! »

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