Les contacts entre le Maroc et les pays europeens au XIXe siecle-Ambitions de l'Espagne.

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LES CONTACTS ENTRE LE MAROC ET LES PAYS EUROPÉENS AU XIXe SIÈCLE

AMBITIONS DE L'ESPAGNE

Les relations maroco-espagnoles s'envenimèrent au milieu du XIXe siècle

Avant d'aborder ce sujet, il faut mettre en perspective le fait que, suite à l'expulsion des Maures d'Espagne en 1502, l'Espagne tenta d'occuper des ports marocains de la Méditerranée : la presqu'île connue sous le nom de Penôn de Velez fut occupée en 1508 et en 1522 avant de devenir une possession espagnole en 1564. Les Marocains tentèrent de reprendre Melilla en 1565 et en 1774, mais sans succès. Les Espagnols occupèrent également Ceuta en 1640, cette enclave ayant été préalablement occupée par les Portugais depuis 1415. Enfin, la ville de Larache fut donnée en gage à l'Espagne en 1610 pour cautionner un prêt fait au sultan saadien, mais elle redevint une ville marocaine à la fin du XVIe siècle.

Revenons à notre sujet : en 1856, le Maroc refusa de dédommager l'arraisonnement d'un navire espagnol qui s'était soldé par plusieurs morts et blessés. Sept Espagnols étaient maintenus en otage. La presse madrilène rappela l'exécution par les autorités marocaines de Hayim Victor Darmon agent consulaire d'Espagne à Mazagan en 1844. A cela s'ajouta l'envie de ne pas laisser la France conquérir pour elle seule les pays du Maghreb. L'influence de l'Espagne au Maroc fut toutefois limitée, car l'Angleterre et la France développèrent d'importants marchés commerciaux avec ce pays. Mais l'Espagne du XIXe siècle, essentiellement rurale, accusait un retard industriel important et ne pouvait faire concurrence aux autres puissances de l'Europe de l'Ouest. De plus, le Makhzen décourageait les échanges avec les enclaves espagnoles du Maroc et les escarmouches avec les tribus rifaines étaient fréquentes. Dans un environnement aussi hostile, les présides de Ceuta et de Melilla ne devinrent jamais des ports du commerce marocain. Elles furent ravitaillées à partir de Malaga et servirent plutôt de pénitenciers.

Les présides de Ceuta et de Melilla furent à l'origine de nombreux accrochages

En effet. Ces enclaves furent au cœur des problèmes qui surgirent entre le Maroc et l'Espagne. En 1859, cédant à la pression de l'Espagne, le sultan permit d'agrandir les limites de la juridiction de Melilla. Par ailleurs, les redoutes bâties par les Espagnols hors de l'enceinte de Ceuta furent attaquées par la tribu limitrophe des Anjera. D'âpres négociations furent entreprises. Elles visaient à définir une nouvelle modification de la limite de la juridiction de Ceuta, mais elles n'aboutirent pas. L'Espagne déclara la guerre au Maroc. En décembre 1859, 50 000 soldats espagnols débarquèrent à Ceuta. L'écrivain Prosper Mérimée qui se trouvait alors à Madrid, décrivit la liesse des foules scandant : « Al Moro ! » et ajouta-t- il, on se serait cru au temps des Croisades. L'armée espagnole marcha de Ceuta à Tétouan qui fut prise après de six mois de combats. L'épidémie du choléra augmenta considérablement les pertes des deux parties. La transformation de la principale mosquée de Tétouan en église catholique enragea les Marocains pour qui la prise de la ville devint impérative.

Pour pouvoir récupérer la ville de Tétouan, le sultan accepta de verser 20 millions de douros (environ 5 millions de livres sterling), ce qui représentait deux années de revenus gouvernementaux. La moitié dut être versée de suite et l'autre moitié fut étalée sur 25 ans, par un prélèvement de 50% des droits de douane perçus dans les ports marocains. De plus, l'Espagne et le Maroc ratifièrent en 1961 un traité commercial sensiblement semblable à celui que l'Angleterre et le Maroc avaient entériné en 1856.

Or, le Maroc n'installa pas de service de douanes, rendant ainsi illicite toute transaction. Les affaires traînèrent d'autant que la tribu des Guélaïa refusait d'évacuer les territoires jouxtant Melilla, territoires qui avaient été concédés à l'Espagne. Le sultan dut finalement intervenir pour faire évacuer de force les Guélaïa de leur territoire et, par la suite, permettre le détournement d'un cours d'eau vers Melilla. Toutefois, cette enclave ne parvint pas à se doter d'un port commercial car les tribus environnantes empêchèrent toute tentative d'approvisionnement de la ville par voie de terre. Une nouvelle convention à propos de la frontière de Melilla fut signée en 1891. De leur côté, la tribu des Anjera rendit la vie difficile aux Espagnols de Ceuta. Ainsi, durant toutes les années qui suivirent la guerre de 1860 entre le Maroc et l'Espagne, la diplomatie marocaine ne fit que temporiser au maximum en vue de retarder l'expansion espagnole autour des enclaves de Ceuta et de Melilla.

En 1893, la garnison espagnole de Melilla subit une attaque de la part des Rifains. Aux termes du traité de Marrakech ratifié l'année suivante, le sultan s'engagea à verser une indemnité de vingt millions de francs, dont un quart comptant. Se plaignant d'un certain retard dans les paiements, l'Espagne occupa Dakhla dans le Sahara occidental.

La France songea alors à se partager avec l'Espagne le territoire marocain

En 1902, la France envisagea de partager le Maroc avec l'Espagne, la ville impériale de Fès échouant à l'Espagne. Or, les Espagnols n'étaient pas trop chauds, car ils connaissaient la difficulté de se mesurer aux Marocains au combat. La campagne de 1860 pour occuper Tétouan avait été particulièrement difficile et un écrivain espagnol déclara : « Il fait être fou pour songer au Maroc.» Il ne faut pas oublier qu'en 1904, l'Espagne avait subi une défaite cuisante contre les États-Unis à Cuba. Mais petit à petit, les Espagnols se firent à l'idée d'un Protectorat partagé avec la France au Maroc. De fait, ils allèrent jusqu'à avancer qu'une partie de la côte algérienne incluant Oran devrait être sous contrôle espagnol du fait que l'Espagne y fut maîtresse de 1535 à 1792.

Les tractations secrètes – mais vite éventées – entre Français et Espagnols aboutirent en 1904 à un partage du Maroc en zones d'influence : l'Espagne se réservait la zone du Rif délimitée par les rivières de la Moulouya à l'Est et le Loukos au Sud. L'Espagne recevait deux zones dans le Sud du Maroc dont l'enclave d'Ifni. Cet arrangement contrevenait cependant à l'unité du Maroc et à l'autorité du sultan bien que consacrées par d'autres traités antérieurs – notamment la souscription de l'Espagne à la déclaration franco-britannique du respect de l'intégralité de l'Empire du Maroc et de l'autorité de son sultan -que l'on ne désavouait toujours pas ! L'Angleterre était rassurée du fait que l'on se promettait de ne pas élever de fortifications sur la côte marocaine de façon à ne pas entraver le libre passage du détroit de Gibraltar, le Rocher demeurant le seul point stratégique fortifié. Quant à la ville de Tanger qui fait face à Gibraltar, son statut international la rendait neutre et, bien sûr, démilitarisée.

Mais ce ne fut pas partie facile pour les Espagnols…

En effet. En 1909, 220 soldats espagnols périrent dans une embuscade à Barranco del Lobo dans les environs de Melilla. On réalisa alors combien le contingent espagnol était démotivé et désorganisé. Tétouan fut occupée en 1913 avec l'accord tacite du gouvernement madrilène sans même que le consul espagnol à Tanger n'en soit informé.

Bien que l'Espagne fut officiellement neutre durant la Première Guerre mondiale, les autorités espagnoles au Maroc ne firent rien pour empêcher des agents allemands de se lancer dans des activités de subversion contre la France, en armant les tribus marocaines et en les incitant à prendre les armes contre la France. Ceci contribua à affaiblir l'Espagne, mais on ne le réalisa pas immédiatement. En 1921, des milliers de militaires espagnols périrent à Annual sous les coups des tribus rifaines. Le contingent de 70 000 soldats n'arriva pas à contenir les Rifains. La débâcle espagnole au Maroc fut une des raisons invoquées pour justifier le coup d'état du Général Primo de Rivera.

C'est alors que le Rifain Abd El-Krim déclara l'indépendance du Rif.

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