ארכיון יומי: 26 בינואר 2022


Le rocher d'origine-Haim Shiran (Shkerane)&Fabienne Bergman

Un des animateurs les plus assidus et les plus brillants de ce ciné-club était le prof de philo du lycée Poeymirau, un bel homme, grand de taille, dont j’ai oublié le nom. Je le retrouverai quelques années plus tard à la Maison du Maroc de la cité universitaire, dans des circonstances moins glorieuses, si je peux dire. J’étais alors étudiant à Paris et sa chambre était attenante à la mienne. Un week­end, je n’ai pu fermer l’œil du vendredi – où je l’avais vu arriver avec une jolie femme – au lundi matin, quand je le vis ressortir de sa chambre en titubant…

Meknès avait aussi une vie économique active. La ville comptait de nombreux restaurants et plusieurs cinémas. J’avais très tôt pris goût au septième art grâce à un de mes oncles, projectionniste au cinéma Caméra, qui me fit entrer, littéralement et métaphoriquement, dans ce monde fabuleux. Dès l’âge de neuf ou dix ans, j’y passais presque tous mes dimanches après-midi, et j’ai ainsi vu tous les films de l’époque, cette salle affichant chaque semaine une nouvelle production. Je me suis soûlé de westerns qui façonnèrent ma vision du monde, divisé entre bons et méchants.

Le cinéma Le Régent qui projetait des films de tous genres, abritait aussi le ciné-club toujours plein à cra­quer… Un jour, on me demanda de préparer une séance sur le Voleur de bicyclette et d’animer ensuite le débat. J’ai dû compulser assidûment des ouvrages de référence sur Vittorio De Sica à la bibliothèque municipale, et j’espère avoir été à la hauteur de la tâche.

J’ajouterai que mon avidité cinématographique me poussa aussi, à l’âge de l’adolescence, vers la médina, où les salles Appolo et Mondial avaient l’exclusivité meknassie des films égyptiens que j’appréciais aussi. Je payais ces entrées avec l’argent de poche que me donnait ma mère – des deniers qu’elle gagnait dans ce but en cousant inlassa­blement la nuit, des boutonnières de caftans.

Par ailleurs, venaient de Paris des conférenciers, des orchestres symphoniques et surtout, des pièces de théâtre diffusées par les productions Karsenti. Je crois n’en avoir manqué aucune. Deux spectacles m’ont sans doute particulièrement marqué: Antigone d’Anouilh et Bérénice avec Marie Bell et Jacques Dacqmine.

Mais l’institution française la plus prestigieuse de la ville était alors à mes yeux le Conservatoire de théâtre et de musique, le plus renommé du Maroc. Il y avait là plu­sieurs classes de solfège et d’instruments de musique et surtout une classe de théâtre, dirigée par France Ellys. Cette tragédienne, qu’on a comparée à Rachel, avait échoué là à cause du climat sec de la région, salutaire pour ses rhumatismes. Ce conservatoire possédait aussi une chorale dans laquelle je chantais et un orchestre sympho­nique, dirigé par Monsieur Néri, qui était aussi le directeur de l’établissement.

Peut-être ce qui se passait en ville nouvelle irradiait-il à l’intérieur des murs du nouveau mellah. Quoi qu’il en soit, lui aussi foisonnait d’associations de toutes sortes.

Les anciens de l’Alliance Israélite, forts de leur formation française, chapeautaient nombre d’activités, des cau­series sur des thèmes généraux, (toujours suivies avec intérêt), aux séances de cinéma, sans oublier les nombreuses activités sportives. Il y avait dans le kilomètre carré du mellah quelques dizaines d’équipes sportives. Y fonction­naient activement des clubs de football, de volley, de bas­ket pour hommes et pour femmes. Il y avait même une fameuse équipe de rugby et, comme si ce mellah se voulait une réminiscence moderne de l’antique culte grec du corps, on y comptait aussi des gymnases bien équipés où des éphèbes juifs de mon acabit venaient faire de la mus­culation avec des poids, des barres et des haltères. Ce cul­turisme était d’ailleurs loin d’être la manifestation la plus négligée de la culture meknassie puisque les salles s’affrontaient entre elles et le Monsieur Muscle local deve­nait d’office un modèle édifiant pour la jeunesse…

Les mouvements de jeunesse, sionistes ou autres, entre­tenaient entre eux une rivalité stimulante pour attirer dans leurs rangs les potaches du nouveau mellah et, plus rare­ment, quelques jeunes de l’ancien. Ces derniers étaient sur­tout recrutés par les Unités Populaires pour qui l’ancien mellah constituait un terrain d’action privilégié. Celles-ci avaient été conçues par Edgar Guedj (Lynclair de son totem) qui eut un immense ascendant sur moi. Je le consi­dère un peu comme mon guide, mon Maître ou même mon père spirituel. C’est lui qui m’a appris à donner aux autres et m’a fait comprendre ce qu’il y a de gratifiant dans cet acte. Les Unités populaires ont sauvé beaucoup d’enfants de la délinquance et il est certain que le travail éducatif dévoué des moniteurs permit à ces jeunes laissés pour compte du vieux mellah de s’épanouir. J’étais alors “rou­tier” aux EIF et j’ai eu le privilège d’encadrer ces enfants. Tous les dimanches, nous partions en randonnées vers des endroits verdoyants, comme la ferme Pagnon, le jardin Elhaboul, la piscine ou d’autres lieux loin de l’univers clos du mellah et pendant les vacances, nous faisions ensemble des camps d’été. Plus tard, nombre de nos jeunes se hisse­ront à des postes de responsabilité, tant au Maroc qu’en Israël.

C’est donc sur un tel terrain d’activités multiples que va naître, au nouveau mellah où habitait Maurice Benhamou ainsi que la plupart des membres de la troupe, ce théâtre juif qui arborera le titre pompeux de troupe Melpothalie. Pourquoi Melpothalie? titra un jour le journal local, ce à quoi il répondit non sans fatuité: « Pour nos lecteurs qui ont quelque peu oublié leur mythologie, rappelons que Melpo- mène est la muse de la tragédie et Thalie, celle de la comé­die. C’est donc à Melpomène qui a vu son nom abrégé et à Thalie que la troupe israélite meknassie, dont nous parlons, .1 consacré son activité ».

Maurice, bien avant moi, prenait des cours de théâtre chez France Ellys. Il excellait particulièrement dans les roles; comiques. Il s’était adressé aux jeunes des mouvements de jeunesse, les incitant à venir passer une audition, et les jeunes premiers postulants répondirent à cet appel, avides de plaisir et de gloire. Naturellement aucun d’entre eux ne pensait vraiment faire carrière sur les planches, moi moins que tous. Maurice était perfectionniste et méticu­leux. Il avait acquis de bonnes connaissances de théâtre. Il etait féru de littérature française et souvent, il nous réunissait pour discuter d’un livre qu’il avait aimé. Il est certain que son charisme agissait et nous devinrent vite des émules assoiffés de théâtre et de poésie française. Maurice avait aussi des dons de dessinateur et j’ai encore chez moi un cahier de mise en scène d’une pièce de Labiche, Per­mettez Madame, où il décrit avec maints détails les person­nages et les didascalies, avec dessins en couleur à l’appui. Véritable petite œuvre d’art!

Un jour, un militant du mouvement sioniste Dror, Shlomo Sebbag, enseignant à l’école de l’Alliance et écrivaillon à ses heures perdues, demanda à Maurice Benhamou de monter avec sa troupe une de ses créations et nous eûmes ainsi l’honneur de jouer Le départ, pièce inédite de son cru, sur l’immigration en Israël des Juifs du Maroc. J’y ai tenu, aux côtés de ma cousine Henriette, le rôle du jeune s’apprêtant à partir en Israël. Si depuis, années obli­gent, j’ai pour ma part totalement oblitéré le texte, ma partenaire quand je la revois, prend un plaisir nostalgique, près de cinquante ans après son heure de gloire, à décla­mer des débris de monologues de cette première. La pièce, qui ne fut jouée qu’une seule fois, fit cependant du bruit car elle traitait d’une cuisante actualité. Elle racon­tait l’histoire d’un garçon qui voulait partir en Israël dans le cadre de l’Alyia des Jeunes, contre l’avis de ses parents. Le père accepte la décision de son fils, mais sa mère s’y oppose. En fin de compte, il part, s’engage dans l’armée et meurt au combat. La mère accuse son mari d’être à l’ori­gine de la mort de leur enfant.

Les jours étaient en effet ceux du départ en masse des Juifs du Maroc. L’immigration en Israël des jeunes Meknassis divisait la communauté et déchirait les familles. D’autant plus que les gens recevaient des lettres de leurs proches, partis vers le jeune État d’Israël, et ce qu’ils lisaient dans ces missives avait parfois de quoi altérer leurs velléités sionistes ou pouvait les faire douter des promesses des émissaires de l’Agence Juive. Au-delà de l’intérêt bio­graphique personnel, je serais curieux de pouvoir compa­rer cette œuvre à celles qui se jouaient à l’époque pour glo­rifier l’épopée nationale, ou à celles qui se jouent actuellement sur les affres familiales et individuelles des nouveaux immigrants de l’État naissant, sur les planches de Tel-Aviv. Mais même la mémoire d’Henriette est défectueuse et hélas, il ne reste aucune trace de l’œuvre, puisque après l’indépendance du Maroc, Sebag, devenu maître du barreau, s’était rallié à l’Istiqlal, parti contesta­taire et nationaliste de gauche, et en avait brûlé tous les exemplaires, afin de ne pas être accusé d’activité sioniste, au cas où sa maison serait fouillée. Lui-même immigrera d’ailleurs en Israël en 1969.

Le rocher d'origine-Haim Shiran (Shkerane)&Fabienne Bergman

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