Une nouvelle Seville en Afrique du Nord-Debdou-Une miniature de Jérusalem.Aperçu  historique

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Quant au nom de Ben Mechâal, il est, de nos jours encore, porté par une famille juive très estimée dont le chef, Moïse Ibn Mechâal, habite la localité de Touzret dans le Glaouï de Marrakech. On nous assure, en outre, que plusieurs Juifs de Lès portent aussi ce nom.

Certaines traditions, notamment celles des Juifs de Taza, voudraient que le Dar Mechâal eût été dans les environs de cette ville. À l’appui de cette tradition, il existerait encore, à ce que m’a affirmé un Juif originaire de Taza, dans la ville ou dans ses environs, une mai­son de pierre qui est attribuée à Ibn Mechâal. Ce dernier aurait tout simplement possédé une maison à Taza qui pouvait bien être sa ville natale.

La légende populaire des Béni Snassen n’ignore pas l’existence d’Ibn Mechâal qu elle a transformé à sa manière.

À ce sujet, voici ce qu’a recueilli, sur place, M. Voinot:
«D’après les traditions locales, il existait autrefois de nombreux Juifs chez les Béni Snassen; ils étaient attachés à la fortune des Béni Bou Abdissied (faction des Béni Ourimeche) et possédaient ses maisons dans les différentes dechras de cette faction. Ils furent expulsés lorsque le soff des Béni Bou Abdissied eut perdu sa puis­sance, après avoir été battu par les autres tribus de la montagne; Ibn Mechâal était un de ces Juifs des Béni Abdissied; il possédait une Kasbah et des immenses richesses lui avaient donné une autorité considérable, si bien qu’il en était arrivé à comman­der les Musulmans des Béni Snassen comme un véritable potentat. Il rencontra un jour sur son chemin une femme portant un enfant et lui demanda à boire. Sur le refus de cette femme, il saisit l’enfant et le coupa avec son sabre. La malheureuse mère recueillit les morceaux de la petite victime et les porta chez les Oulad Ibrahim et les Rousma, auxquels elle demanda vengeance. Les deux tribus étaient les plus puissantes du massif, elles habitaient le versant nord de Segzel à Tasaghine. Leurs guerriers se mirent à la recherche d’Ibn Mechâal qu’ils massacrèrent quelques jours après au Souk el-Had des Beni־Ammid.

La légende, une fois de plus, est plus ou moins confirmée par l’his­toire.

Cet exemple de domination sur une région par une famille juive n’est pas unique, ainsi que nous le montre l’histoire des établissements juifs de Dadès et de Tiliit dans le Glaouï où l’on voit une importante famille d’Espagne s’installer en plein Atlas et s’y créer un fief à peu près autonome quelle garda pendant plusieurs générations.

Quant à Ibn Mechâal, était-il de la famille des Cohen Scali? En était-il le chef? Etait-il affilié à une tribu berbère? Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre. Les Cohen Scali, que j’ai con­sultés là-dessus à Debdou, ne semblent pas avoir gardé de souvenirs précis sur l’épisode d’Ibn Mechâal, encore moins reconnaissent-ils, dans ce dernier, l’un des leurs. Voici, d’ailleurs, exactement ce que les chefs de Debdou m’ont communiqué par écrit : «Nous avons ouï-dire qu’il y avait autrefois un roi à Taza du nom de Ben Mechâal, qu’il régna plus de dix ans, mais qu’il fut assassiné par les Arabes.» Quoi qu’il en soit, dans l’histoire de l’établissement juif au temps d’Ibn Mechâal, on retrouve les membres de la famille Cohen Scali. Ceux-ci, après l’expulsion du Juif par Moulay Ismaïl, devaient regagner leurs anciennes demeures de Debdou. Et ce dernier fait a même donné lieu à un conflit par lequel s’ouvre l’histoire écrite de la communauté juive de Debdou.

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