Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

Les juifs au Maroc et leurs Mellahs – David Corcos

 C'est precisement lorsque Moulay Sliman decida de construire cette mosquee qu'il fit expulser  les Juifs de leurs anciennes maisons "trouvant", dit un historien, "leur voisinage inconvenant pour le saint edifice" Cet ordre  fut adresse au gouverneur de la Provincede Tetuan, Abd ar-Rahman ben Abd al-Kader Achach, par une lettre ecrite de la main du sultan fin Jumada I 1225 (Mercredi 5 Aout 1807). Moulay Sliman y declare, egalement, faire donation a la communaute juive "en toute propriete de tout le bien connu sous le nom de al-Ryad (le jardin) dans la ville de Tetuan" 

A cet endroit, il y avait effectivement des jardins et quelques families juives y habitaient deja. Le gouverneur devait maintenant en faire selon les instructions du souverain: "un Mellah isole, separe des Musulmans comme tous les Mellahs". Tout Juif qui possedait une maison en ville devait la revendre aux Musulmans et avec le prix de cette vente, se faire construire une autre dans le Mellah. 

Le delai accorde aux Juifs pour quitter les maisons de la ville et reconstruire leurs nouvelles habitations etait de six mois: "Si cela venait a expirer", ordonne le sultan, "expulse-les de la ville, eloigne־les et qu'ils n'y retournent jamais plus pour y resider avec 1'aide de Dieu Tout Puissant! 

". Les Oulemas devaient etre convoques immediatement et mis au courant de ces dispositions: "car nous avons juge cela utile et bon; afin de les (les Juifs) mettre a l'ecart des Musulmans et de les empecher de s'approcher de leurs mosquees et de leurs demeures. C'est la l'un des premiers avantages que nous procure (la construction) de la nouvelle mosquee". Puis le sultan ajoute: "Louange a Dieu, puisse-t-il compter (cette mosquee) parmi les oeuvres eternelles et nous en faire tirer profit ici-bas et dans 1'au-dela, Amen! Prends garde qu'ils (les Juifs) ne sanctifient une de leurs maisons pour le culte ou qu'ils ne fassent construire une synagogue (dans le Mellah): il ne faut pas qu'il y ait deux directions de priere en pays musulman!. 

"II n'v aura pas deux directions de priere (kibla) en terre d'Islam" est une phrase qui revient assez souvent sous la plume des auteurs musulmans. En tous cas, la doctrine des legistes interdit la construction de nouveaux edifices du culte, juif ou Chretien, en pays musulman. Cette interdiction fut souvent a l'origine de graves persecutions contre les non- Musulmans. Mais comme il arrive en ces matieres les faits historiques contredisent frequemment la doctrine. Au Maroc, il semble que dans le passe, on etait plus intransigeant qu'ailleurs en ce qui concerne cette question. Aussi, generalement, la synagogue n'etait-elle qu'une chambre plus ou moins bien agencee, plus ou moins vaste suivant les moyens de son proprietaire (j'en ai pourtant connues de tres belles, quoi qu'anciennes et assez vastes pour contenir de deux a trois cents fideles). 

Les quartiers speciaux ou etaient relegues les juifs n'ont d'abord existe qu'en Europe. Leur etablissement fut sanctionne par une loi canonique du Troisieme concile de Latran en 1179. 

Ces chambres etaient reservees au culte dans des maisons particulieres: "Le Roy leur permet d'avoir des synagogues particulieres, ce sont des maisons ordinaires; car il leur est defendu d'avoir pour cela des maisons publiques, et dont !'architecture se fasse remarquer" (Simon Ockley Relation des Etats de Fez et de Maroc tr. fr., Paris 1726, p. 154). Au temps de Moulay Sliman cette "tolerance" n'etait meme plus admise officiellement. En 1811, trois synagogues furent brulees a Meknes: "… En effet, le gouverneur avait, par ordre du sultan, fait mettre le feu aux synagogues construites dans l'annee … la responsabilite incombe a des denonciateurs juifs qui ont rapporte au gouvernment que des synagogues nouvelles avaient ete construites. Or, selon leurs lois, nous n'avons pas le droit de les en informer, si on le fait, ils les demolissent" (G. Vajda, op. cit., pp. 97-98 et n. 1). Les autorites fermaient donc les yeux et il leur fallait une denonciation formelle pour sevir. Encore, selon toutes probabilites, ne s'agissait-il que de chambres- synagogues d'une maison particuliere.

Cependant, la segregation des Juifs, outre les difficultes juridico-religieuses qu'elle soulevait, ne fut pas, en general, favorablement accueillie a  Tetuan, surtout par la bourgeoisie musulmane d'origine andalouse qui avait toujours entretenu d'excellentes relations avec eux. Le sultan qui pressentait des difficultes de la part des Andalous, voulait les convaincre du bien-fonde et de 1'orthodoxie de cette disposition: "

Veille a ce que ces ordres soient strictement executes et qu'ils ne fassent 1'objet d'aucune discussion car ceci est une affaire purement religieuse" ecrivait-il au gouverneur, et il ajoutait menacant: "Si tu decouvres quelqu'un qui veuille contester ces dispositions ou les discuter, applique- lui un chatiment severe pour son peu de religion, pour la faiblesse de sa foi et de sa certitude".

 Quant aux Juifs eux-memes, le Grand-Cadi de Tetuan ecrivit un peu plus de trois annees plus tard, au debut de Muharram 1225 -25  Fevrier 1810 . Ils (les Juifs) accepterent cela et s'y engagerent apres s'etre inclines devant les instructions (la lettre du sultan).

Ils s'engagerent a ne pas faillir a leurs promesses et a ne pas rompre cet accord, a ne pas revenir sur les decisions et a ne pas les repousser. Ils accepterent 1'humilite et le mepris a tout moment… que la Grandeursoit a Dieu, a son Prophete et aux Musulmans et l'abaissement eternel aux ennemis de Dieu, les Infideles"

Il semble que Abd ar-Rahman Achach n'ait pas fait strictement appliquer les ordres du sultan et plusieurs families resterent en dehors du Mellah. Le souverain s'en apercut au cours d'un voyage d'inspection qu'il fit dans les ports du nord. Ce fut, semble-t-il, une des raisons de la destitution de ce gouverneur et son remplacement par un esclave noir du palais, officier de l'armee imperiale

Cette situation apparait plus clairement par la reprise de la question et la convocation des rabbins ainsi que des notables de la communaute par le Grand Cadi, trois ans apres la lettre du sultan dont nous avons donne plus haut quelques extraits.

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