Les veilleurs de l'aube-V.Malka

LES VEILLEURS DE L'AUBE – VICTOR MALKA

On l'a parfois comparé à Ray Charles, en ver­sion orientale. Non seulement parce qu'il était aveugle mais aussi parce qu'il avait une voix qui réveillait les cœurs. Le rabbin David Bouzaglo (1903-1975) a été et continue d'être pour tous les juifs marocains, qu'ils soient installés en France, au Québec, en Israël ou au Maroc, un modèle et une référence. Poète, rabbin et chantre, il a dirigé durant des décennies, la tra­ditionnelle cérémonie dite des bakkachot (supplications) au cours. de laquelle les juifs d'Orient et singulière­ment ceux de l'Empire chérifien se réveillent avant l'aube pour chanter dans leurs syna­gogues des textes et des poèmes religieux sur des רבי דוד בוזגלוairs de musique andalouse.

Il commence sa carrière, avant d'entrer en poésie comme on entre en religion, en écrivant et en envoyant à des journaux juifs anglais (Hatzefira et Hayehoudî) des articles sur les différents aspects de la vie quotidienne de ses coreligionnaires du Maroc. Ainsi, un jour, il s'en prend aux diverses influences qui demeurent, selon lui, des traditions du faux messie Shabbtaï Tsvi sur la vie juive locale. Un autre jour, il s'attaque, avec une relative violence, aux rabbins-commis-voyageurs venus de Terre sainte pour récolter des dons et qui se conduisent, à l'en croire, avec brutalité et cynisme avec les habitants juifs de la cité.

Nous sommes dans les années 1885 et David Elkaïm a une trentaine d'années. C'est l'époque au cours de laquelle il commence à écrire ses premières œuvres poé­tiques. C'est aussi celle où – selon le chercheur Yossef Chétrit, de l'université de Haïfa et qui, le premier, a étudié l'ensemble de l'œuvre de ce poète – David Elkaïm prend part à des réunions mi-clandestines que tiennent dans la ville de jeunes lettrés juifs. On y parle hébreu – ce qui, pour l'époque est peu courant et apparaît comme révolutionnaire – et on y débat de toutes sortes de questions, y compris sans doute de problèmes idéologiques. Une sorte de cercle d'études à vocation intellectuelle. Si on ne sou­haite pas donner à ces rencontres la publicité que pourtant elles mériteraient, c'est uniquement dans le souci de ne pas susciter les interrogations de responsables de la communauté juive, mais aussi, peu ou prou, la colère des membres du rabbinat orthodoxe.

D'ailleurs, on ne tarde guère, au sein de la communauté juive, à soupçonner David Elkaïm de prendre de plus en plus de distances avec la pratique. Il filerait, laisse-t-on entendre, un mauvais coton. Il s'éloignerait, pour tout dire, du type de vie qui fut celui de ses pères. On dit  publiquement qu'il a cessé de pratiquer les lois de la Torah, d'étudier et d'observer les commandements reli­gieux. Un soupçon qui provoque douleur et stupéfaction chez le poète. Il n'admet pas cette critique qu'il considère comme la plus grave des diffamations portées contre lui. Il en souffre. Il parle d'un procès injuste qui lui est fait en l'occurrence. Il y réagit dans un poème : « Il y a bien pire : j'ai entendu et j'en suis irrité, j'ai vu et j'en suis inquiet. Le pied d'étrangers me piétine. Et ils n'ont aucun égard pour mon verbe. » Il confirme haut et fort qu'il continue à rester entièrement fidèle à la foi de ses pères. Il repousse les arguments de ses procureurs : « Par le Dieu éternel, créateur de mon corps, je n'ai jamais porté atteinte ; ma religion. Elle a été mon refuge, elle est la canne de ma gloire. […] J'ai aimé la Torah d'un œil ouvert. »

Tout cela ne fait qu'aggraver l'amertume qui est la sienne depuis qu'il a pris conscience de ce que, dans la société où il vit, l'homme pauvre n'a aucune chance d'être considéré et respecté, quelles que soient la sagesse et la coalité de ses écrits. Mais, au fur et à mesure que passent les années, le point de vue du poète se transforme radica­lement : peu lui chaut désormais de ne pas trouver auprès ce ses contemporains, à cause de sa pauvreté, reconnais­sance et considération. Il ne voit plus dans la course aux honneurs que pure vanité, buée des buées. Une activité denuée de la moindre importance et totalement dérisoire. Il proclame partout que seule lui importe désormais « sa poésie, sa belle ». Il ajoute avec apaisement : «  C'est dans les remparts de mes vers que je me réfugie.

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