LE MAGHREB ENTRE L'ANDALOUSIE ET L'ORIENT

PROFIL INTELLECTUEL DU LETTRÉ JUIF ET DE SON CONGÉNÈRE MUSULMAN, AU MAGHREB (du 16e au 20e siècle)

נוסעים יהודים בארצות האסלאםHAÏ M ZAFRANI

LE MAGHREB ENTRE L'ANDALOUSIE ET L'ORIENT

La situation géographique du Maghreb, entre l'Orient et l'Andalousie, et son histoire politique, sociale et religieuse, en font le lieu de rencontre des deux courants issus de ces deux pôles de science et de culture. La vie intellectuelle est tributaire de l'un et de l'autre et la production litté­raire aussi.

 C'est de l'Orient que se réclament les sciences et les huma­nités rabbiniques, le substrat talmudique et la mystique de la kabbale lurianique notamment, tandis que l'influence prestigieuse du patrimoine andalou est diffuse dans l'ensemble des modes d'expression, des cou­tumes et des traditions littéraires conservées comme de vieux titres nobi­liaires.

 Quant aux nuances proprement locales qu'il est difficile de déceler dans les écrits en langue hébraïque ou araméenne, on les découvre presque exclusivement dans les genres moins nobles, dans la littérature populaire d'expression dialectale, dans certaines techniques de la qasida

Dès le haut Moyen Âge, les liaisons sont constantes avec l'Orient. A l'époque gaonique (6è—1 lè siècle), le Maghreb en général, et le Maroc en particulier, occupe une place importante dans les relations avec les yeshibot palestiniennes et les académies mésopotamiennes de Sura et Pumbédita.

 Les liens étroits avec ces foyers de la science juive de l'époque sont attestés dans les documents de la genizah du Caire (responsa de geonim, correspondance commerciale et actes notariés) qui viennent s'ajouter à ce que nous savions déjà des échanges du Maghreb avec l'Orient et dont l'essentiel traite de législation rabbinique, d'exègèse biblique et talmudique, de halakhah et 'aggadah .

"Par rapport à l'Orient arabe, l'ensemble qui embrasse, de longs siècles durant, l'Espagne et l'extrême Maghreb, affirme une culture et une manière personnelles. La solidarité entre les deux "Rives" est scellée par des échanges culturels…. une tradition très active relie les "épigones" (al-muta'ahhirùn) de Fès aux "grands ancêtres" de Cordoue (al-mutaqqaddimûn).

 La chute de Grenade accentue cette participation. La continuité est donc certaine". C'est en ces termes que Jacques Berque évoque l'image de l'Occident musulman médiéval dont les populations connaissaient la même langue, la même culture, la même civilisation. Les mêmes liens spirituels et historiques unissaient étroitement les communautés juives établies sur les deux "rives" du Détroit de Gibraltar.

L'Age d'Or espagnol, dont se réclament encore les descendants des grandes familles juives "expulsées" de la presqu'île ibérique à la fin du 15è siècle, était l'apanage des cités symbiotiques jumelles, Fès et Cordoue, Ceuta et Lucena, Tétouan et Grenade, etc., qui en revendi­quaient à égalité le patrimoine culturel. 

 Les savants juifs maghrébins, c'est un fait notoire, ont souvent été les maîtres du judaïsme andalou. Les grammairiens et poètes que l'on considère comme les fondateurs de l'école espagnole sont originaires du Maghreb. Yehudah Ibn Quraysh de Tahert (9è siècle) était devenu célèbre par son épître aux juifs de Fès, véritable traité de grammaire comparée des langues sémitiques, dans laquelle l'auteur blâme ses correspondants pour leur négligence de l'étude de l'araméen dont il souligne l'intérêt pour une meilleure con­naissance de l'hébreu et de l'arabe, les engageant à respecter la tradition millénaire de lecture des targumim (paraphrases araméennes de la Bible.

 Trois linguistes des plus illustres, nés à Fès probablement où ils reçurent la science, quittèrent leur ville natale pour aller s'établir ailleurs, et principalement en Espagne qui offrait alors des conditions d'existence meilleures et où vivaient les mécènes et poètes Hasday Ibn Shaprut et Samuel Hanaguid; ce sont: Dunash ben Labrat, le premier à introduire l'usage du mètre arabe dans la poésie hébraïque; Yéhudah Hayyuj, encore appelé Abu-Zakaryah Yahia ben Dawd Al-Fasi, qui fut le maître du grammairien juif cordouan Abulwalid Merwan Ibn Janah, auteur du Kitab al-luma', dont M. Jastrow édita les oeuvres à Leyde, en 1897; Dawd ben Abraham Al-Fasi al-Qara'i, l'auteur du dictionnaire Kitab jami' al-alfaz, composé à Jérusalem entre 930 et 950, dont Skoss publia une version en 1936 et 1945.

 D'autres savants du lOè siècle natifs de Berbèrie, contribuèrent à l'essor et au développement de la langue et de la poésie hébraïques: Dunash ben Tamim, philosophe et grammairien, Jacob bar Dunash et Adonim bar Nissim Ha-Lévi, poètes de renom.

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