David Corcos Reflexions sur l'onomastique Judeo-Nord-Africaine-Jerusalem 1976-Zaoui-Wa'nono-Waknin- fin de l'article

Sfedj, Sfaj, nom de famille en Tunisie; nom patronymique attesté au Maroc du XVIe au XIXe siècle avec la graphie hébraïque בן אספאג׳ =ben Asfaj, ou ben Isfaj (Ysfaj): (a) en arabe maghrébin “Sfenj” = beignets; marchand de beignets se dit Seffaj; l’art du faiseur de beignets = taseffajt; (b) Sfej, village du djebel Nefüsa (Tripolitaine); (c) Isfunj est un mot arabisé du grec qui signifie éponge (Renaud, Colin, Tuhfat, 21); (d) Yjfash est un nom d’homme berbère; les Banü Yjfash vivaient dans la région de l’actuelle Casablanca au XIe siècle; ils furent chassés de leur habitat à la fin de ce siècle et cette tribu se retrancha dans la montagne du Fazaz (G. Marçais, Les Arabes en Berbérie, pp. 527-528, 533). Avant et après le XIIe siècle, il y avait de nombreux Juifs au Fazaz; la capitale de cette région montagneuse, Fazaz ou la Kalaa d’El-Mehdi ben Tawala Ijfeshi, était presqu’entièrement peuplée de Juifs. La ville fut détruite par les Almohades (cf. L’Afrique au XIIe siècle, tr. fr. Fagnan, p. 136).

 

Sicsu, Seksou, Sixo (סאקסו, סיקסו) n’apparaît pas sur nos listes rabbiniques; c’est pourtant le nom d’une famille bien connue au Maroc. Ce nom ne doit pas être confondu avec Sisso (בן סיסו), ni avec Chekchik, Zaksah et Sakseque de l’Algérie et de la Tunisie. Sicsu-Seksou-Sixo (Xixo des documents espagnols, voir ci-après) me paraît indiquer l’origine du nom de la tribu berbère de l’Atlas Occidental les Seksawa (Sixaoua, Saksawa, Sekçioua suivant l’orthographe des historiens et sociologues européens modernes): Seksü aurait-il été l'ancêtre éponyme des Seksawa? Les Berbères n’indiquent leur appartenance à cette tribu qu’en se faisant appeler Seksiwi, mais le nom d’homme (ainsi qu’il paraît l’être) Siksü- Seksü n’existe, à ma connaissance, que chez les Juifs. La tribu des Seksawa s’est toujours tenue à l’écart du mouvement almohade. Vivant dans une région de montagnes inaccessibles, elle a probablement donné refuge à tous les opposants de ce régime. Dès le milieu du XIIIe siècle et au XIV siècle, la puissance des Seksawa s'étendait à une bonne partie de l’Atlas et à tout le Sud du Maroc. Ils étaient devenus les champions de l’indépendance berbère contre les Mérénides. Ils avaient des relations suivies avec l’Espagne par le port d’Agous, sur l’embouchure du Oued Tensift, qui fut dans les siècles antérieurs le port d’Aghmat la juive (Agouz est la Couz de al-Bekri). Les Juifs avaient alors une influence considérable chez les Seksawa. Leur plus puissant aguellid (roi chez les Berbères) faillit même se convertir au Judaïsme: c’est ce que nous raconte Ibn Khaldûn qui fut presque le contemporain de cet aguellid (cf. D. Corcos, Séfunot X [1966] pp. 88-89 et notes 179, 180). Astruc Jacob Xixo de la ville de Tortose mourut en 1283 ou 1284; grâce à son influence, le haut rang qu’il avait occupé et son immense fortune, il avait été un des Juifs les plus puissants du royaume d’Aragon; les biens qu’il laissa à son fils Abraham Xixo furent placés sous séquestre par ordre de Pedro III (cf. Régné, passim). Depuis lors, on ne voit plus de Xixo en Espagne. La famille Sicsu ne prit de l’importance dans les temps modernes que lorsque Abraham Sicsu devint un des principaux hauts-fonctionnaires du Makhzen au début du siècle dernier. Ses descendants, fixés à Tanger, jouèrent un rôle dans la politique européenne au Maroc.

 

Sunbal, aben-Sunbal (אבן סונבל) Sunbol est le nom arabe d’une épice selon les uns, de trois sortes de plantes selon d’autres. Sunbal, aben-Sunbal est le nom d’une famille illustre établie seulement au Maroc depuis 1492 et éteinte vers 1850 par la mort de ses derniers membres à Hambourg.— Ihuda Abenxabal, almoxerife de Séville, avait dans cette ville la “Sinagoga de Alcoba” qui était au XIIIe siècle un magnifique monument; Isaac Xambell et sa femme furent convertis de force en 1391; les Sunbal- Abenxabal-Xambell se partagent entre Séville et Valence et appartiennent à l’élite juive dans ces deux villes (cf. Baer, t. I, pp. 379, 481 sqq., 494, 707-711; t. II, p. 50). En 1493, la famille se réfugia au Maroc où elle devait jouir d’un grand prestige; Nahman aben Sunbal fut un des leaders des expulsés au Maroc; parmi ses descendants, il y a de nombreux érudits, rabbins ou diplomates; à la fin du XVIIIe siècle Samuel Sunbal fut le secrétaire du sultan Muhammad ben Abdallah et son ambassadeur au Danemark.

 

Vilhalom (בילאלון, בילאלום), ethnique de nom de lieu; Vilhalom est l'espagnol Villalon; l’aljama de Villalon de Cainpos, dans la Province de Valladolid était riche; entre 1474 et 1491, elle fut frappée de lourdes contributions (Suarez Fernandez, p. 72). Après 1492, la famille ou les familles Villalon-Vilhalom vécurent longtemps au Portugal, peut-être comme “Juifs-cachés”. Après 1578, un Vilhalom fut un des principaux négociateurs juifs chargés du rachat des Portugais, prisonniers au Maroc après la bataille des Trois-Rois. Il rendit de grands services et quitta le Maroc pour l’Italie; mais sa famille était restée à Fès (cf. Jéronimo de Mendoça, Jornada de Africa, passim). D’autres membres de cette famille s’établirent en Algérie. Leur nom y fut déformé: de Belalloum d’abord, on avait fait Lalloum, un nom arabe(! ), mais phonétiquement français.

 

Villalobos (ביאלובוס), ethnique de nom de lieu: Villalobos dans la Province de Léon. Cette aljama dépendait de celle de Valderas. En 1689, à Fès, un important marchand de cette communauté, Joseph Villalobos, eut un procès difficile avec Joseph Ben-Chelouha, descendant d’Israël Ben- Chelouha, un des Envoyés de Moulay Zidan aux Pays-Bas en 1617.

 

Wahnish (ווחניש), Oihnich, Ouahnich, Guanish etc.: deux noms différents maintenant confondus; (a) ethnique de nom de lieu, Wahanis, localité arabe de la Province d’Alméria en Espagne, aujourd’hui Ohanès: Abu Merwan ‘Add al-Malik al-Wahanisi (=originaire de la ville de Wahanis), mystique du XIIP siècle qui a surtout vécu à Ceuta (cf. El-Maqsad, tr. G. S. Colin, pp. 88 sqq.). Les Juifs qui avaient pris le nom de leur ville d’origine, Wahanis, ne s’appelaient pas comme les Musulmans Wahanisi comme les Juifs Djian (=Jaen) ne s’appelaient pas Djiyani comme les Musulmans originaires de la même ville. Par contraction, Wahanis était devenu Wahnis; enfin, à cause de la ressemblance avec le nom Ou-Hanish, sûrement plus répandu en Afrique du Nord, le s final s’est transformé en sh; (b) Hanish et Hannash sont des noms d’hommes berbères. Chez des Juifs autochtones de la Berbérie, il y a aussi Bou-Hanish.

 

Wahnun, Wahnoun. Ou-Hanun, Uanun etc. (ואחנון) : c’est le nom d’homme Hanun (=Hanoun=lat. Hanon) avec l’indice de filiation berbère Ou. Les Hanun ou Hanon étaient nombreux à Carthage et quelques-uns sont fort célébrés. Il y en avait naturellement en Phénicie; mais la Bible ne connaît que deux Hanon: un roi d’Amon, ennemi de David et un Juif, habitant de Jérusalem qui n’était pas parti en captivité, cité par Néhémie. Dans le Talmud de Jérusalem, il n’y a qu’un “Rabi Hanon” qu’on ne cite qu’en tant que pere de R. Simon. Après ces exemples, je n’ai pas su trouver un seul Hanon en Orient. Par contre, il y en a, et assez nombreux, chez les Juifs comme chez les Musulmans de l’Afrique du Nord. Il y en avait egalement en Espagne: par exemple le poète sévillan Ibn Hanun al-Ishbili (Makkan, Analectes II, 139) et le juif Maestre Hanon que l’infante de Navarre favorisa d’une rente en 1413 (Baer, t. I, p. 1002). C’est là, à mon avis, une des suites de l’antique empreinte de Carthage en Afrique du Nord.

 

Wa nono (ואענונו), ou ‘Anounou etc. est l’équivalent de l’arabe Ben-Nono dont il est la forme berbère, originale. Le ע n’est placé au milieu de ce nom que pour une question de phonétique. Nono ou bien Nounou a été et est encore le diminutif du prénom Nissim chez beaucoup de Juifs de la Berbene; c’est pourquoi on ne trouve pas de Wa’nono, ni de Ben-Nono chez les Musulmans de ces pays. En Tunisie, l’ancienne Ifrikiya des Arabes qu ils ont orientalisée bien avant les autres parties de l’Afrique du Nord et la mieux arabisée, on trouve des Ben-Nono: l’interprète juif d’un ambas­sadeur du roi d’Aragon à Tunis en 1329 s’appelait Maymo ben Nono (Dufourcq, p. 506, n. 5). Le nom de famille Wa’nono, nom patronymique était localisé au Maroc, à l’Anti-Atlas et le Sous, terre berbère par excellence. Au début du XVIII׳ siècle, Isaac, son fils Abraham et son petit- fils Isaac Vanono, originaires du Sous et venant d’Agadir, s’établirent à Londres probablement comme marchands de pierres précieuses; Salomon ben Abraham Veanono, auteur et rabbin, originaire du Sous lui aussi, s’établit à Venise.

 

Wa'qnin, Waknin, Ou-‘Aknin (ואעקנין-וואעקנין) avec l’indice de filiation berbere Ou auquel Abensur-Coriat ont encore ajouté ben (בן וואעקנין = ben Ou ‘Aknin). Anciennement, il y avait Ibn ‘Aknin quelque peu arabisé, mais seulement à cause du ibn; dans la liste des noms de famille juifs à Tanger, il y a Bouacnin בו עקנין = Bou ‘Aknin). Comme Wa’nono, Wa 'knin est un nom patronymique uniquement judéo-berbère. Il n’a pas existé chez les Musulmans. Voir ci-dessus, pp. 3 sqq.

 

Zagury, Zagouri, Azaguri etc. (זגורי, אזאגורי) est encore un nom de famille qui a plusieurs origines. C’est, plus exactement, le nom de plusieurs familles differentes les unes des autres: anciennement, il y avait probablement les Seguri, originaires de Següra en Espagne musulmane, ville encore importante aujourd’hui; des Zagüri, originaires de Zegûra, ancienne capitale détruite de Fazuata (voir Al-Fazuati) et non de Zagora, localité moderne du Maroc Oriental; des Zaggouri. originaires d’une tribu disparue, les Ait Zeggour ou les Bem Zaggour dans le Haut-Atlas, chez les Haskura; une famille Azzagun qui avait peut-être pris le nom d’un ancêtre lointain Azzügür ou bien Azzagür (nom d’homme berbère au XIh siècle —cf. Lévi-Provençal. Documents, p. 52). A un certain moment, tous ces noms se sont confondus.

 

Zaoui, Zawi, Azaoui etc. (אזאוי, בן אזאוי): plusieurs familles juives de 1 Afrique du Nord portent ce nom qui est suivant les cas un nom d’homme arabo-berbère, un ethnique de nom de lieu ou le mot arabe qui désigne le benjoin.

En l'année 983, les enfants de Ziri ben Mennad, savoir Jelala, Mksen ou Maksan, et Zawi, frères de Bologgin, passèrent en Espagne. Zawi fut le premier souverain ziride de Grenade.

Zaoui-Zawi, Azzawi=l’homme de la Zawiya. Chez les Musulmans, une Zawiya est une sorte de couvent. — Le premier sultan alaouite, Moulay Rachid, après avoir détruit la Zawiya de Dila, fit transporter à Fès les nombreuses et riches familles juives de cette localité. Beaucoup de ces familles prirent alors le nom de Zawi-Zaoui (=originaires de la Zawiya-de Dila-).

al-Jawi qui est arabe, désigne le benjoin et signifie exactement “le javanais”. Le mot benjoin provient de (al- lu)ban Jawi. Le mot a pris, au Maroc, le sens général de “parfum à brûler” (cf. Renaud, Colin, Tuhfat, 13) et par extension, chez les Juifs de ce pays, “celui qui sent bon”.

 

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