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Joseph Dadia-Le chaudron de cuivre-le pain et le sel-Premiere partie

P R E F A C E

 

    Je publie pour la première fois deux textes écrits en mars 2001 à Bourg-la-Reine (Hauts-de- Seine) où j’ai résidé plusieurs années avec mon épouse Martine et mes deux enfants Olivier Ram et Samuel. C’est une ville pavillonnaire dans le voisinage du Parc de Sceaux et à 6 km de la Porte d’Orléans. Et une station de métro à deux pas de notre domicile pour être en peu de temps au Quartier Latin.

Ces deux textes donnent une idée de l’histoire de la famille Dadia.

C’est une autofiction, terme qui n’est plus employé de nos jours, mais que j’ai gardé dans ma mémoire.

La famille Dadia a été expulsée d’Espagne en 1492, et elle est venue avec d’autres familles s’installer dans le Haut-Atlas à Taourirt de l’Ouarzazate. Ces Juifs expulsés d’Espagne ont acheté toute la région au Sultan de l’époque. Je précise que cette immense région de montagnes n’avait pas été habitée auparavant. Ces familles n’ont pas voulu aller à Fès, à Marrakech et dans d’autres villes de la côte ou de l’intérieur.

Je ne rentre pas dans l’histoire événementielle. Ce n’est pas le thème de cette monographie

Je n’ai plus revu ces deux textes depuis mars 2001. 

Joseph DADIA

Kervenic-en-Pluvigner

14 juillet 2020

Le chaudron de cuivre

Stell dnhass

 

L’âne s’arrêta sous les branches odorantes d’u, chêne ballote, le Querçus Bellota des spécialistes, au bout d’un sommet du Haut-Atlas, surplombant un paysage bucolique. L’enfant, calé sur la croupe de l’animal, en profita pour cueillir quelques glands de l’arbre. La petite sœur, qui conduisait l’âne, caressa son frère et mit dans sa poche les fruits qu’il venait de lui tendre.

A peu de distance, suivaient le père, la mère et deux autres enfants, emboîtant le pas à trois mulets qui croulaient sous leur charge. La cadette tenait solidement dans sa main droite un chaudron de cuivre, unique souvenir ancestral.

La famille profita de cette halte impromptue pour prendre un peu de repos et se désaltérer, à l’ombre du grand chêne, d’une eau fraîche emportée dans une peau de chèvre de leur village natal, Taourirt de l’Ouarzazate.

Trésor légué de génération en génération par les descendants de Shawil Dadia el Kbir, le fondateur de la famille.

Ma famille descendrait du Roi Shaoul de la tribu de Benjamin, tribu réputée  pour ses rébellions et son bellicisme envers les autres tribus, lesquelles se liguèrent un moment contre elle pour la faire disparaître d’Israël. Mais ce ne fut pas le cas, heureusement.

Dans la famille Dadia, les aînés portent toujours le prénom Saul. Le jour de ma circoncision, mon père m’a appelé Saul et ma mère Joseph. Ma mère, née à Marrakech, en tant que farouche citadine qu’elle a toujours été, s’est opposée au prénom Saul, le considérant comme le prénom des montagnards. Mon prénom Joseph, je le dois à Rabbi Yossef Pinto Zal, qui a quitté définitivement Marrakech pour venir à Taourirt de l’Ouarzazate où il est enterré.

 Epris de leur liberté et farouches de leur   indépendance, tout comme leurs ancêtres, les Dadia ont pérégriné de pays en pays après la chute de Jérusalem par les Romains. Chassés d’Espagne, ils se seraient installés dans la vallée de l’Ouarzazate, dans la localité qui portera plus tard le nom de de Taourirt, avec dix autres familles, et y fondirent une Communauté, disparue vers la fin des années 1920.

Je dis toujours Taourirt de l’Ouarzazate car il existe un autre Taourirt dans Le Nord du Maroc.

Le terme taourirt indique un monticule.

En ma qualité d’aîné d’une fratrie de six garçons et une fille, mon père me remit ce chaudron qui a trouvé sa place dans l’âtre de notre chaumière bretonne. Martine le remplit des cendres des bûches qu’elle brûle pour chauffer la maison vers les derniers jours de l’été.

Ma grand-mère paternelle Esther Bar-Hanine, fille d’un Rabbin et sœur d’un Rabbin, m’a raconté l’histoire de ce chaudron, un jour de Chavouot, la Fête des Semaines. Nous étions chez des oncles de mon père dans leur maison de Fédala. Il y avait dans la cour carrelée de zelliges un puits. Cela leur a pris de faire des batailles d’eau mémorables. Ils étaient tous de grands gaillards, haut de taille, et formidablement musclés.

Boby, le chien du petit Babaqo, revenait d’une longue escapade, heureux de revoir son jeune maître, qui lui tendit  un morceau de friandise pour apaiser son ardeur et son impatience.

L’enfant tira de l’une des hottes de l’âne un petit joué  qu’il avait fabriqué  à  partir d’un bout de palme. Il le regarda un court instant et le déposa près de lui sur le bout d’une étoffe qui séparait les deux hottes de l’âne. Une nuée d’oiseaux passa tout près de l’âne, en frôlant de leurs ailes les épaules de l’enfant. L’enfant s’émerveilla à leur passage et essaya d’imiter leurs chants. Il suivit de son regard leur vol jusqu’à l’horizon. Revenant à lui, Babaqo prit dans la paume de sa main droite un cédrat qu’il colla à son nez et semblait heureux de sentir le parfum de cette pomme d’or. La petite sœur Biba, sortant de sa rêverie, contempla un moment son frère et l’aida à glisser le long du flanc de l’âne. Elle  lui remit dans un petit sac une poignée de glandes du fruit bellotte. L’aînée Izza et sa puinée Zhor s’activaient  autour d’un kanoun de fortune pour réchauffer de l’eau pour le thé. La mère des enfants, magnifique dans ses vêtements de juive berbère, l’allure fière, un bâton à la main, lança un regard doux empli d’une tendresse infinie vers son petit benjamin qui s’élança vers elle. Elle le rattrapa dans son giron et noya son visage angélique de caresses et de baisers dans un transport de joie. Le père Shawil suivait la scène tout en se réjouissant de ce qu’il voyait autour de lui. Tout respirait en lui la bonté, l’intelligence et le raffinement.  La qualité et la tenue de ses vêtements laissaient paraître que l’homme était d’une rare distinction. Tout  lui en respirait la noblesse et la tendresse. D’un simple geste, il fit comprendre à son épouse et ses enfants que c’était l’heure de la prière de l’après-midi, minha.

 D’une main sûre il sortit de sa djellaba son livre de prières. A l’ombre d’un arbre, il psalmodia d’une voix mélodieuse les bénédictions avec concentration et recueillement. En ces instants de ferveur et de méditation, la paix et la sérénité descendirent sur terre.

Il lit le Psaume 84 : « Au chef des chantres sur l’instrument Ghittith. Psaume pour les enfants de Korah.

« O que tes demeures sont gracieuses,

Eternel, maître de l’univers !

Mon cœur soupire, languit,

Après le parvis de ton temple ;

Là où le cœur  et l’esprit

Célèbrent le D.ieu vivant.

L’oiseau a trouvé sa demeure,

L’hirondelle un nid

Pour y placer ses petits ;

Moi, j’ai trouvé tes autels,

Eternel, mon Roi et mon D.ieu.

Heureux ceux qui habitent ton temple,

Ils Te louent sans cesse, Sélah !

Heureux ceux qui se confient à toi !

Hommes de cœur, leur sentier est droit.

Ils traversent la vallée des larmes,

La transforment en source d’eau vive ;

Et la pluie d’automne est bénie pour eux.

Ils marchent de triomphe en triomphe,

Jusqu’à ce qu’ils arrivent devant D.ieu à Sion.

Eternel ! Maître de l’univers, agrée ma prière,

De grâce écoute-moi, D.ieu de Jacob.

Veille sur notre bouclier, ô mon D. ieu !

Et protège ton Meschiach.

Mieux vaut un jour  dans ton parvis,

Que mille partout ailleurs ;

Mieux vaut le seuil de ta maison, mon D. ieu !

Que la demeure fastueuse du crime.

Car l’Eternel est notre salut, notre bouclier ;

Il donne la grâce, les honneurs,

Ne refuse rien à ceux qui suivent sa loi.

Eternel ! ô maître de l’univers,

Heureux celui qui met sa confiance en toi !

Il s’agit d’une belle et émouvante traduction, dont j’ai oublié le nom de l’auteur. Qu’il me pardonne.

Le père Shawil entame après ce psaume la prière des dix-huit bénédictions qui est récitée debout in petto : Ô Éternel, notre  D. ieu ouvre mes lèvres, et que ma bouche dira tes louanges.

L’époque était après les Fêtes de Tichri. C’est l’automne, le ciel bleu et l’air embaumé. Les cèdres de l’Atlas en fleurs et les oiseaux qui chantent.

Ceci  n’est que la maison du Seigneur et c’est ici la porte du ciel selon les mots de la Tora, Genèse 28 :17.

Izza et Zhor contemplaient avec révérence chaque mouvement et chaque dandinement de leur père, et attendaient tranquillement la fin de la prière pour servir du thé  à la menthe avec des dattes en guise de sucre et quelques galettes.

La famille, dans la précipitation de son départ forcé et imposé de sa maison, de ses meubles et ses biens fonciers, a oublié de prendre dans ses bagages les pains de sucre et tout le nécessaire pour ses besoins et ses approvisionnements au quotidien. Le chef du village à l’origine de ce départ, un imposteur impitoyable et autoritaire, un individu sans foi ni loi, soi-disant pieux et croyant. Il a agi par ruse et  par convoitise, sans en référer au Conseil local al-jama’a.

Imma. Sti, entourée de ses enfants et des amis, heureuse d’être  dans son vaste et confortable demeure, a vu arriver son époux accompagné de deux moqaddem. Elle a vite compris le message. En quelques heures, tout était prêt pour le grand départ vers l’inconnu et pénible voyage, sans destination définie. L’arbitraire imposait sa loi avec tyrannie. Pour cette famille de juifs, c’était l’exil dans l’Exil. En l’espace de quelques heures, cette famille de notables se trouva expropriée, démunie, dépossédée de ses biens fonciers, sans aucun appui  ni défense. Sans jugement. Sans recours. Le père Shawil, sa sainte et vénérée épouse Imma Sti, descendante d’une lignée de Rabbins, et leurs enfants, ont pris la route du bannissement.

Les Lamentations 3 :38 : « N’est-ce pas de la bouche de l’Eternel qu’émanent les maux et les biens ?

Le tintement d’une clochette annonce l’arrivée d’un troupeau de brebis que conduisait un pâtre de dix années passées, secondé en cela par deux sloughis vigoureux et vigilants.  Shawil et sa famille sortirent de leurs préoccupations et accueillirent le jeune berger par des salutations habituelles et le convièrent à participer à leur repas improvisé.  D’autres troupeaux passèrent. Ce qui anima le coin à l’approche du crépuscule. Des jeunes filles, des cruches sur leurs épaules se hâtèrent vers la source toute proche pour puiser de l’eau fraîche et limpide. L’endroit était en activité, des chameliers et des cavaliers étaient déjà sur place en train d’abreuver leurs animaux.

Imma Sti, avec l’aide de ses filles, installa pour la nuit une nouala, une simple hutte en branchages entourée d’une zrîba, haie épineuse pour protéger le sommeil de la famille des mystères de la nuit. Le père Shawil, de son côté, entreprit la construction d’un enclos de fortune, mais sûre,  pour les mulets et l’âne, sur lesquels veillera le bon et vaillant Boby. Un feu de camp est resté allumé toute la nuit grâce à des fagots offerts par des bûcherons qui passaient par là. Le feu de bois chassait les ténèbres d’une nuit sans lune, en éclairant le petit campement. Les malheureux spoliés et leurs bêtes pouvaient dormir de leur sommeil de justes.

Tous les hameaux et douars de la palmeraie de Tifoultout savaient que Shawil et sa famille de Taourirt passaient la nuit à la belle étoile. Shawil était connu et estimé de tous les villageois et ksouriens des alentours. Ils réprouvaient tous la décision inique d’avoir éloigné Shawil et sa famille  de leurs biens meubles et immeubles.

Dans la nuit, Shawil s’était levé pour éloigner à l’aide d’un brandon encore en ignition un renard qui rôdait par là. Un hérisson avait trouvé un gîte pour la nuit dans le chaudron de cuivre. C’était d’un bon présage.

Dès le point du jour, Shawil se leva et procéda à ses ablutions rituelles. Il entama la prière du matin, shahrit : « Sois béni Eternel notre D.ieu,  Roi de l’Univers, qui délivres mes yeux du sommeil et mes paupières de l’Assoupissement. Tu es à jamais Tout-Puissant, Seigneur. Tu ressuscites les morts et tu es prêt pour nous secourir. Tu commandes les vents et tu fais tomber la pluie. Par Ta grâce, tu nourris les vivants, êtres humains et animaux ».

 Il s’enveloppa de son châle de prière et noua les phylactères sur son bras gauche au niveau du cœur et sur son front.

Il pria sous le belotta en pensant au chêne majestueux sous lequel Débora, la nourrice de Rébecca fut ensevelie et qu’on a appelé du nom de Chêne-des-Pleurs, Genèse 35 :8. La Bible hébraïque et le Talmud accordent une place de choix, considéré comme l’une des dix espèces du Cidrus libani, dont le nom vernaculaire est érez d’origine sémitique, Isaïe 41 :19.

Des connaissances et amis de la famille apportèrent pour le repas du matin des œufs durs, des olives, des dattes, du sucre, du lait, du beurre et des crêpes fines, moufléta, cuites sans lait et sans œufs. Après le petit déjeuner, la famille avait repris des forces pour reprendre la route.

Les pistes que la famille traversait n’avaient pas encore subies les premiers assauts de la pluie d’automne. Certaines cimes commençaient à blanchir d’une neige poudreuse. Dans le lointain, apparaissent hauts sommets de Drar en Deren coiffés de neige éternelle.

Le petit Babaqo, juché sur son âne sous l’œil protectrice de Biba, récoltait d’autres glands doux du chêne bellotte. Boby était près de l’âne, remuant de bonheur et poussant par saccades des aboiements étouffés, pour signaler à l’âne de ne plus bouger, tant que le jeune maître est accrochés aux branches de l’arbre.

Vers le coup de dix heures, la petite caravane s’ébranla et prit un chemin de traverse pour atteindre par un raccourci ombragé, avant le crépuscule la casbah de Tikirt, deuxième état de leur pérégrination depuis Taourirt. L’âne et les mulets cheminaient un tantinet guillerets, mais à pas sûrs, rendant ainsi agréable la traversée de cette piste de montagne, tracée par les pas de l’homme et des bêtes depuis des siècles.

Zhor tenait fermement dans sa main le chaudron et semblait parler à elle-même.

Des champs de maïs et de blé et le vert de fèves à peine sorties de terre s’étendaient à perte de vue dans les hautes vallées de la montagne, encadrant un chemin muletier, et que le vent d’automne  rebrousse et moire. L’atmosphère était limpide et  le bled offrait aux passants des paysages d’une merveilleuse grandeur, parfumés de lavande. A l’horizon, les lignes de crête sont couronnées de neige et les villages semblent s’accrocher sur le flanc de la montagne, protégée par un long et étroit ravin.

Tikirt faisait partie d’une constellation de communautés juives de l’oued Ouarzazate et de sa palmeraie : Temasla, Aït Gjeb, Tammaz, Aït Aïcha et Taourirt.

A Taourirt, vivaient au début  du 20ème siècle, parmi la population, dix familles juives, et, parmi elles, celle de Shawil, dont la présence en ces lieux remonterait à l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492. D’autres familles expulsées d’Espagne à la même époque se sont établis dans la vallée du Todgha, à Asfalo et à Tinghir/Tinhir. Les mellahs de Tinhir et d’Asfalo étaient proches l’un de l’autre. Le mellah de Taourirt se trouvait à 150 kilomètres au sud d’Asfalo, Tinhir étant plus au nord.

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