ארכיון יומי: 21 באוגוסט 2022


Le légendaire Raïssouli y avait été enfermé..David Bensoussan.

il-etait-une-fois le Maroc

RAÏSSOULI

Beaucoup de ceux qui revenaient autrefois d'une visite de l'île de Mogador revenaient avec des récits et des descriptions emplis de mystère. De quoi en retournait-il?

Les visiteurs décrivaient l'île, ses murailles et ses canons, ses nombreux lapins, mais surtout des tessons de cruches et de restes de squelettes de ce qui fut autrefois une prison. Beaucoup de personnalités célèbres y passèrent. Mais rien ne donnait autant de frissons que l'évocation du célèbre Raïssouli.

Le légendaire Raïssouli y avait été enfermé…

À la fin du XIXe siècle, le rebelle Bou Hmara n'était pas la seule cause de souci au pouvoir du sultan : les Berbères rifains du Nord marocain ne connaissaient souvent d'autre loi que celle de leur long fusil. Ces montagnards rebelles faisaient fi de l'autorité du sultan, de ses caïds et des canons des vaisseaux européens. Parmi eux s'était démarqué un chef indomptable, entré dans la légende de son vivant : Moulay Ahmed Er Raïssouli qui se prétendait être le descendant véridique de l'ancienne dynastie royale des Idrissides, et de ce fait, de la lignée du prophète Mahomet. Sa spécialité : le rapt d'étrangers dans le Nord du Maroc. Il fut à la source d'incidents multiples sur la scène internationale. Prétendant agir pour libérer le Maroc de la tutelle des étrangers, si ce n'est pas de l'abus des troupes du sultan, ce personnage jouissant de l'aura de chérif fut tout à la fois un mélange de révolutionnaire, de brigand des grands chemins, de despote, d'escroc et de hors-la-loi. Pendant quelques années, soit de 1889 à 1894, il fut incarcéré dans la prison de la Kasbah de Mogador et on dit qu'il y resta enchaîné à la muraille sans pouvoir se coucher. Il s'en sauva, fut capturé, rossé, et emprisonné à nouveau, mais dans la prison de l'île de Mogador cette fois-ci, avant d'être gracié par le sultan Abdel'aziz. Il se construisit un palais dans le style maroco-andalou à Arzila.

Il s'assagit alors?

Que non ! Incurable et récidiviste, il reprit ses activités lucratives de rapts, dont Walter Harris, correspondant du Times londonien. Lorsque le beau-frère de Raïssouli décida de prendre une seconde épouse, il trouva sa seconde épouse et sa mère égorgées la veille de la nuit de noces. Un rival avait capturé un cheikh opposé à Raïssouli. Celui-ci le racheta pour 1500 $ pour le décapiter devant le seuil même de sa maison.

La troupe eut raison de lui?

Raïssouli fut le plus redouté de tous les brigands du début du XXe siècle. Plusieurs expéditions militaires furent dirigées contre lui. Il réussit presque à chaque fois à s'échapper de façon surprenante. Quand des émissaires se rendaient pour négocier la libération d'otages, Raïssouli les en faisait captifs. Cela ne faisait qu'augmenter les rançons exigées. En 1906, les États-Unis envoyèrent un navire de guerre à Tanger, pour libérer un otage naturalisé américain du nom de Perdicaris. La même année, à la convention républicaine à Chicago, des membres du parti républicain affichaient le slogan : « Perdicaris vivant ou Raïssouli mort.» Raïssouli consentit à libérer son otage américain Perdicaris aux mains du gouvernement marocain qui lui versa une rançon exorbitante (70 000 dollars) et qui de surcroît lui donna le titre de Caïd de la région de Tanger. Méfiant, Raïssouli dépêcha un suppléant qui agit comme bon lui semblait. Puis Raïssouli encouragea un de ses acolytes du nom d'Ould Barian à prendre par surprise la ville d'Arzila. Ces agissements de Raïssouli firent l'objet de menaces de débarquement des Français et des Espagnols et Raïssouli ne fut que trop heureux de reprendre la ville à la demande d'Abdelaziz, d'autant plus que son ancien protégé avait développé des goûts d'indépendance. Il prit toutefois la précaution de forcer ses habitants à exprimer officiellement le vœu de le voir être nommé leur pacha !

Il ne craignait personne?

Non, et il n'en faisait qu'à sa tête. Il apparut à la fête donnée par le caïd de Bakhrein (non loin de Tanger) en l'honneur du mariage de son fils et lui trancha la tête pour le punir d'avoir été rendre hommage au nouveau pacha de Tanger. Le journaliste anglais John Stick du Light, servait parfois d'intermédiaire à Raïssouli. Il négocia la libération du journaliste anglais Perry du Daily Dispatch, contre mille livres. Il fut lui- même enlevé et libéré contre sept mille livres sterling. Or, ce joueur invétéré qui avait perdu des sommes énormes au jeu, sembla baigner subitement dans la prospérité une fois libéré de sa condition d'otage. Les Tangérois commencèrent à se méfier de lui et de l'authenticité de son enlèvement. John Stick fut de nouveau à sec et de nouveau pris en otage. La rançon exigée de dix mille livres sterling ne vint jamais. Raïssouli relâcha John Smith après lui avoir coupé les oreilles.

En 1906, le corps diplomatique entreprit une démarche collective pour protester contre la tyrannie de Raïssouli. Le sultan Abdelaziz destitua Raïssouli de ses fonctions de pacha d'Arzila et envoya ses troupes brûler son village Zanut situé à une vingtaine de kilomètres de la ville Tanger. Raïssouli s'en prit à un autre otage et ami intime du souverain Abdelaziz, MacLean, anglais celui-là, qui fut libéré par en échange de 20 000 Livres anglaises en 1908. Raïssouli avait également exigé et obtenu de devenir protégé anglais pour échapper à la juridiction du Makhzen. Il se présenta à la capitale Fès, rendit les 20 000 livres au nouveau souverain Moulay Hafid et devint le pacha d'Arzila.

Les choses changèrent-elles quand le Nord du Maroc fit partie du Protectorat espagnol?

Loin de là. Durant le protectorat espagnol, Raïssouli fut décoré. Mais il se retourna contre les Espagnols lorsque ces derniers offrirent la fonction de pacha d'Arzila à une autre personne. Près de 40 000 hommes de troupe furent réunis pour le capturer, mais en vain. Raïssouli entra en contact avec les Allemands en 1914. Selon Walter Harris, auteur de Morroco that was, Raïssouli se serait proclamé sultan durant la Première Guerre mondiale. Une autre attaque frontale des Espagnols échoua lamentablement en 1919 et il fut déclaré hors-la-loi par les Espagnols en 1922. Cette résistance encouragea certainement les Rifains qui, sous la direction d'Abd El-Krim, se soulevèrent massivement contre les Espagnols. Mais Raïssouli ne reconnut jamais l'autorité d'Abd El-Krim qu'il considérait comme un rival. Il mourut en 1925, peu de temps après son arrestation ordonnée par Abd El-Krim.

Ce « sultan des montagnes » n'en aura fait qu'à sa tête. On lui attribue la citation suivante : « Les Berbères sont mes serviteurs, les Espagnols sont mes esclaves. Les Français sont mes ennemis, et les Allemands sont mes alliés.» Ce personnage a marqué son époque au point où, dans son ouvrage Le Maroc inconnu, Auguste Mouliera écrivit : « A-t-on jamais vu un Rifain mourir de mort naturelle? Tous périssent par le fer ou les balles. » Le Marquis de Segonzac, auteur de l'ouvrage Voyages au Maroc disait de Raïssouli : « C'est le plus redoutable rafleur de troupeaux et massacreur de bergers. Il acquiert ainsi, de bonne heure, un renom d'audace, de cruauté et de richesse, qui est l'auréole des grands aventuriers.»

Le film Le lion et le vent datant de 1975 retrace les grands moments de Raïssouli dont le rôle est joué par l'acteur Britannique Sean Connery.

Le légendaire Raïssouli y avait été enfermé..David Bensoussan.

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Le rocher d'origine-Haim Shiran (Shkerane)&Fabienne Bergman-Le Juif Arabe  

Le Juif Arabe

J' AVAIS DIX-SEPT ANS et nous habitions encore dans l’ancien mellah. Je venais de quitter mon emploi de tailleur chez Elie Messas. J’étais pourtant doué pour le métier, m’avait dit ce dernier avec regret. Mais si j’ai abandonné cette carrière sûre, je n’ai pas pour autant rejeté ce que j’avais appris et ma vie durant, j’ai usé de mes compétences en la matière. J’ai ainsi cousu la robe de mariée de ma défunte femme, Vicki, et aujourd’hui encore, il m’arrive de faire des retouches pour moi ou mes proches. J’ai donc changé de métier et de vie en entrant à Minerva, entreprise de peinture et de construction. Hadj Brahim, le propriétaire, m’avait engagé pour tenir son office. Il s’agissait d’un magasin de deux pièces. La pre­mière était un bureau avec table, téléphone, machine à écrire et aussi une armoire pour les dossiers. La seconde servait à entreposer le matériel de peinture et les colorants. Il y avait aussi une immense cave où étaient rangées les grandes boîtes de peinture et les échelles. J’avais été engagé pour recevoir les coups de téléphone, fixer les ren­dez-vous avec les architectes et marquer les heures de tra­vail des ouvriers. A mon arrivée, ceux-ci n’étaient pas très nombreux, une vingtaine tout au plus. Ils seront une centaine quand je quitterai l’entreprise pour aller à Paris, six ans plus tard. Je devenais donc un peu téléphoniste et un peu scribouillard. C’était bizarre de passer de l’aiguille au stylo. Je n’avais aucune préparation pour ce métier, en dehors des quelques mois où j’avais travaillé aux halles de la médina de Meknès, après mon certificat d’études, vers quatorze ans. Je consignais alors les mouvements des mar­chandises et enregistrais les ventes de caisses de légumes et de fruits. Je devais me lever aux aurores pour arriver au travail à cinq heures du matin. Les halles n’étaient pas loin de l’ancien mellah et j’y arrivais tous les matins en cou­rant. Ma pauvre maman se levait avant moi pour me pré­parer à manger et j’avalais tantôt ce migaz, sorte de brouet que le paprika généreusement versé rendait rouge, dans lequel on trempait du pain sec car on ne pouvait se per­mettre de jeter la moindre miche tantôt du smid, bouillie de semoule toujours très chaude, à l’huile et au safran. Ce smid se vendait d’ailleurs à chaque coin de rue du mellah et de la médina. Certains matins, je m’arrêtais dans ma course pour acheter quelques sfenz, ces beignets arabes troués, frits dans d’immenses poêles, que le marchand enfilait avec du raphia et dont je n’ai nulle part retrouvé le goût.

Les premiers mois chez Hadj Brahim, je n’avais pas grand-chose à faire. Je me rappelle avoir passé des heures entières devant des pages blanches que je remplissais fébrilement, puis jetais avec dépit avant d’essayer ma main sur d’autres feuillets vierges, tentant en vain de trouver une signature. Quand le panier à papier regorgeait de papiers froissés, je le vidais, prenais un autre bloc et conti­nuais mes gribouillis pour trouver la griffe idéale qui serait digne d’être mienne. Ces exercices fébriles de pleins et de déliés furent finalement un investissement à long terme, puisque j’ai conservé la même signature jusqu’à ce jour.

En l’apposant, il m’arrive encore aujourd’hui de me remé­morer ce bureau où je fis mes débuts dans la gestion. Outre mes exercices calligraphiques, la marche des affaires me permit aussi de préparer mon baccalauréat par corres­pondance et de potasser des cours de métreur et de comptable.

Hadj Brahim était noir de peau, grand et bien bara­qué; il devait mesurer près de deux mètres. Il était très aimable avec tout le monde et c’était un bon vivant. Il savait raconter des blagues dont il riait lui-même le pre­mier, à gorge déployée. Plus que tout, il aimait les réunions mondaines et il se targuait toujours de ses ren­contres avec des ministres, des chefs de cabinets ou autres personnalités. Comme il est de coutume au Maroc, il distribuait beaucoup de cadeaux avec une largesse qu’il ne manifestait pas toujours envers ses subordonnés. Il avait deux femmes et plusieurs enfants que j’apprendrais à connaître petit à petit. L’un d’eux, jeune blond de mon âge, venait parfois m’aider au bureau. Un autre fils, aussi basané que son père, était aviateur.

Hadj Brahim était à la tête de Minerva, petite société qui devait prospérer à mesure que je m’y investissais. J’apprenais la gestion et la comptabilité et à l’occasion, je m’essayais au métier de peintre. Je mettais aussi de temps en temps la main à la pâte sur le terrain et visitais les chantiers sur lesquels nous travaillions. Nous peignions nombre d’écoles et d’administrations J’ai dormi bien des lois à la belle étoile avec les ouvriers, surtout dans le Sud, dans ces régions où le climat s’y prêtait. Nous prenions nos repas tous ensemble autour d’une grande marmite et l'ai alors habitué mon palais aux saveurs des plats arabes. ( le travail m’a permis de connaître le Maroc, de Tanger au nord à Rissani au sud, en passant par Fez, Rabat, Casa­blanca et Marrakech. Je circulais partout avec une camionnette, dans laquelle étaient toujours entreposés quantité de pots de peinture et d’échelles. Les travailleurs me considéraient comme un des leurs et il n’y avait aucune distance entre nous. J’étais toujours le bienvenu. De temps en temps, j’apportais des cadeaux et souvent, de la viande ou des légumes pour les repas. Pour les ouvriers, je représentais tout de même le patron. J’avais en effet pouvoir de décision sur nombre de choses. Mais je pense qu’ils m’aimaient bien et qu’ils avaient confiance en moi. Non seulement j’étais des leurs, mais je luttais aussi pour leurs intérêts. Ils le savaient et l’appréciaient, surtout les chefs d’équipes et les contremaîtres comme Mehdi et Saïd.

Hadj Brahim était membre du Conseil municipal de Meknès et de ce fait, il avait ses entrées dans les adminis­trations et les bureaux ministériels. Il m’emmenait partout et me présentait comme le gérant de son entreprise. J’ai ainsi rencontré toutes sortes de personnalités. Hadj Bra­him était un homme nerveux, mais fort heureusement, il savait aussi se montrer aimable. Il était cependant toujours difficile de lui soutirer une augmentation de quelques sous. Le vendredi, qui était jour férié et jour du paiement des salaires hebdomadaires, tous les employés de l’entre­prise, vêtus de leurs plus beaux atours, venaient spéciale­ment au bureau pour recevoir leur paie. S’ensuivaient tou­jours d’interminables disputes à propos des heures supplémentaires et des travaux non finis. Étant respon­sable des comptes, j’étais réellement déchiré entre les sala­riés et le patron. Je luttais toujours pour que ceux-ci tou­chent un peu plus d’argent, les sommes qu’ils recevaient n’étant jamais très grandes. A cette époque, il n’y avait pas de SMIG et nombre d’entre eux avaient des réclamations. Le patron, lui, me rétorquait toujours : « Hiyim, tu es pour la direction ou pour le personnel? » L’intonation arabe de mon nom dans sa bouche me faisait toujours sourire. Je n’oublierai jamais ces vendredis, les files d’attente ner­veuse de ces artisans mécontents, frustrés d’avoir trimé toute la semaine pour si peu de francs. Combien de fois ces jours-là, Hadj Brahim n’a-t-il pas renvoyé le contre­maître Mehdi, pour le rappeler le dimanche. Très souvent, il allait même jusque chez lui pour se réconcilier. En fait, ces luttes hebdomadaires étaient comme un rituel familial et elles finissaient toujours par des accolades.

Le fait que j’étais juif n’avait aucune incidence négative, ni pour Hadj Brahim, ni pour les ouvriers. Au contraire, mon appartenance au judaïsme m’auréolait à leurs yeux et m’assurait de leur considération, puisque les Juifs, c’est bien connu, excellent dans les affaires, sont intelligents et travaillent dur pour réussir. C’est sans aucin doute ce que j’ai fait durant mes six années chez Hadj Brahim, avec droiture et dévouement. Je pouvais tri­mer de six heures du matin jusqu’à sept ou huit heures du soir sans jamais demander à être rémunéré pour ces heures supplémentaires. Combien je gagnais? Je ne me le rappelle pas. Ce que je sais, c’est que ce poste de directeur comptable m’a permis de faire passer ma famille de l’ancien au nouveau mellah et d’y louer une très grande maison, cette belle et grande demeure des Benabou dont le fils Marcel était mon ami. Bien des années plus tard, quand lui sera professeur à la Sorbonne et moi directeur du théâtre Inbal à Tel Aviv, je lui organiserai une soirée littéraire, lors de la sortie de son livre Jacob, Menahem et Mimoun, une épopée familiale. La maison des Benabou comprenait sept ou huit pièces et possédait un beau jardin intérieur. C’était un modèle de l’habitat arabo-musulman traditionnel, au patio arboré et doté d’une fontaine. Nous habitions donc une des plus belles maisons du nouveau mellah de Meknès. Le changement de notre statut familial était considérable. Quant à moi, outre le prestige, j’y avais gagné une chambre pour moi tout seul.

Le rocher d'origine-Haim Shiran (Shkerane)&Fabienne Bergman-Le Juif Arabe

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