Le bateau Egoz – ses traversées et son naufrage-Meir Knafo- Le Mossad

 

Les préparatifs avant la dernière traversée d'Egoz

Il faut signaler, que pendant ces quelques jours où le dirigeant égyptien séjourna au Maroc, les actions de l'immigration ne cessèrent guère, même pas un seul jour. C'est l'inverse qui serait plutôt vrai, le flux des immigrants augmenta même dans une certaine proportion.

A 2:00 du matin, quelques heures avant l'arrivée de Nasser, nous apprîmes que les routes qui permettaient la sortie de Casablanca furent fermées par la police, et qu'il n'était donc pas possible de faire sortir un groupe d'enfants âgés de 12 et 14 ans qui attendaient de faire leur Alyah. A 03:00 nous nous réunîmes pour une séance urgente, et il fut décidé de s'adresser à un juif propriétaire d'un magasin, dans lequel furent vendus des tenues de scouts. C'est de cette manière que les enfants partirent, sous le camouflage d'un groupe d'éclaireurs, et le public venu pour saluer le président Nasser les applaudit, croyant qu'ils étaient des éclaireurs défilant pour témoigner leur respect à l'hôte prestigieux.

Ainsi partirent ces garçons et ces filles dans une opération qui fut appelée "Manos".

Tout ceci se produisit avant la nouvelle opération d'Egoz. Nous attendîmes l'occasion imminente pendant laquelle les conditions météorologiques seraient propices à une nouvelle traversée de ce bateau.

La route de la dernière traversée

L’opération fut fixée pour la nuit du 10 au 11 janvier 1961. Deux jours avant, fut fixée la liste des immigrants, et elle comprenait, entre autres, quelques familles qui déjà à trois ou quatre reprises furent obligées de faire la longue et difficile route entre Casablanca et Al-Hoceima puis rebrousser chemin, à cause des mauvaises conditions météorologiques – neige et chemins bloqués, mer agitée – ou à cause d'un mouvement suspect dans le lieu de l'opération, qui était tout autant connu des contrebandiers que des gardes-frontières.

Le mardi matin, 10 janvier 1961, furent sortis les immigrants de leur domicile par les jeunes du "Ballet" et transportés par taxi sur les lieux de rencontre à Casablanca, et transférés dans nos voitures. Ces endroits étaient sécurisés par les hommes de Gonen, et il fut fixé que toutes les dix minutes une voiture partirait de Casablanca avec des conducteurs de l'antenne Makéla. Tout se déroula dans un ordre exemplaire.

Quelques minutes avant que la dernière voiture d'immigrants parte de Casablanca, deux voitures des membres des unités marines prirent le chemin sous mon commandement, afin de sécuriser la route de Al-Hoceima et le lieu de l'opération, et se charger de l’embarquement des immigrants de la plage à Egoz.

A leur suite, partit une voiture dans laquelle se trouvait Yossef Réguev, le commandant de Gonen, et avec lui deux hôtes. En route, le temps était clair et agréable, c'est pourquoi l'espoir était grand qu'Egoz arriverait à destination sans la moindre avarie, et cette fois-ci l'opération ne serait pas annulée.

Les voitures des unités marines s'arrêtèrent à Parador-de-Kétama, afin de me permettre d'appeler chez moi, à Casablanca, et selon un code convenu d'avance, mon épouse devait me faire savoir "si la fièvre de notre enfant est tombée', ce qui signifiait que nous sommes autorisés à poursuivre notre route. C'était ce qui fut convenu avec Alex, et ce même jour en effet "l'enfant n'avait pas de fièvre', et les voitures continuèrent leur voyage dans les montagnes du Rif, tout en garantissant la sécurité du convoi.

La route était étroite et serpentait, montait et descendait alternativement. Dans cette portion montagneuse, il neigeait, mais non comme les fois précédentes où la route était barrée. Un profond abîme s'ouvrait béant des deux côtés de la route, et sur les versants abrupts et enneigés perçaient quelques sapins. Un brouillard épais recouvrait les environs, et j'étais dans l'obligation de descendre du véhicule de tête, d'avancer afin d'indiquer à Haïm Benchetrit la direction du voyage. Je procédais ainsi à plusieurs reprises jusqu'à la descente vers la plaine côtière, là-bas la neige avait disparue et le temps était plus agréable

Les véhicules de l'unité marine arrivèrent au pont, 6 Kms avant Al Huceima à l'heure fixée, les membres de la cellule descendirent et les deux conducteurs continuèrent vers la forêt, à une distance de près de trois kilomètres de là, afin de cacher les véhicules. J'ai placé sous le pont l'un de mes hommes en observation, puis j'ai suivi avec mes autres camarades le cours d'un fleuve qui mène à la côte, j'ai examiné le secteur où il n'y avait pas âme qui vive. Là aussi j'ai placé un de mes hommes en observation et qui assurerait la garde puis je retournais vers le pont, en dessous duquel j'ai pris position avec mes hommes. Les membres de l'unité portaient des cagoules afin de masquer leur identité aux immigrants.

Il faisait très froid cette nuit là, mais dans les temps fixés et selon des horaires précis, arrivèrent les unes après les autres les voitures des immigrants. Sous la couverture des membres des unités marines et avec leur aide, les familles descendirent des voitures et furent rassemblées, selon leur ordre d'arrivée, sous le pont. Je donnais aux immigrants les dernières instructions et les organisais en vue de notre longue et difficile marche vers la côte.

A tous il fut ordonné de garder le silence le plus absolu, et jusqu'à la montée sur le bateau en pleine mer il leur était interdit de parler, de fumer ou d'allumer une torche. Dans un ordre exemplaire, les immigrants avancèrent dans le cours du oued. Ils étaient très émus mais ne le manifestaient pas. Ils savaient qu'ils étaient entre les mains sûres des "sionistes"'.

Les membres des unités marines et leur commandant, qui accumulèrent une grande expérience dans ce genre d'opérations, agirent avec rapidité et un zèle surprenant: ils distribuèrent aux nourrissons des biberons et aux enfants – des bonbons, et aussi des calmants aux adultes qui en exprimèrent le besoin.

En tête du cortège marchèrent deux éclaireurs de l'unité marine – l'un d'eux était Michel Parienté – et à leur suite se trouvait Yossef et ses deux hôtes. Je changeais de temps en temps de place, et Haïm Benchétrit servait d'arrière-garde et s'inquiétait que personne ne fût oublié derrière. De temps en temps j'arrêtais le cortège, afin de vérifier un chemin encore plus sûr et éviter les rochers du oued. Les mères marchaient serrant dans leurs bras leurs enfants recouverts de couvertures, et les enfants de David Dadoun tenaient les mains de leur père, ainsi que le faisaient tous les enfants du cortège. David Elkoubi, adolescent âgé de 14 ans, se trouvait seul là-bas, sa famille avait immigré en Israël une semaine auparavant, alors qu'il était allé au marché acheter un blouson et qu'il n'était pas revenu à temps chez lui.

Les personnes âgées marchaient derrière, le parcours était d'une heure de marche.

Il y avait dans le cortège un cas qui sortait de l'ordinaire: l'une des familles amena avec elle la grand-mère, qui était âgée de plus de quatre-vingts ans. Haïm Benchetrit se porta volontaire pour la porter tout le chemin sur son dos, et nous la montâmes la première sur la barque qui l’emmena vers Egoz.

Le bateau Egoz – ses traversées et son naufrage-Meir Knafo– Le Mossad-page-390

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