Le Mouvement Sioniste au Maroc-Michel Knafo

Le Mouvement Sioniste au Maroc

Quand Théodore Hertzel a fondé le mouvement sioniste, il manquait au judaïsme nord-africain les éléments qui avaient poussé les juifs d'Europe à se ranger sous son drapeau: la virulence de l'antisémitisme – symbolisée par le procès Dreyfus et les persécutions actives, les pogromes dont les juifs d'Europe Orientale étaient victimes. Au Premier Congrès Sioniste à Bâle, le judaïsme nord-africain était représenté par M. Attali de Constantine, en Algérie.

Au Maroc les premières cellules sionistes n'ont fait leur apparition qu'en 1900.

Qu'est le sionisme? une lettre à Hertzel

Le rabbin Léon Halfon avait fondé à Tétouan la société "Shivat Sion". Dans une lettre du 29.8.1900, adressée à Théodore Hertzel, le rabbin annonçait la fondation de la société et d'une bibliothèque hébraïque dans sa ville. Il demandait à recevoir du matériel d'information en hébreu et en ladino. Une semaine plus tard, le 4.10.1900, le négociant David Bohbot l'informait de la création de l'association "Shaaré Sion" à Mogador et des progrès de la diffusion du "Shekel" au Maroc. En Mars 1903 fut fondée à Safi la société "Ahavat Sion", sous la direction de Méir Barchéchet et de Yaacob Marciano. Dans une lettre en hébreu, en caractères Rachi – dans la tradition rabbinique nord-africaine de l'époque – adressée "à son Excellence le Haut Président, aimant son peuple dont il est la gloire, l'émissaire de Dieu, Théodore Hertzel", ils lui annonçaient qu'ils avaient pris connaissance de l'existence du mouvement sioniste de la lecture des journaux juifs d'Europe, Hamélitz et Hayéhoudi et ajoutaient: "Nous n'avons pas encore une claire idée de ce qu'est le sionisme. Nous ne possédons aucun livre qui puisse combler nos lacunes sur cette essence, la nature du sionisme et les bases sur lesquelles il se fonde. Nous en avons seulement entendu le nom, ainsi que celui du Shekel sacré que chacun se doit d'acquitter. Mais ne pouvons croire que ce serait seulement pour recueillir le Shekel que le sionisme a été fondé, et qu'il suffit d'acquitter chaque année cette contribution pour mériter la haute appellation de "sioniste" et faire partie des sionistes, les porteurs de l'étendard de la nation"… Dans la suite de leur lettre, ils écrivent qu'ils ont appris que "Son Excellence est le promoteur de idée et qu'il est le fondateur du mouvement sioniste". "Nous prenons ainsi l'audace de nous adresser à Son Excellence pour que du haut de son siège il daigne demander à son secrétaire de nous expliquer par écrit tout ce que nous devons savoir sur le sionisme et de nous dire de quelle manière nous pouvons à notre tour apporter notre contribution, selon nos moyens, à la construction de grand édifice. Et aussi de nous faire parvenir le livre chéri, L'Etat Juif en traduction hébraïque, ainsi que tous les ouvrages traitant du sionisme en hébreu. Nous sommes naturellement disposés à payer le prix qui sera requis." A la fin de la lettre, Barchechet et Marciano annoncent qu'ils avaient nommé Hertzel comme Président d'Honneur de leur association et lui demandaient de leur renvoyer son portrait.

La voie sinueuse du judaïsme nord-africain vers le sionisme

Comme on pouvait s'y attendre, cette lettre fit une forte impression sur Hertzel qui ordonna d'envoyer à Safi le matériel demandé. Dans sa réponse, datée du 19.7.1903, il leur expliquait l'importance de leur présence au prochain Congrès Sioniste où il espérait rencontrer les représentants de l'Afrique du Nord. Tout en s'excusant de ne pas pouvoir participer à l'assemblée, Barchechet et Marciano, dans une lettre du 19.8.1903, se prononçaient clairement contre son plan "d'asile de nuit provisoire en Ouganda", écrivant: "Si même après la fondation du mouvement national, il n'y a pas de délivrance pour Israël, ce sera alors la fin de l'espoir et de la croyance en l'avenir du peuple".

Toutefois, au-delà de cette correspondance, la participation du judaïsme nord- africain aux activités du mouvement sioniste devait rester très limitée. Certes, dès le 4éme Congrès, Hertzel annonçait son intention d'accroître l'activité sioniste au Maroc, et au cinquième Congrès, il faisait part de l'existence de cellules sionistes à Tanger, Tétouan, Fès, Marrakech, Mogador, Constantine, Alger et Tunis – mais il ne s'agissait là que d'une activité organisationnelle, sans base idéologique. Il était clair que les fondateurs du mouvement sioniste n'accordaient pas de grande importance au développement de l'activité sioniste en Afrique du Nord et n'avaient pas, de ce fait, mêlé le judaïsme nord-africain aux grandes décisions.

La mort de Hertzel en 1904 devait partiellement paralyser l'activité embryonnaire du mouvement au Maroc, mais en 1908 fut fondée à Fès la société "Hibat Sion" qui devait ensuite élargir ses activités également à Meknès. La lettre à la Centrale Sioniste incluait les noms des vingt militants qui souhaitaient se joindre au mouvement. Le Secrétaire du mouvement à Cologne, Nahum Sokolov, répondit que le mouvement accueillait les bras ouverts la nouvelle association, "car vous êtes nos frères".

A la suite de cet échange de lettres, des relations suivies furent établies entre Cologne et Fès. Dans l'une de ses missives, le Président de l'Organisation Sioniste Mondiale, David Wolfson, écrivait: "Nous sommes heureux de voir nos frères d'Orient collaborer avec nous, la main dans la main, pour la réalisation de notre objectif sacré".

Mais peut-être par manque de matériel d'information en hébreu ou en français, ou par négligence envers le groupement juif d'Afrique du Nord, l'activité sioniste au Maroc devait être considérée comme essentiellement religieuse et comme un barrage à l'assimilation. C'est en fonction de cette interprétation, que la Centrale Sioniste devait recommander en 1910, à la direction de"Hibat Sion", d'adhérer au mouvement religieux mondial du "Mizrahi". Ce qui devait encore plus renforcer l'image religieuse du mouvement sioniste devait être le refus de la direction sioniste d'intervenir en faveur de "Hibat Sion" sur le plan politique, en vue d'améliorer des conditions de vie du judaïsme local. La société avait demandé l'intervention de la Centrale Sioniste auprès des grandes puissances pour qu'elles étendent leur protection sur les juifs du Maroc. David Wolfson devait rejeter cette demande en expliquant que le mouvement sioniste n'avait pas vocation à intervenir dans les affaires intérieures des Etats.

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