ארכיון יומי: 23 בינואר 2019


Evolution du judaisme marocain-Doris Bensimon-Donath-1968

III. Valeurs religieuses, culturelles et sociales

La loi religieuse juive modelait la vie quotidienne du mellah dans ses moindres détails. L’observance des pratiques religieuses constituait l’origi­nalité du Juif dans la société musulmane. La fidélité à la tradition religieuse dans un milieu souvent hostile assurait la survie du groupe en tant que tel. Cette fidélité à la tradition religieuse était un facteur essentiel pour la cohésion interne du groupe. Elle était sa raison d’être. De ce point de vue, le judaïsme marocain ne se distingue guère d’autres communautés juives traditionnelles de par le monde.

Toutefois, les pratiques et croyances religieuses juives étaient souvent contaminées de superstitions et de coutumes locales fort répandues dans le Maghreb : croyance au mauvais œil, aux djnouns – Esprits maléfiques- pratiques magiques. Comme l’Islam, le judaïsme maghrébin a pris une « teinte anthropomor­phique » en pratiquant un certain culte des Saints. Juifs et Musulmans vénèrent souvent les mêmes intercesseurs. On discerne aussi dans le ju­daïsme marocain une certaine prédilection pour la mystique : l’étude de la Cabbale, la lecture du Zohar y étaient pratiquées avec ferveur.

Pratiques religieuses, superstitions, coutumes locales constituaient la trame même de la vie culturelle et sociale du mellah. La transmission des traditions ancestrales au sein de la famille aussi bien qu’à l’école talmudique était l’expression essentielle de la vie culturelle. Les fêtes religieuses et leur longue préparation rompaient à intervalles réguliers la monotonie de l’exis­tence quotidienne. De la naissance à la mort, chaque événement important de l’existence d’un individu était consacré par un ensemble de rites religieux et de coutumes auxquels se mêlaient des superstitions.

            Tous les auteurs qui ont étudié le judaïsme marocain signalent ces faits. Citons seulement A. Chouraqui, Les Juifs d’Afrique du Nord, p. 288-282 ; nous espérons comme lui qu’un jour une équipe de chercheurs définira « le fond commun judéo-berbère de croyances et de pratiques, et l’ensemble de croyances et de pratiques exclusivement propres aux Juifs du Maghreb par opposition au judaïsme traditionnel » (p. 292).

  1. Julien définit en ces termes les « nuances particulières de l’Islam maghrébin » : «< Tout en restant à l’écart des grandes querelles théologiques, la religion musulmane s’est quelque peu altérée au Maghreb. Elle y a pris une teinte anthropomorphique (…). Le culte des Saints y a connu un développement considérable (…). . L'Islam est caractérisé, surtout à partir du xve siècle, par l’épanouissement du mysticisme populaire (…). L’Islam maghrébin apparaît comme très statique; depuis le mouvement almohade, c’est-à-dire depuis le milieu du XIIIe siècle, la doctrine et la pratique sont restées semblables à elles-mêmes ». (Histoire d’Afrique du Nord, p. 304-305.) Le judaïsme maghrébin présente dans certains de ses aspects quelques analogies avec l’Islam maghrébin.

Les festivités et les traditions qui rythmaient l’année comme l’existence de chaque individu, étaient aussi un aspect important de la vie sociale du mellah. Elles contribuaient à resserrer les liens entre les membres du groupe et chargeaient leurs rapports d’un certain contenu affectif. Elles étaient la source d’une certaine ambiance du mellah faite d’émotivité et de chaleur humaine.

Dans ce monde clos en lui-même qu’était chaque communauté juive marocaine, le comportement de chaque individu, fortement intégré au groupe, était jugé sur sa conformité aux normes imposées par les traditions et cou­tumes. Celles-ci formaient un tout, dans lequel pratiques et valeurs religieuses culturelles et sociales, étaient imbriquées au point que l’individu ne pouvait en discerner le contenu spécifique. D’ailleurs, dans cette société traditionnelle, l’individu, en tant que tel, n’avait guère de consistance : il était partie inté­grante d’un tout.

Au contact de l’Occident, ce tout éclatera : le groupe perdra peu à peu sa force de cohésion et l’individu prendra conscience de lui-même en tant qu’individu. Dans son processus d’individualisation, il se détachera du groupe et le jugera.

C’est ce processus d’éclatement de la société traditionnelle juive marocaine au contact avec l’Occident qui fera l’objet de cette étude.

Evolution du judaisme marocain-Doris Bensimon-Donath-1968-page 21-22

Langues et folklore des Juifs marocains-Pinhas Cohen-2014- La Qasida judéo – marocaine

La Qasida judéo – marocaine

La Qasida judéo-marocaine est un récit rimé en arabe dialectal des Juifs du Maroc. Elle est destinée à être chantée sur un air préalablement indiqué par l’auteur, en général sur l’air d’une prière connue, par exemple : Mi kamokha. Sans prétention littéraire, écrites en caractères hébraïques, les qasidas étaient imprimées sous forme de feuilles volantes et diffusées par un petit libraire du mellah. On en a retrouvé près d’une quarantaine, conservées princpalement à la bibliothèque de l’Institut Ben Zvi à Jérusalem. Nous en donnons ci-après de larges extraits accompagnés d'une traduction en français qui colle le plus possible au texte d’origine. C’est la première fois, à notre connaissance, et nous en sommes heureux, que des qasidas sont révélées au public dans leur version hébraïque d'origine. La plupart ont été composées et diffusées à Casablanca. Certaines sont devenues célèbres, telles la Qasida de Bensousan ou la Qasida de Yosef Ha-saddiq. L’auteur d’une qasida est le plus souvent un modeste lettré qui, en dehors de son activité professionnelle (boutiquier, coiffeur, artisan, petit commerçant..) s’essaie à ce genre populaire pour divertir le petit peuple du mellah et susciter chez lui, par la même occasion, un éveil de sens esthétique et peut-être même une prise de conscience de sa condition sociale précaire pour dénoncer, souvent avec humour, une oligarchie dominante

 La langue dans laquelle est écrite la Qasida est généralement comprise par le public populaire en dépit de la présence de quelques termes d’arabe littéraire. (Voir glossaire)

A l’origine, le mot qasida (pl qasaid ) dans la littérature arabe classique, désignait un poème de sept ou dix vers. Aujourd’hui, ce mot désigne un récit rimé en arabe dialectal des juifs du Maroc. Il se prononce qseda ( pl>qsaid ou qsedat). Dans un texte en français nous écrirons : qasida).

Elle recouvre un vaste domaine de la littérature populaire dont une partie est d’inspiration religieuse et une autre d’inspiration “profane”. La première comprend un certain nombre de légendes, versions adaptées de récits bibliques glorifiant des personnages mythiques telle la qasida de Yosef ha Saddiq et des saints locaux du Maroc, des poèmes à la gloire des saints d’Eretz Israël (Ha-Saddiqim), qui donnent lieu à de grands rassemblements de pèlerins venus de tous horizons dans un climat autant de ferveur mystique que de fête champêtre ( voir P91), célébrés à date fixe lors de pèlerinages (Hüloulot).

Au-delà de ce domaine de la piété, on trouve tout un ensemble de qasidas à caractère “profane” qui traitent des évènements grands et petits, heureux ou malheureux, des conditions de vie des habitants du mellah. Dans certaines d’entre elles il souffle comme un petit air de révolte pour dénoncer sous une forme ludique la misère et les inégalités sociales comme le laissent entendre les adages suivants :

men khdemt la-‘niyyim u m-qellt s-sghel et-tazer ka y a‘mel l-flos

مين خدمت لعنيين و مقللت شغل  تازر كا يعمل الفلوس

Du labeur du pauvre et de son déseuvrement le riche s’enrichit

 zit-el-‘ani men hdit-el 'asir

زيت العني من هديت العسير

L’huile( de la lampe du pauvre )s’épuise à évoquer la fortune du riche

 l-‘asir ( terme hebr.=riche) ‘ando bas itsara u iqra u-l-‘ani ( terme hebr. =pauvre) ma sab-s bas ibra

العسير عندو باس يتسارا و يقراء والعني  ما سابس باس يبرا

Le riche a de quoi se promener et se cultiver Le pauvre n’a pas de quoi se soigner

"Paradoxe déconcertant, nous dit Jean Hess (“ Israel, au Maroc") toute la vitalité de ce petit peuple du mellah, sa bonne humeur, sa joie  et son amour de la vie, c’est en parfaite misère qu’elle paraît le mieux s'affirmer

Quelques exemples de Qasidas :

qseda di- Bensoussan

 ’ qseda-del- miziria

 qseda d-es -srab u mahia

 ’qseda di- Pissah u Sekka

 ,qseda d-el-baqq

 ,qseda d-el- berghot

 ,qseda d-el- firan

 ,qseda d-el kra

 ,qseda d-es-selhat

 ,qseda d-el-Bedawiyat u -s- Selhat u-l-Fasiyat

,qseda d-l-apiqorosa

 ,qseda d-el‘ azri u-l-mzuwwez

 ,qseda di- Hitler

 ,qseda di- Haman

 ,qseda d-et-tifos

 ,qseda di-Yossef Ha-Saddiq

 ,qseda de Mordékhai et Esther

Langues et folklore des Juifs marocains-Pinhas Cohen-2014- La Qasida judéo – marocaine –page 41-43

 

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