Le Mossad et les secrets du reseau juif au Maroc 1955-1964 – Michel Knafo- Les premiers Agents du Mossad au Maroc

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Michel Pariente (parmi les premiers recrues) raconte: J'ai ete recrute dans la branche Gonen de la Misgueret en 1956. On m'avait dit que notre objectif etait double: assurer la security de la communaute juive et recueillir les informations pour la garantir. J'ai mis sur pied une cellule composee du meilleur element de la jeunesse juive de Fes. Nous avons loue une chambre pour nos activites ou nous nous sommes familiarises avec le maniement d'armes. Nous avons discute des methodes d'evacuation des juifs en cas de necessity.

Le jour de Kippour, nous avons etabli notre premiere cache d'armes. C'etait dans un fut bien ferine, cache sous l'escalier de la maison d'un des membres de la cellule.

 

L emplacement avait été choisi de manière à nous issurer le contrôle complet de son environnement. Au commencement de l'opération "Klou", j'ai organisé ma cellule pour nous rendre à Meknès. Les faux passeports avaient été cachés dans un grand paquet de savon Tide". En route pour Meknès, nous avons été arrêtés par des gendarmes. Je me suis présenté comme l'agent des produits "Tide", expliquant que je me rendais pour affaires à Meknès. Un des gendarmes avait lorgné le grand paquet de savon et me demanda de le lui donner. Je lui ai gentiment expliqué que c'était impossible, s'agissant d'un échantillon de travail, lui promettant toutefois à mon prochain passage de lui donner un carton entier. Et j'ai tenu parole.

 

Au prochain voyage, je cachais à nouveau les faux passeports dans la même boîte, et je remettais au commandant du barrage le carton promis.

Les hommes de Fès ont également apporté leur soutien à la Makéla. Ils transportaient les olim dans leurs véhicules privés vers Nador et Ouad-Lo, et de là ces olim passèrent de nuit la frontière vers les enclaves espagnoles. Je me souviens particulièrement de l'un d'eux, Salomon Serfaty, une des premières recrues. Il ne devait jamais refuser de participer à une opération et sa voiture était toujours la première à notre disposition. Salomon était bijoutier et avait un magasin à Fès fait il avait donc beaucoup à perdre en cas d'arrestation, et pourtant il ne devait jamais refuser de participer à une opération.

Le groupe de Fès était composé de recrues de qualité, animées d'une profonde motivation. Salomon était le commandant de la cellule des "infirmières" qui aurait servi en cas d'urgence et était composée de Suzanne Chécoury, Doly Serfaty (Boros) et d'autres filles de grande qualité.

 

Shlomo Yehzquiéli reprend: Au printemps 1956, nous sommes passés au stade de l'action pratique. Nous avons acquis des outils pour la formation et chargé Yona Zabin de faire passer un entraînement sportif à plusieurs groupes, le tout sous le couvert du Département de la Jeunesse et du Héhaloutz. Yona est passé de ville en ville et a entraîné des groupes sionistes et non-sionistes. Cette action a enrichi la liste de nos connaissances, le cours étant ouvert à tous les candidats qui devaient se compter par dizaines.

Dès les débuts de notre action au Maroc, nous avons rencontré les missionnaires de Hassidim Loubavitch envoyés par la direction du Rabi à New-York. Ils s'étaient lancés dans une action éducative de grande envergure dans les mellahs et les villages du sud. Ils se consacraient à leur tâche avec un dévouement sans bornes, avec pour mission la préservation de la braise du judaïsme. Nous nous trouvions ainsi avoir le même objectif – même si c'était en partant de points de vue différents.

Au cours de l'hiver 1955-56, nous avons établi notre première station de communication par radio au domicile de Carméla Zabin, qui fut aussi la première à en assurer la marche. Il va sans dire que nous étions confrontés à de délicats problèmes de couvertures.

 

L'appareil fut baptisé du nom de code "Het" (qui devait changer par la suite). Ce code devait figurer dans les comptes-rendus, lettres et télégrammes. Nous devions entre autres, veiller à la sécurité de la délégation israélienne et de ses bureaux – ce qui devait entraîner la création d'un réseau de transmissions et d'alerte entre les émissaires et les cellules de Gonen ; monter la garde jour et nuit au camp de transit pour les olim; assurer la garde discrète des groupes de olim, des synagogues, etc… Cette description exige à ce stade une précision: ma responsabilité ne s'étendait que sur la zone du protectorat français, le Maroc espagnol et Tanger, dépendant d'un autre groupe. Cette division s'imposait en raison des différences de la situation politique dans les deux zones. Tanger bénéficiait d'un statut international particulier. Il convient de se souvenir qu'à cette époque nous n'avions pas de représentation à Gibraltar.

Je me souviens de certains évènements émouvants de l'époque et de nos doutes sur la solution à donner à certains problèmes auxquels nous étions confrontés. C'est ainsi qu'en matière de défense de nos différentes sections locales, nous étions arrivés à un stade qui exigeait l'organisation d'exercices de tir. Il fallait d'abord repérer l’emplacement adéquat. Un endroit désert et éloigné ne convenait pas, pour la raison qu'il fallait éviter un long voyage avec des armes; ni trop proche du centre ville pour des raisons évidentes. Notre choix devait se porter sur une grande forêt qui était aussi une réserve de chasse, à proximité d'un camp militaire où l'on tirait de temps à autre. Notre premier exercice de tir fut pour nous l'égal d'un événement historique, car notre travail, si discret pendant des mois, devenait d'un coup plus visible, plus concret.

 

De tout ce qui précède, on aura compris dès le départ que nous avons été confrontés à des questions fondamentales, certaines de principe. Avec le temps, nous avons certes accumulé de l'expérience, mais il nous fallait trouver toujours des réponses aux nouveaux défis créés par l'accroissement du niveau des activités des autorités marocaines.

Il nous est assez rapidement apparu, que dans la création d'une organisation d'auto défense – la mission essentielle de la Misguéret – le plus important était d'éduquer les jeunes à prendre leur responsabilité, et par la même occasion, de former des cadres pour l'avenir. Suite au premier cours de préparation de l'été 1956, nous avons désigné parmi les chefs de section et les sous-commandants des villes, ceux qui devaient au bout d'un certain temps, remplacer les Agents israéliens à la tête de ces villes. Tous, à l'exception d'un seul, devaient monter en Israël, après avoir rempli des fonctions centrales dans la "Alyah Bet" et dans leurs villes.

La base de tout le plan était la défense des quartiers juifs homogènes, les mellahs, contre l'attaque éventuelle d'émeutiers. C'est sur cette base que nous avons déterminé les effectifs, les moyens de défense et la préparation des commandants et des hommes des différentes cellules. Nous avions aussi, naturellement, une vision plus large, à savoir, inculquer à la jeunesse juive la disponibilité de servir et la fierté de le faire. Comme la majorité des recrues n'habitaient pas le mellah, nous devions en permanence prendre en considération la nécessité du transfert rapide des hommes, avec leur équipement, vers les lieux sensibles. L'entraînement des hommes du rang se limitait au maniement d'armes légères – revolvers, mitraillettes, grenade et couteaux.

Nous avions également en permanence un autre souci: s'assurer de la qualité humaine des recrues, de leur niveau intellectuel, leur capacité physique et surtout de leur niveau moral. Nous étions vite arrivés à la conclusion que de toute façon un recrutement de masses ne pouvait être envisagé, et que nous resterions toujours une organisation compacte. De cette manière, nous avons créé une avant-garde qui avait la possibilité de se mettre en tête du "gros de la troupe", en cas de nécessité. Conformément aux règles élémentaires de la clandestinité, j'ai évité le contact avec les hommes du rang. Je ne connaissais que les commandants, les sous- commandants des villes et presque tous les commandants de sections. C'était le minimum indispensable pour maintenir la tension nécessaire et pour inciter les jeunes commandants à progresser et s'imbiber de l'esprit israélien. Avec le temps, nous nous sommes rendu compte que la confiance investie en eux était bien placée et ils ont fait preuve de plus en plus d'esprit de responsabilité.

 

J'ai rappelé la nécessité du maintien d'une tension positive. Cette nécessité s'était imposée à nous dès les premiers jours de la Misguéret et je crois qu'elle ne devait jamais disparaître tout au long des années d'activité. Il faut souligner que les relations des autorités avec les citoyens juifs, de même que les relations avec les voisins musulmans, devaient connaître des hauts et des bas, selon les périodes. Il y eut des jours de tension et de peur, et des jours de calme et d'insouciance. Cela nous imposait de rester en permanence sur le qui-vive et de maintenir la tension dans les rangs, en imposant des missions fictives, en multipliant les entraînements et les exercices.

Il faut comprendre que le travail de la Alyah exigeait la participation des hommes de Gonen : soit pour le repérage des lieux, soit pour assurer les itinéraires empruntés par les olim, soit pour les aider de nuit à embarquer sur les canots qui devaient les mener au large vers leur bateau.

La Makhéla (branche de la Alyah clandestine) avait un besoin vital de l'aide des hommes de Gonen qui de leur côté tiraient de cette participation une "grandeur d'âme" et un nouveau "goût" à la vie clandestine

 

La formation des cadres de commandement était permanente. Au cours des années, ont été formés des dizaines de chefs de sections et des commandants de ville dans des stages organisés en France et en Israël. Les cours de formation sur place visaient à donner des rudiments de principes de commandement aux rangs inférieurs et servaient de filtre grâce auquel les meilleurs furent choisis. Ces derniers, après un certain temps dans l'organisation, étaient envoyés – pendant leurs périodes de congé – en France, et les plus distingués étaient envoyés se perfectionner en Israël. Les stages en Israël, comme en France, devaient devenir une tradition, accueillant des recrues de Tunisie, d'Algérie et du Maroc – les originaires du Maroc étant toujours majoritaires. Les moniteurs dans ces cours étaient des officiers de Tsahal, soit des étudiants israéliens en Europe, soit des hommes du Mossad. Ils transmettaient aux recrues les rudiments de la science des combats sous ses divers aspects. Les programmes étaient naturellement adoptés aux conditions dans lesquelles ils devaient travailler à leur retour dans leurs pays et au niveau des recrues. Parallèlement à ce programme, ils recevaient des conférences sur l'histoire juive, le sionisme et la guerre de l'indépendance. En Israël, s'y ajoutaient les visites dans différentes villes et villages et l'exposition à "l'ambiance israélienne".

Dans ce melting-pot ont été formés les commandants de l'organisation, originaires de trois pays, qui devaient porter le fardeau des opérations, avec le petit nombre d'émissaires israéliens qui se trouvaient eux aux hauts postes de commandement. Ils devaient également s'occuper de la création de caches d'armes et des divers instruments de transmission et du maquillage des lieux de rencontre et d'entraînement. Le travail de recueil des renseignements, lui aussi du domaine de la Misguéret, devait également être en grande partie assuré par ses membres, de même que la participation aux opérations de la Alyah. Il n'était que naturel que la Alyah des juifs vers Israël – contre les édits des autorités marocaines – soit la chose la plus importante pour les unités de Gonen, de même que pour les mouvements de jeunesse pionnière.

 

Le Mossad et les secrets du reseau juif au Maroc 1955-1964 – Michel Knafo– Les premiers Agents du Mossad au Maroc

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