David Corcos Reflexions sur l'onomastique Judeo-Nord-Africaine-Jerusalem 1976

‘Aknin, voir Waknin.

Al-Fezouati, Fzuati, Faswati, Fijuati etc. (בן אל פזוואטי), ethnique de nom de lieu: Fezouata ou Fazwata, région de la haute vallée du Draa, au Nord de Mhammid dans le Qtawa. Au Moyen Age et jusqu’il y a environ deux siècles, ce fut une région prospère par où passait la “route de l’Or”, “la route juive” jalonnée de villages fortifiées où habitaient des Juifs. La capitale de Fazwata était Zegoura, grande ville disparue et dont on peut encore voir les ruines (voir le nom Zagouri). Dans ces dernières décades, quelques dizaines de familles juives ne vivaient plus que dans le village d’Amzrou.

Abraham et Maymo Fazuati, originaires de Fezouata établis à Majorque se rendaient pour leurs affaires dans le port algérien de Ténès en 1330 (cf. Ch.־E. Dufourcq, L’Espagne Catalane et le Maghrib aux XIII׳ et XIV‘ siècles, Paris 1965, p. 600).

 

Alocana, Cohen de (הכהן די אלוקאניא) = originaire de Al-Ocaña en Espagne. L’aljama de Al-Ocaña paya de fortes contributions à la veille de l’expulsion en 1492 (F. Cantera, Sinagogas Españolas, Madrid 1955, p. 253; L. Suarez Fernandez, Documentos acerca de la Expulsion de los Judíos, Valladolid 1964, p. 69). Juan de Ocaña, “Converso”, fut brûlé vif par l’Inquisition à la suite de l’affaire du “Saint-Enfant de la Guardia” (Baer, t. II, pp. 450 sqq.). Au début du XVIIP siècle, R. Joseph Ha-Cohen Alocaña fut dayyan dans le port marocain de Salé; dans cette dernière ville Abraham et ses fils Moise et Mayer de Alocaña eurent un procès contre le “Naguid” Shem-Tob Benatar (cf. R. Jacob Abensur, Mishpat U-Tsadaka lé-Yaacob, Alexandrie 1894, t. I, art. 17 et t. II, art. 151). La famille Alocaña a disparu du Maroc.

 

An-Bito (אינביטו), Enbito, ethnique de nom de lieu: “originaire de Bitou”. Bito=arabe pour Poitou en France. Ce nom de famille a existé au Maroc jusqu’à ces dernières décades. — Samuel Anbito ou Ambito reçut en 1370 des Lettres de Protection de l’Infant Juan d’Aragon; Symuel Abenbito fut un notable à Séville dans le années 1380 (Baer, t. I, pp. 235, 238).

 

Anfaoui (אנפוי),ethnique de nom de lieu: Anfa, ancien nom de l’actuelle Casablanca. — R. Moshé Anfaoui (1555) et R. Dinar Anfaoui (1599), notables à Fès y sont parmi les leaders des toshavim et signent des takanot en leur nom. Le nom de famille Anfaoui n’existe plus.

 

Arajel, ar-rajjel, Ab-Rajel (אראזיל), en arabe “l’homme” dans le sens de “l’homme fort, courageux, digne, qui tient sa parole”. En Espagne, la famille Arajel était bien connue surtout sous les formes Abrazil et Ab-Arragel: Samuel Arragel, notable à Talavera en 1432; Salomon Arraxel, riche propriétaire à Guadalajara avant 1492 (Baer, t. I, pp. 299, 434); Moses Arragel, fameux traducteur de la Bible en langue castillane: il vécut à Guadalajara dans la première moitié du XVe siècle; dans une lettre de Ferdinand et Isabelle datée de Barcelone 16 Mai 1492, on trouve la composition de la famille Arragel qui avait quitté l’Espagne et y avait laissé (région de Algete) d'immenses propriétés (Suarez Fernandez, pp. 514-516). R. David Arragel (vers 1625) fut dayyan à Sefrou; il est l’auteur d'un commentaire sur le Talmud. La famille Arajel était en Afrique du Nord il y a encore une vingtaine d’années.

 

Arroyo (אריוליו, ארוליו), souvent avec le ben dans le sens “originaire de”: plusieurs villages portent le nom Arroyo en Espagne; l’un d’eux, Arroyo del Puerco, était uniquement composé de Juifs. Il y avait également des Juifs à Arroyuelo (cf. Suarez Fernandez, pp. 66, 69). L’ethnique Ben-Arroyo a existé à Tolède dès la fin du XIIe siècle: Bou Ishak Ben-Arroyo et Simha fille de Moshé Ben-Arroyo; entre 1388 et 1420, don Zulema aben Arroyo était recabdador dans le royaume de Castille; don Samuel aben Arroyo était en 1467 recabdador de las alcavalos; en 1487, don Mayr aben Arroyo et sa femme semblent s’être convertis (Baer, t. I, pp. 259, 323, 384 et 518). Avant 1940, il n’y avait plus des Ben-Arroyo, originaires de Tetuan, qu’à Oran.

 

Ascori, as-Skouri. Haskouri. Scori, avec ou sans l’indice de filiation ben (בן אסכורי)  ne pas confondre avec Azagouri. Zagouri qui sont nettement differents et mentionnés l’un et l’autre dans la liste Coriat. Les Haskoura de la race berbère des Masmüda du Grand Atlas furent une puissante confédération de tribus qui jouèrent un grand rôle dans l’avènement des Almohades et le maintien de leur Empire (cf. entre autres Ibn Khaldün, Berbères, t. II, pp. 118 sqq.). Une des fractions des Haskoura, les Banou-Sakkour. sont parmi les rares tribus qui ont survécu à leur propre triomphe. Les Banou-Sakkour ont donné leur nom à la région de Sakkoura, prononcée Skoura, dans la haute vallée du Draa, au sud de la Kasba de Telwet. Les Juifs y avait été, du XIIIe au XVIII״ siècles, très nombreux, actifs et parfois puissants. Surtout en dehors de leur pays, ils portaient, comme les Musulmans, l’ethnique Haskouri et Skouri ou as- Skouri. Ils semblent avoir été en relations permanentes avec l’Espagne, surtout au XIIIe siècle: vers 1266 des Juifs Axucri vivent à Jeres de la Fronteira, parmi eux il y avait des hommes importants tels Abrahen Axucury, Yuna su fijo et Yçaf Axucury (Baer, t. II, pp. 58 et 59). La famille Ascori ou as-Skouri des “Expulsés de Castille” était connue à Fès et à Meknès (cf. Abensur, t. I, art. 7 et 49); R. Raphaël Moshé (אסקורי) était un talmudiste de grande réputation à Fès.

 

Atejar, at-Tejar (אטיזאר), en arabe “les marchands”, “ceux qui s’adonnent au commerce maritime” dans le sens “l’honorable”, titre réservé au Maroc aux non-Musulmans. En 1487, Sento Atejar de l’aljama de Doleitosa près de Trujillo eut un procès pour l’énorme somme de 300.000 maravedis (Baer, t. I, p. 427).

 

Azeroual, déformation de Ou-Zaroual (אוזרוואל). Dans le langage populaire du Maroc “Zaroual” signifie “de plusieurs couleurs”, un plumage chiné se dit mzerwül; dans certains dialectes berbères de l’Algérie “Zaroual” veut dire “l’homme aux yeux bleus”; mais c’est aussi un nom ancien en Orient: le grand poète arabe Abu Muleika Jerwel (=Djerouel), m. après 660 de l'ère moderne. Cependant, Uzurwal est un nom assez courant et ancien chez les Berbères: la tribu des Banu Uzarwal, Sanhaja du Jebel Srif dans la région Oran-Tlemcen (Ibn Khaldün, Berbères, t. II, p. 124); les Juifs ont porté ce nom et le portent encore; il a été, comme il arrive si souvent, déformé dans les documents espagnols: “Zareyal”. Vers 1271, le Juif africain Samuel Zareyal se fixa à Borriana et don Pedro l’affranchit pendant trois ans de tous les impôts (cf. Jean Régné, “Catalogue des Actes de Jaime 1er, Padro III et Alphonse III. Rois d’Aragon, concernant les Juifs”, Extrait de la RE J, Doc. No. 509). R. ‘Ayush ben Uzarwal était dayyan à Fès vers 1698; une famille de marchands juifs, les Azeroual, vivait à Taza aux XVIP et XVIII' siècles.

 

Azogui (בן־אזוגי), ethnique de nom de lieu: Azoggi ou Azokki qui fut au Moyen Age un centre commercial célèbre pour le trafic de l’or africain. Cette localité était située au Sud de Sijilmassa. En 1458, nous connaissons don Abraham Abenazogue et son fils Yucef qui vivaient à Tolède (Baer, t. I, p. 431); Abraham Azogui était en 1729 à Safi (Maroc) un marchand de poudre d’or; vers 1750, les notables Jacob Azogui et Judah Azogui vivaient à Agadir et à Salé; Yamin Azogui de Salé fut assassiné en 1790 chez les Dukkala de la région de Safi.

 

Bacri (בקרי), en arabe “l’aîné”, comparez le géographe Abu ‘Obeid al-Bacri. La famille juive Bacri est “Cohen” (Cohen-Bacri = Cohen l’aîné). Au début du XIV° siècle, Samuel, Hayoun et Mardochée fils de Haron Bacri résident tantôt à Fès tantôt à Majorque et ils ont des biens dans les deux villes (cf. Dufourcque, p. 465, n. 4); R. David ben Samuel ha-Cohen Bacri était au XVe siècle le dayyan de la communauté de Bougie en Algérie; au XVIII8 siècle, les Bacri vivent entre Livourne, Marseille et Alger.

 

Bahlul (בהלול), nom d’homme arabo-berbère dont le sens est en réalité inconnu: un Bahlül fut un chef maghrébin qui soutint puis abandonna Idris II près de Fès; Bahlül ben Marzük est le chef berbère qui s’empara de Saragosse en 797; les Bahlüla, tribu de Berbères judaïsés d’après Ibn khaldün; don Salomon Bahlul fut entre 1280 et 1330 un banquier dans quelques villes d’Espagne (Baer, t. I, p. 71). Les Bahlül au Maroc se considéraient comme “castillans”. Plusieurs membres de cette famille qui était établie surtout à Meknès étaient bien connus pour leur érudition et leur piété: R. Daniel (vers 1660), R. Samuel et R. Eliezer (vers 1730) etc.

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