Joseph Toledano-Epreuves et liberation-les juifs du Maroc pendant la seconde guerre mondiale

Continuer la guerre en Afrique du Nord ?

Quand au fil des jours tragiques de mai et juin, l’étendue de la débâcle de l’armée française s’imposa avec de plus en plus d’évidence, le Maroc, de par sa situation stratégique et sa position dans l’Empire, devait jouer un rôle primordial dans la décision du gouvernement français de continuer ou non la guerre, à partir de l’Afrique du Nord. Pourtant, bizarrement, peut- être parce qu’lie était certaine de son invincibilité derrière la ligne Maginot, la métropole n’avait pas envisagé une telle éventualité et ne s’y était jamais préparée. Les responsables civils et militaires en Afrique du Nord n’avaient jamais été associés aux délibérations des instances suprêmes de la Défense nationale dans un plan d’ensemble. Pour Paris, l’Empire était considéré seulement comme un pourvoyeur d’hommes et de matières premières. Se prévalant de l’appui du sultan et du soutien des populations, le Résident Général Noguès, au départ, plaida avec force, en faveur du transfert du gouvernement en Afrique du Nord, pour poursuivre la guerre…

Le 25 mai, quand la bataille des Flandres parut sur le point de tourner au désastre, ouvrant aux Allemands la route de Paris, le général Noguès, responsable du théâtre d’opérations en Afrique du Nord, assurait le Président du Conseil Paul Reynaud que les moyens de la Marine non touchée par la débâcle, combinés avec les moyens intacts de l’Empire, permettraient de continuer les combats aux côtés de l’Angleterre. Pris dans le tourbillon des événements, le gouvernement Reynaud, errant de ville en ville jusqu’à Bordeaux, et pourtant favorable à une telle solution, ne parvint pas à prendre de décision définitive en ce sens. Entré au gouvernement, le maréchal Pétain, secondé par le commandant en chef, le général Weygand, allait désormais œuvrer pour empêcher le gouvernement de quitter la France et de s’installer à Alger afin de continuer la guerre.

Déclarée ville ouverte, Paris fut investie par les Allemands le 14 juin. A Bordeaux, où le gouvernement et le Parlement s’étaient réfugiés, le Président du Conseil, favorable au départ en Algérie, battu, donnait sa démission. Le 16, le Président de la République chargeait le maréchal Pétain de former le nouveau gouvernement. Le lendemain, le 17 juin, Pétain annonçait à la nation que la guerre était perdue, qu’il fallait cesser le combat et qu’il avait demandé à Hitler les conditions d’une " paix honorable Ce même jour à Rabat, dans un appel à Radio Maroc, le Résident proclamait :

« J’ai reçu avec joie et fierté de tous les groupements du Maroc, ainsi que de tous les milieux français et indigènes, les témoignages de foi patriotique les plus émouvants. Unanimement, ils expriment le désir de défendre par les armes et jusqu’au bout, le sol de la France et celui de l’Afrique du Nord… Nos amis en France, surmontant toutes les difficultés, continuent à se battre avec un courage magnifique, il n’est pas question pour le moment de cesser le feu… »

Le lendemain, 18, il récidivait et écrivait dans un message au chef d’état- major, le général Weygand qu’il était déterminé à continuer la lutte, pour sauver l’honneur et conserver l’Afrique à la France. « Permettre à l’Afrique du Nord de se défendre, c’est entreprendre dès maintenant le redressement de la France ». Il affirmait que « l’Afrique du Nord, avec ses ressources actuelles, est en mesure de résister longtemps aux entreprises de l’ennemi, assez longtemps sans doute pour contribuer à leur défaite. » Le Résident recevait l’appui, dans cette détermination, aussi bien de son homologue à Tunis que du gouverneur général d’Algérie et des gouverneurs de l’Afrique noire et du mandat sur la Syrie.

Chacun comptait sur le puissant appui de la Marine intacte, sur le matériel militaire déjà expédié par les États-Unis et sur tout ce qui pourrait être envoyé de la métropole. Même avec l’aide hypothétique de l’Espagne et de l’Italie, la Marine allemande, mal équipée pour les opérations amphibies, pourrait difficilement s’aventurer à transporter une armée par mer alors que les flottes anglaise et française dominaient la Méditerranée.

Le 19, le Résident revenait à la charge :

« LAfrique du Nord toute entière est consternée. Les troupes de Terre, de l’Air et de la Marine demandent de continuer la guerre pour sauver l’honneur et conserver l’Afrique du Nord à la France. En admettant même qu’elle nous soit laissée, nous perdrions à jamais l’estime et la confiance des indigènes… Les indigènes, comme ils le déclarent, sont prêts à marcher avec nous jusqu’au dernier homme. Ils ne comprendraient pas qu’on puisse disposer éventuellement de leur territoire, sans tenter avec eux de le conserver… Envisager leur cession à l’étranger sans leur consentement et sans avoir combattu, serait considéré comme une trahison… »

Le 18 également, De Gaulle lançait, de Londres, son célèbre appel à la poursuite de la guerre :

" La défaite est-elle définitive ?Non ! Car la France n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle ! Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte, elle peut comme l’Angleterre utiliser, sans limites, l’immense industrie des Etats-Unis… Cette guerre n ’estpas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Le destin du monde est là. »

Impressionné par la prise de position en pointe du général Noguès, en faveur de la poursuite du combat, De Gaulle lui offrit, dans un télégramme du 19 Juin, de prendre la tête de la résistance dans l’Empire français et de se mettre lui-même sous ses ordres. A ses yeux, en effet, il ne faisait pas de doute que si Noguès, en tant que commandant du théâtre d’opérations en Afrique du Nord, se ralliait à la résistance, le reste de l’Empire le suivrait ? « Suis à Londres, en contact officieux et direct avec le gouvernement britannique. Me tiens à votre disposition pour combattre sous vos ordres ou pour toute démarche qui pourrait être utile… »

Le soir à la radio, De Gaulle restait encore confiant dans la décision que prendrait Noguès et liait son nom à celui des héros légendaires de la colonisation :

« Dans l’Afrique de Claudel, de Bugeaud, de Lyautey, de Noguès, tout ce qui a de l’honneur a le strict devoir de résister. »

Bien que son offre soit restée sans réponse, De Gaulle la renouvela le 24 juin. Il proposa à Noguès de prendre la tête du Conseil National Français en formation, pour continuer la lutte.

Mais rien dans son caractère de militaire de carrière ne préparait le général Noguès à relever ce défi, à jouer si nécessaire le rôle de rebelle. Il n’avait pas la stature pour sortir de la hiérarchie et se joindre à une dissidence. N’avait-il pas, malgré sa volonté de résistance, censuré l’appel du " rebelle " De Gaulle et interdit sa diffusion au Maroc ? Ce n’est que le 26 juin que des avions anglais larguèrent sur Casablanca et Port Lyautey des tracts reproduisant le texte du célèbre appel.

Le général Noguès était décidé, dans tous les cas, à rester dans la légalité et à obéir au gouvernement en place, même s’il était contraire à sa propre conviction de mettre fin à la lutte. A une seule condition toutefois : la préservation de l’Empire. Ainsi, il prévenait :

« Si la signature de l’armistice avec l’Allemagne et l’Italie n’est pas accompagnée par me déclaration du gouvernement précisant que nos adversaires acceptent le maintien de l’intégrité du sol de l’Afrique du Nord, les populations nord-africaines unanimes n’accepteraient pas la décision, et suivies de la presque totalité des forces armées, continueraient, avec ou contre leurs chefs, la lutte jusqu’au bout. »

Joseph Toledano-Epreuves et liberation-les juifs du Maroc pendant la seconde guerre mondiale page 75-78  

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