Chroniques Hebraiques de Fes et autres temoinages


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Que pouvons-nous apprendre des manuscrits hébraïques sur la condition des Juifs de Fès?

Des chroniques de Fès traduites en Français par Georges S. Vajda dans Un Recueil de textes historiques judéo-marocains, de même que les ouvrages Yahas Fès (Les annales de Fès) de R. Abner Hassarfati, ou encore Kissé hamelakhim de R. Raphaël Elbaz donnent un aperçu du vécu des communautés juives dans la ville impériale de Fès. Le rabbin Yaakov Méïr Tolédano auteur de l'ouvrage historique Ner Hama'arav (Le flambeau du Maghreb) cite de nombreux témoignages écrits qu'il a  collectés de son vivant. Ces écrits sont par ailleurs corroborés par les témoignages des visiteurs européens et par certains chroniqueurs musulmans. Nous en mentionnerons quelques épisodes. Certains événements marquants furent délibérément déclenchés contre les Juifs en tant que tels. D'autres, dans des moments de troubles, affectèrent l'ensemble de la population, mais la communauté juive le fut plus encore en raison de sa vulnérabilité endémique. Le fait que durant les crises de famine les apostasies se multiplièrent, en dit long sur la condition encore plus désespérée des Juifs. Jane Gerber qui a étudié les sources juives traitant des événements majeurs dans la vie de la communauté de Fès dans l'ouvrage Jewish Society in Fez 1450-1700, est arrivée à la conclusion suivante : « Bien que les Juifs de Fès représentent la meilleure des conditions à laquelle pouvaient aspirer les Juifs du Maroc… l'étude approfondie des sources hébraïques nous révèle que les Juifs vivaient dans la peur constante, et qu'ils faisaient toujours l'objet d'attentats.»

Il y eut l'épisode de 1465…

En 1465, des révoltes contre le souverain se traduisirent par le massacre de plusieurs milliers de Juifs. Le fait que le vizir juif Aharon Ben Batash eut osé se promener au Mellah en cheval, noble monture réservée aux seuls Musulmans, aurait été à la source de la révolte qui fut cautionnée par une partie des Oulémas de la ville. Beaucoup de Juifs s'enfuirent ou se convertirent. D'autres villes joignirent le pas à l'appel à la guerre sainte de Fès. Les convertis firent l'objet d'une surveillance constante et le nouveau cadi de la ville leur permit de retourner au judaïsme pour autant qu'ils se soumettent au pacte d'Omar qui définit les rapports avec les non-Musulmans. Ce fut l'une des rares fois dans l'islam où l'on permit d'abandonner l'islam pour revenir au judaïsme, l'apostasie étant normalement punie de mort. Léon l'Africain et Luis de Marmol Carvajal qui visitèrent la ville de Fès à cette période rapportèrent que ses Juifs devaient porter des souliers de paille. À partir du XVIe siècle, ils durent payer une taxe spéciale pour avoir le droit de chausser des sandales à l'extérieur du Mellah et des souliers à l'intérieur du Mellah.

En 1553, lorsque les Turcs occupèrent brièvement la ville de Fès avant d'être repoussés, la communauté juive dut payer 20 000 dinars pour échapper au pillage.

Du XVe au XVIIe siècle, les dirigeants de la communauté interdirent la fabrication du vin de peur que les Juifs ne soient accusés de placer une bouteille de vin dans une mosquée, suite à une ancienne accusation non fondée et qui s'était soldée par des persécutions. Le rabbin Saul Serrero relata qu'en 1646, suite à l'incitation de Mohamed Al-Haj, les synagogues de la ville furent pillées et détruites et l'on ne put sauver les rouleaux de la loi qu'en échange d'importantes sommes d'argent. Pour échapper aux persécutions, les Juifs de Fès s'enfuirent pour trouver refuge à Meknès en 1549 et en 1701.

Il y eut également des taxes arbitraires

Cela se produisit sous la menace de façon répétée. Ainsi, à la mort d'Al Mansour en 1603, ses enfants Zidane et Abdallah se firent la guerre pour prendre le pouvoir. Moulay Zidane régnait à Fès. Le soir de Kippour de l'an 1610, il exigea des Juifs une taxe spéciale de 10 000 onces et menaça de doubler la somme si elle n'était pas remise dans les vingt-quatre heures. Le lendemain de Kippour, Abdallah vainqueur entra à Fès et exigea également un autre don d'un montant équivalent. Cet épisode est rapporté par le rabbin Saul Serrero : « À l'annonce du ministre Barihane, il y eut un grand cri et toute la ville s'émut le soir de Kippour et le jour de Kippour. Le Saint Jour fut profané et toute la nuit et le jour on collecta l'argent; les rabbins pleurèrent et gémirent… et perdirent toute joie et allégresse. Il faut ajouter à cela de nombreux fléaux… Moulay Zidane fut capturé, le tyran Barihane mourut et Moulay Abdallah s'approcha de la ville. Il refusa de recevoir la délégation juive conduite par Jacob Routi et lui dit : « Vous vous êtes réjoui à la venue de Moulay Zidane et en retour il vous a opprimé.» Le lendemain, il envoya un émissaire de mauvais augure qui exigea 20 000 onces comme cela avait été fait pour Moulay Zidane… Malheur aux yeux qui ont vu cela et combien de Juifs et de sages souffrirent, moi le petit Saul également. Nous suâmes sang et eau pour tenter de réunir la somme et le jour de fête de Soukot fut profané… Quelques Juifs furent attrapés et perdirent tous leurs biens. Des convois de fuyards furent attaqués… Nous perdîmes mille quatre cents âmes, des centaines de jeunes âmes innocentes.» L'année suivante, « les Arabes avaient pénétré dans la ville de Tadla, détruit les maisons et livré aux flammes 50 rouleaux de la Thora, 2000 exemplaires du Pentateuque et de nombreux autres livres…» Ajoutons que sous Moulay Abdallah, bien des habitants des villes s'exilèrent à la campagne afin de ne pas être soumis à l'impôt exorbitant (500 000 Mitqals) imposé sur les citadins.

Lorsque les représentants de la communauté se rendirent à Meknès pour informer le sultan des abus auxquels se livrait son fils Moulay Hafid à Fès, le sultan fit tirer sur la délégation, et la condamna au bûcher. La peine fut commutée pour les survivants auxquels fut imposée une amende de vingt qentars d'argent. Les mémoires de Samuel Ibn Danan rapportent cet épisode en ajoutant : « Qui peut relater les calamités et les malheurs qui ont passé sur nous durant la vie (de Moulay Hafid) et par suite de sa mort, je ne saurais relater dans cet écrit tous les lourds impôts que la communauté de Fès dut payer cette année.»

Une ordonnance rabbinique de 1691 rappelle « les malheurs et les calamités qui se sont abattus sur les communautés, la pression fiscale de plus en plus forte, les difficultés de la vie, la diminution des moyens de subsistance… Des gens jadis fortunés ne peuvent plus apporter aucun secours aux indigents de la ville dont le nombre croît sans cesse.»

Natif de Salé, le Rabbin Hayim Benattar auteur du commentaire biblique Or Hahayim qui abandonna le Maroc pour s'installer en Terre Sainte, fut l'une des plus grandes figures rabbiniques du judaïsme marocain durant la première moitié du XVIIIe siècle. Il écrivit : « Si vous deviez comparer notre exil, il est bien plus difficile que celui d'Égypte. Les Égyptiens ont fait travailler les esclaves mais les ont quand même nourris et vêtus; tandis que l'exil des Ismaélites – heureux celui qui n'en a pas connu l'amertume – non seulement ils (les Ismaélites) ne donnent pas de salaire, mais exigent des taxes; une personne est détroussée de tout et on exige de lui ce qu'il n'a pas, et on lui fait avaler ce calice jusqu'à ce qu'il en meure.»

Il est important de souligner que ce ne sont là que des échantillons d'une longue liste d'abus rapportés de façon émouvante.

Quel était le recours des Juifs?

Les prières, les suppliques et les lamentations sur un ton quasi désespéré fut le lot de plusieurs générations de façon intermittente. Ainsi, à la veille de l'invasion de Fès du temps de Moulay Abdallah, le témoignage suivant est rendu dans l'ouvrage Ner Hama'arav (le flambeau du Maroc) du rabbin Jacob Meir Tolédano : « Les gens de Fès… sont venus jusqu'aux portes de la ville et voulurent les défoncer. Nous avons fait des prières de supplication, nous avons réuni tous les enfants du Talmud Thora (école religieuse), petits et grands devant un Séfér Thora que nous sortîmes dans la rue; tous les sages entourèrent les enfants et pleurèrent à grande voix en disant : « Frères d'Israël : Sachez que nous n'avons pas de mérite à demander quoi que ce soit si ce n'est au nom des jeunes innocents ! ». Les enfants déclamèrent le passage des treize attributs divins de Vaya'avor (prière de Kippour); petits et grands versèrent des grands pleurs. Les anciens octogénaires qui y assistaient témoignèrent qu'ils ne virent pas de leur vie des pleurs tels que ceux- là. »

La riposte armée était exclue. Il ne restait que la prière. Encore et encore. La perception était que la main de Dieu était partout. Il arrivait que les rabbins appellent à faire des autocritiques ou même des confessions publiques. Ainsi, R. Vidal Hassarfati rapporta : « Beaucoup de personnes qui en avaient offensé d'autres leur firent des excuses publiques. Il y en a un qui avoua un méfait commis trente ans plus tôt. Beaucoup de personnes firent des restitutions d'argent et d'objets et ce fut là une journée de grand salut.

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