Relations du caïd Aïssa Ben Omar avec les juifs de Safi

    1. Relations du caïd Aïssa Ben Omar avec les juifs de Safi
    1. Le caïd Aïssa Ben Omar el Abdi a été le plus célèbre et le plus important des caïds régionaux durant les trente dernières années qui ont précédé la soumission du Maroc au protectorat colonial. Weisgerber l'a décrit disant qu'il avait un visage avenant avec des traits arabes, légèrement brun, entouré d'une courte barbe grise. Il était de taille moyenne, ne présentant aucun signe d'obésité. Il entourait sa tête d'un turban de mousseline blanche et se drapait d'un haïk d'une blancheur immaculée. Il loua ses qualités ainsi : « Il était d'une intelligence étincelante, savant, ferme et précis, chaste, propre… Il était austère en religion et récitait constam­ment des invocations "dikr". Ses salons ne manquaient jamais de "ouléma"… Il était modeste et affable. »
    1. Aïssa Ben Omar el Abdi est né dans la région des Abda en 1842 dans une famille arabe originaire du Hejaz et une proche parenté avec les chérifs Aroussiyine, habitants de Séguia el-Hamra, au Sahara occidental. Cette famille gagna la considéra­tion et l'estime dans les Abda en raison de sa noble ascendance (charaf) et de la richesse acquise par le commerce qu'elle entretenait avec les étrangers, par le port de Cap Cantin, et également grâce aux rela­tions complexes qu'elle avait tissées avec de nombreux symboles de l'autorité du Makhzen. Cela la prépara et lui facilita l'accès à la fonction de caïdat, au moment de sa création dans la tribu des Behatra. Elle fut seule à assumer cette responsabilité durant soixante-sept ans, de 1847 à 1914. Aïssa Ben Omar fut le plus puissant et le plus considéré des caïds de cette famille. La période de son autorité fut la plus longue et dura trente-cinq ans, de 1879 à 1914. Il endossa cette charge dans une période délicate et difficile de l'histoire du Maroc où les puissances coloniales s'étaient liguées contre le pays, multi­pliant leurs pressions militaires, commerciales, financières et diplomatiques sur le Makhzen. Aïssa Ben Omar s'acquitta de ses fonctions caïdales avec succès, aussi bien sur le plan administratif que mili­taire, dans son fief que vis-à-vis de l'autorité centrale. Il mérita ainsi la confiance et la considéra­tion des sultans qu'il avait servis : Moulay Hassan Ier et ses deux fils, Moulay Abdelaziz et Moulay Abdelhafid. De ce fait, l'étendue de son autorité s'accrut, allant de Oualidia, aux confins des Doukkala et au-delà de Tensift, dans les Chiadma, et jusqu'à soixante kilomètres des portes de Marrakech. Il devint le premier seigneur de cette région, y agissant comme un prince au pouvoir absolu.
    1. Aïssa Ben Omar fut parmi les premiers caïds à faire allégeance au sultan Moulay Hafid, comme « sultan du Jihad » en 1907. Ce dernier le nomma Ministre des Affaires étrangères. Dans cette charge périlleuse, il révéla son intelligence et sa perspicacité, en un moment critique de l'histoire du pays. Il conseilla l'application d'une stratégie diplomatique pour écarter les menaces grandissantes de la France, en suscitant une rivalité entre cette dernière et l'Allemagne.
    1. Après l'application du Protectorat français sur le pays, l'administration française le destitua après qu'il eut combattu ses intérêts et sa présence. Il fut déporté à Salé et contraint à une résidence forcée, de 1914 jusqu'à sa mort en 1924. Son corps fut transporté dans sa tribu où il fut enterré au milieu d'une assistance impressionnante comme on en voit rarement. Fresneau en témoigne : « Des délégations de cavaliers des tribus le saluaient à tour de rôle, tout au long du passage du cortège funèbre… quatre cents pleureuses participèrent à l'imposant rite funéraire. » Cela indique la grandeur de cet homme dans la conscience de ceux qui l'avaient connu et la force de la considération que lui vouaient ses sujets. La mémoire populaire continue à perpétuer les nouvelles de sa fermeté, sa sévérité contre ceux qui se rebellaient contre son autorité ou qui complotaient contre la sécurité de son domaine. Cela se passait au moment où les étrangers usaient de tous les moyens pour affaiblir l'autorité de l'État et défaire sa souve­raineté, en dispensant des « protections consulaires », en se livrant au trafic des armes, en provoquant des troubles dangereux dans les régions, lesquels condui­sirent le sultan Moulay Hafid à penser que les habitants des campagnes et des villes étaient difficiles à gouverner « et qu'ils ne se conforment à la règle que sous l'oppression et sous l'autorité de ceux qui sont sans pitié5 ». Aïssa Ben Omar faisait partie de ces caïds fermes et vigilants, à tel point que le seul énoncé de son nom «faisait trembler les corps ».
    1. Pour ce qui est de notre sujet : les relations de Aïssa Ben Omar avec les juifs, les annales, malgré leur rareté, nous permettent de nous faire une idée approximative sur les relations du caïd – objet de ces éloges et ses comportements – avec la gent juive. En y regardant de près, elles nous révèlent deux attitudes contradictoires envers les juifs :
    1. a) Ils constituaient les auxiliaires d'un bien inépui­sable, souhaité en cette période de crise et d'abondance, dont on ne pouvait ni se défaire ni se passer.
    1. b) En même temps, ils faisaient l'objet d'inquiétu­de et de trouble dont on craignait les maux et dont on se méfiait.
    1. Pour ce qui est du côté utile des juifs chez Aïssa Ben Omar, il apparaît :
    1. Dans les faits, que ce caïd fit venir un grou­pe de commerçants et d'artisans juifs de Safi, avec leurs familles et leurs enfants, et les installa à l'inté­rieur de sa vaste casbah fortifiée où il avait son siège et celui de son autorité (Makhzen) ; il leur accorda sollicitude et protection. Ils apprécièrent leur nouvelle résidence et s'y fixèrent. Leur présence dans les campagnes des Abda se borna à cette seule localité, comme en atteste Doutté qui visita la région en 1914. Probablement, le caïd, en installant les juifs dans sa résidence, espérait y créer un centre commer­cial moderne et actif, multiservices, pour l'adjoindre aux autres secteurs réalisés, pouvant mettre à la disposition des siens, des tribus et des douars voisins toutes sortes de marchandises et de prestations urbaines. Ce désir se réalisa quand les juifs ouvrirent des boutiques et des ateliers dans un espace réservé à l'intérieur des remparts de la Casbah, pour la vente de tissus, de bijoux d'or et d'argent, et pour la coutu­re et la cordonnerie ; et même le commerce de denrées de consommation exotiques et rares à cette époque* 8 9. Grâce à cette réalisation dont l'origine et le support étaient les juifs, la casbah de Aïssa Ben Omar, comme le dit Sbihi, « devint un village autonome avec toutes ses utilités, comme une petite ville» ou, autrement dit, comme une ville parfaite.
  1.         casbah fortifiée Cette casbah est connue sous le nom de « Dar Caïd Si Aïssa ». Elle est située dans la tribu des Temxa, fraction des Behatra, à 25 km de Safi. Fondée par le frère du caïd – appelé caïd Mohamed Ben Omar -, en 1866, à l'époque du sultan Mohammed IV, elle s'étend sur 27 hectares mais Aissa Ben Omar, comme le dit Sbihi dans sa « Bakoura », y a construit plus que son frère… et ainsi la casbah lui fut attribuée. C'est une vaste casbah fortifiée par de hautes et épaisses murailles qui disposait d'une entrée principale gardée. Au temps de son prestige, elle comprenait plusieurs sections :
    • La partie d'habitation qui recouvrait le tiers de la surface de la casbah et qui regroupait les logements du caïd, de ses enfants et de quelques parents, des esclaves et des juifs qu'il avait fait venir de Safi. La résidence du caïd était la plus grande et la plus importante. Protégée par ses hauts murs, elle comportait trois étages conçus sur le modèle de Fès. À l'étage supérieur, se trou­vait le cabinet privé du caïd, et dans les autres, les espaces réservés aux invités. Au rez-de-chaussée, il y avait quatre salons faisant vis-à-vis autour d'une vasque.
  • La partie administrative, dont le tribunal constituait l'essen­tiel, intégrait la prison célèbre sous le nom d'« El Bardouz », formée de cellules sombres et étroites.
    1.            L'espace réservé au culte qui comprenait une mosquée pour les prières et pour l'enseignement des enfants du caïd et de sa famille, un local pour la « zaouia tijania », un cimetière dit « cimetière Ben Chtouki » où sont enterrés les siens et les notabili­tés de la tribu.
    1.           Une partie économique comportant des silos pour entrepo­ser les céréales, en quantité suffisante pour nourrir toute la population des Abda, des magasins et boutiques appartenant à des juifs.
    1.           Une partie privée renfermant les étables pour l'élevage du bétail et des écuries pour les chevaux pouvant en contenir quatre cents (voir Mostafa Fentir, sous-mentionné, pp. 268-280).
    1.         Le plus jeune des fils du caïd, le regretté Abdelkader, m'a raconté que l'un des commerçants juifs de la Casbah possédait un magasin où il vendait toutes sortes de marchandises : des biscuits, du chocolat, des cigarettes et du vin. Il est certain que la clientèle visée était ses coreligionnaires qui y résidaient, qui connaissaient et consommaient ces denrées depuis qu'ils fréquentaient les Européens.
  1. Pages de l'histoire des Juifs de Safi-Brahim Kredya-Septembre 2009-page125-131
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