Les veilleurs de l'aube-Victor Malka

De nombreuses légendes ont couru sur tel ou tel aspect particulier de ces suites musicales. Ainsi, selon l’une de ces légendes abondamment reprises chez les juifs maro­cains, les musiciens musulmans considéraient comme tacitement interdit le fait d’enseigner aux juifs des airs du mode Ramai Al-Maya, sur lesquels sont généralement interprétés des textes (Hadih) de louanges à Muhammad, le prophète de l’islam. Or ces airs ont, eux aussi, fait un jour leur entrée dans la liturgie de la synagogue, sans que cela donne lieu à un quelconque scandale.

Une autre légende relate qu’un sultan invita un jour un orchestre de musiciens juifs au palais en même temps que de célèbres musiciens musulmans. Les juifs se demandèrent comment faire pour ne pas être ridicules face à leurs collègues… L’un des membres suggéra, dit-on, que l’on joue des élégies (des kinot) que les juifs ont l’habitude de psalmodier en telle occasion précise du calendrier hébraïque. Or ces airs (inconnus dans le monde des musi­ciens arabes) viennent, pour la plupart d’entre eux, en ligne directe de l’époque andalouse. Simplement, la syna­gogue avait conservé et perpétué ces airs qui avaient en totalité disparu de l’aire culturelle musulmane.

Au terme de ces observations, une question se pose. Pourquoi cette poésie liturgique est-elle entièrement mas­culine ? Pourquoi n’y a-t-il pas, parmi les cent poètes identifiés par les chercheurs (israéliens notamment) et les quatre mille poèmes de toutes sortes qu’ils ont écrits, la moindre femme sur cet échiquier poétique du judaïsme marocain ? Le Talmud qui constitue, lui aussi, exclusivement un monde d’hommes, a cependant connu au moins l’existence de Brourya, la femme de rabbi Méir, laquelle, dit la légende, parvenait à damer le pion à bien des doc­teurs de la Loi parmi les plus prestigieux. Pourquoi n’y a-t-il pas parmi ces poètes liturgiques un équivalent de Brourya ?

Sans doute faut-il tenir compte à cet égard en premier lieu du fait que les femmes, dans la société juive maro­caine, n’ont pas eu la chance, dans leur grande majorité, de recevoir une éducation juive autre que celle consistant à conduire un foyer casher. Elles vivaient à l’ombre de leurs époux. À quelques exceptions près – qui concer­naient souvent des femmes ou des filles d’autorités rabbiniques -, elles ne savaient ni lire ni écrire l’hébreu.

Cependant, le chercheur Yossef Chétrit déclare avoir découvert à Strasbourg un manuscrit (dont il publie dans son livre une photocopie) contenant un poème hébreu. Et tout indique que ce poème aurait pour auteur une poétesse du xvme siècle, Fréha, fille de Joseph Bar Adiba. Chétrit fait observer qu’on s’adressait à cette femme, à son époque, comme à « une sainte » et que tout le monde l’ap­pelait « la rabbine ». Le poème correspond en tout point – à la fois dans le choix du thème et dans la forme – à la production classique des rabbins marocains de cette époque.

Un autre personnage féminin constituera le thème d’ins­piration de nombre de poètes juifs du pays. Il s’agit de Solika Hatchuel, une adolescente de quinze ans, née à Tanger. Elle aurait, dit-on, dans un premier  temps – à la suite d’une banale querelle avec sa mère – accepté de se convertir à l’islam, avant d’y renoncer et de le proclamer haut et fort. Elle fut alors, sur ordre des autorités, mise à mort en 1834. Poètes, chanteurs populaires et chroni­queurs ont, depuis lors, chanté sa gloire. Des légendes furent inventées, au point que l’adolescente eut peu à peu droit dans la mémoire et dans les archives des juifs du Maroc au titre : Sol Hatzadika, « Sol la juste ».

[1] Voir l’essentiel de son histoire dans le livre du rabbin David Ovadia, Fès et ses sages (en hébreu), Jérusalem, 1978, t. I, p. 83.

Il est Un (Ehad hou)

Il est Un mais nul n’est unique comme son unicité.

Il est béni par la bouche de toute créature.

Sa bonté est infinie,

Ses voies sont sublimes et prodigieuses.

Et qui, parmi les anges, pourrait lui ressembler ?

Pur est son monde, grâce et charité.

Il est seul au ciel mais le monde est plein de sa gloire. C’est son Nom qu’à jamais entonnent les monarques, Ils en témoignent.

Ses hauts faits sont contés par les divers prophètes. Notre chair se hérisse de sa crainte…

Qu’il soit magnifié jusqu’à la fin des temps […]

Les veilleurs de l'aube-Victor Malka-2010-page 110-111

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