Tehila le David- Section francaise-Andre E.Elbaz et Ephraim Hazan-1999

 

LA POESIE HEBRAÏQUE AU MAGHREB

A partir du Xe siècle, le judaïsme maghrébin, qui entretient des relations étroites avec les Académies babyloniennes et palestiniennes, participe à la floraison de la poésie hébraïque ancienne, qui s’était développée en Terre d’Israël et en Orient depuis l’époque talmudique. A ses débuts, cette poésie, essentiellement liturgique, a pour fonction d’embellir ou même de remplacer le texte des prières. Malgré l’opposition de certains Guéonim, qui estiment que les prières canoniques ne doivent pas être interrompues par les piyyoutim, Sa‘adya Gaon cède à la pression populaire et les introduit dans son Siddour. Jusqu’au Xe siècle, le piyyout accompagne les prières, notamment pendant le Yoser et la répétition de la ‘Amida.

Hayyim Schirmann, le grand historien de la poésie hébraïque espagnole, affirme que "l’apport du Maghreb et de l’Ifriqiyya (l’Afrique du Nord du Maroc à la Tunisie) a été déterminant dans le développement de la poésie hébraïque ancienne: Yéhouda Ibn Qoureish, Dounash Ben Labrat, Ya‘aqov Ben Dounash et Adonim Ben Nissim Ha-Lévi, tous y sont nés et tous ont contribué de façon importante à l’épanouissement de notre littérature. "

 Yéhouda Ibn Qoureish (de la deuxième moitié du IXe siècle au début du Xe siècle): grammairien, lexicographe et poète hébraïque originaire de Tahert, en Algérie, en contact avec les juifs de Fez.

Dounash Ben Labrat Halévi (c.920-c.990): linguiste et poète hébraïque originaire de Fez (voir ci-dessus, note 8, p. 10).

Ya‘aqov Bar Dounash (c. Xe siècle): poète hébraïque apparemment originaire du Maroc (cf. שירים חדשים מן הגניזה, op. dt., pp. 42-45).

Adonim Ben Nissim Ha-Lévi (deuxième moitié du Xe siècle): rabbin et poète de Fes.

Le piyyout oriental ancien continue à se développer en Afrique du Nord comme en Espagne, qui constituent à cette époque une seule entité culturelle et même politique.5 Mais, au milieu du Xe siècle, Dounash Ben Labrat, linguiste et poète originaire de Fez, adapte l’art poétique arabe à la poésie hébraïque, notamment dans le domaine de la prosodie.

D'une manière générale, la prosodie est l'inflexion, le ton, la tonalité, l'intonation, l'accent, la modulation que nous donnons à notre langage oral en fonction de nos émotions et de l'influence que nous désirons avoir sur nos interlocuteurs. En outre, c'est l'étude des traits phoniques, c'est-à-dire l'étude du rythme (vitesse d'élocution), l'accent et l'intonation.

Il introduit artificiellement, dans la langue hébraïque, une différenciation marquée entre les syllabes brèves et les syllabes longues, et fixe pour chaque vers le nombre et l’ordre de ces syllabes. Cette innovation, accueillie avec enthousiasme, amorce l’épanouissement de l’Ecole classi­que espagnole (Xe-XIIe siècles), où vont s’illustrer Shémouel Ha-Naguid (993-C.1055), Shélomo Ibn Gabirol (c. 1020-c. 1057), Moshé Ibn ‘Ezra (c.1055-c.1136), Abraham Ibn ‘Ezra (1089-C.1167) et Yéhouda Ha-Lévi (c. 1074-1141).

Yéhouda Ha-Lévi, le plus grand poète de la période classique espagnole, a utilisé dans son oeuvre la métrique arabe, qu’il accuse pourtant de "forcer la langue hébraïque" et de "corrompre la structure et l’harmonie de notre langue"! 

 En plus de Dounash Ben Labrat, des poètes d’origine maghrébine comme Yishaq Ben Khalfon (c.965-après 1020) ou Yéhouda Ibn ‘Abbas (mort en 1167), auteur du célèbre piyyout "‘Et Sha‘arei Rason", font partie de l’Ecole espagnole. Pour la première fois, les poètes hébraïques ne se cantonnent plus exclusivement dans la création liturgique, mais abordent avec talent des thèmes purement profanes: la

beauté de la nature, le lyrisme personnel, le vin, l’amour, y compris celui des éphèbes, et même, chez Shémouel Ha-Naguid, la guerre!

L’adoption de la métrique arabe favorise l’introduction de la musique hispano-mauresque dans la poésie hébraïque, surtout dans les mouwashahat, poèmes lyriques séduisants d’origine arabe, composés de strophes aux rimes variées, et terminés par une kharja, ou sortie, sorte d’envoi piquant rédigé en hébreu, en arabe ou en dialecte roman. Les mouwashahat sont destinés à être chantés sur l’air de chansons andalouses populaires, ce qui leur assure un grand succès. Aussi, ce genre poétique essentiellement profane, aux thèmes bachiques et érotiques, est bientôt adapté à la poésie liturgique, en Espagne comme au Maghreb,11 au grand scandale de puristes comme Maimonide, qui condamne sans recours l’introduction de la musique "étrangère" et des thèmes érotiques dans la poésie hébraïque.

Après la destruction des communautés juives andalouses par les Almohades, au milieu du Xlle siècle, l’Ecole espagnole amorce son déclin. Cependant, des poètes hébraïques comme Yéhouda Al-Harizi ou Todros AbouBafia, en Espagne chrétienne, Yishaq Ben Shéshet Perfet et Shim‘on Ben Sémah Douran, réfugiés espagnols à Alger, ou Yéhouda Ben Dra‘ et Yéhouda Sigilmassi, au Maroc, continuent à composer leurs poèmes selon les normes classiques. De même, après l’Expulsion de 1492, des poètes espagnols comme Sa‘adya Ibn Danan, Abraham Ha- Lévi Baqrat et Abraham Abi-Zimra s’installent au Maghreb, où, avec des poètes expulsés de la deuxième et troisième générations comme Abraham Gabishon et Yishaq Mandil Aben Zimra, ils constituent un pont entre la poésie et la culture andalouses et la poésie hébraïque nord-africaines des siecles suivants.

  1. Yéhouda Al-Harizi (c.ll70-m. après 1235): auteur espagnol de maqamat, pièce

 en prose rimée, imitées de l’arabe-sefer tahkemoni- et traducteur du (more nevouchim,) de Maimonide.

Todros Ben Yéhouda Ha-Lévi Aboul'afia (1247-C.1300): poète populaire à la Cour de Tolède.

Yishaq Ben Shéshet Perfet, dit Ha-Ribash (1326-1408): illustre rabbin et poète espagnol né à Barcelone, réfugié à Alger à la suite des massacres de 1391 (voir ci- dessus, note 31, p. 61).

Shim'on Ben Sémah Douran, dit Rashbas (1361-1444): savant rabbin, philosophe, médecin et poète espagnol, lui aussi réfugié à Alger à la suite des massacres de 1391. Ses responsa y exercent une grande influence.

Yéhouda Ben Shémouel Ben Dra‘: poète marocain du XHIe ou XIVe siècle (cf.

Ephraïm Hazan, ״רבי יהודה בן שמואל בן דראע משורר קדום ממרוקו״, Sinaï 92 [1983]:138-149).

Yéhouda Ben Yossef Sigilmassi: poète marocain de la deuxième moitié du XlVe siec (cf. Shim‘on Bernstein, ״ר׳ יהודה בן יוסף סג׳למאסי, הפייטן הנשכח ופיוטיו״, in 19561:217-233] 12 חורב

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