Le Mossad et les secrets du reseau juif au Maroc 1955-1964 – Michel Knafo- Les moyens de securite dans la Misgueret.

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Les moyens de securite dans la Misgueret

Bien que tout le complexe de la "preparation a la clandestinite" prodiguee aux

recrues de la Misgueret, ne devait etre que l'introduction a leur principale mission, il convient de s'y attarder quelque peu pour les raisons suivantes:

 

Pendant son service au sein de la Misgueret dans la clandestinite. le volontaire etait tenu de changer d'identite et d'adopter un mode de vie et des habitudes compatibles avec sa nouvelle identite. Plus ce nouveau mode de vie devenait une routine, mieux il pouvait remplir sa fonction. II ne fallait donc pas qu'il y ait de hiatus entre l'activite et la nouvelle identite adoptee.

II etait habituel que l'activiste de la Misgueret se serve de sumoms differents selon les periodes pour ne pas trahir sa veritable identite et ne pas faciliter ainsi la tache a la police qui cherchait a retrouver ses traces. II disposait d'un passeport de securite pour le cas de la decouverte de son activite par les services de securite et a partir de ce moment il ne pouvait plus utiliser son ancien passeport. Il etait comme l'acteur qui, plut-il s'identifie a son role au fur et a mesure de la multiplication des representations, plus la representation n'est meilleure. Il est souvent arrive que meme apres avoir retrouve sa veritable identite civile, il continue a porter son sumom de clandestinite – et s'en trouvait bien.

 

Le temps reserve au sujet de la securite, etait relativement large. Tout activiste doit y penser en permanence, consciemment ou inconsciemment. Cela dependait aussi de l'attitude du partenaire d'en face: les services de securite marocains, l'etat d'esprit politique dans les hautes spheres, l'atmosphere generate dans la population musulmane et la necessite de rester actif dans les coulisses de la rue juive.

 

Agents, ou emissaries d'Israel?  Il y avait un conflit permanent entre le souci de securite, la voix de la conscience et les ordres venant d'Israel ou de Paris exigeant de veiller inconditionnellement a la vie de chaque juif. dans toutes les circonstances. Il arrivait a l'activiste d'etre pris entre deux exigences: celle de veiller a la securite des olim et celle de s'occuper de la securite de la Misgueret. La corde etait souvent tres tendue.

 

Si en matiere de surete, il n'y avait pas besoin d'etudes poussees chacun comptant sur ses instincts naturels – en matiere de securite il fallait apprendre sans cesse sans jamais atteindre la perfection. C'est le metier des agents secrets travaillant dans la clandestinite dans tous les pays, bien que le terme "d'agents" ne convienne pas exactement aux emissaires israeliens et aux activistes de la Misgueret au Maroc. Les candidats a une mission au Maroc recevaient une formation preliminaire en Israel avant leur depart. Cette preparation incluait une introduction au pays de mission et a la communaute juive avec laquelle il devait travailler, ainsi que les rudiments de l'activite clandestine. II est douteux que cette preparation soit suffisante et la rencontre avec la realite devait toujours leur reserver bien des surprises.

 

Des recits des emissaires dans ce bapteme de feu, nous apprenons a quel point cette preparation etait insuffisante et ne leur inculquait pas plus que quelques generalites qu'il etait necessaire de completer par l'experience personnelle sur le terrain.

Un des emissaires – sous un nom d’emprunt comme ses collegues – raconte que lorsque le policier charge du controle des passeports l'appela par son nouveau nom, il le corrigea en declinant sa veritable identite. Pour sa chance, la stupefaction du fonctionnaire fut assez longue pour lui permettre de se "racheter" (il s'agit de Moshe Amon). Les emissaires et les activistes locaux, quand leur mission se prolongeait, changeaient de temps a autre de nom. Il en etait de meme des noms de code donnes aux villes et aux lieux de rencontre. Certains, comme nous l'avons dit, devaient garder leur sumom jusqu'a ce jour.

 

Avec le temps, des regies furent fixees en cette matiere de changement d'identite. La routine etait qu'avant d'arriver au Maroc, les emissaires passent par Paris ou se trouvait l'etat-major de la Misgueret pour les trois pays d'Afrique du Nord – et la-bas on revisait avec lui sa nouvelle identite et sa couverture professionnelle. Il devait les connaitre en details avant de partir pour sa mission comme s'il venait de naitre a nouveau.

Nombre d’emissaires ont decrit leur nervosite dans leurs premiers pas au Maroc dans l'attente de leur premiere rencontre avec l'homme de liaison – dont l'identite israelienne avait ete effacee totalement – en un lieu convenu: hall d'hotel ou cafe. C'est seulement par un signal convenu que tombaient les barrieres entre les interlocuteurs qui souvent se voyaient pour la premiere fois. En cas de retard, pour une raison quelconque, les moments d'attente nerveuse paraissaient comm eternite.

En conclusion de cette epoque, on peut dire qu'il n'y a pas eu de bavures dans ce  domaine, les anciens comme les nouveaux venus ont reussi a se reconnaitre soit  parce que les rencontres avaient ete organises comme il se doit, soit en raison du haut sens de responsabilite des anciens, ou grace a l'instinct de conservation qui est ancre en chacun de nous.

Le changement d'identite de l’emissaire n'etait pas un evenement unique, mais une realite de tous les instants, depuis l'adresse de son domicile, aux relations avec les voisins, en passant par l'epicier et le coiffeur, … S'il a pris l'identite d'un homme jeune, il devait se conduire en consequence en matiere de ses relations avec les femmes et de boisson par exemple. S'il se presente comme un commerqant ou comme representant d'une grande societe, il faut savoir etre large en matiere de depenses.

 

Il s'ensuit que l’emissaire ne pouvait tout accepter. Il ne pouvait accepter de vivre dans n'importe quelles conditions, ni se livrer a une metamorphose trop poussee. L'ordre du jour des hommes de la Misgueret incluait un grand souci des conditions de securite en matiere de logement, de lieux de rencontre. Savoir ou et quand fallait- il se taire et ou il etait permis de parler; comment etablir une liaison; comment transferer des documents secrets. Il fallait choisir avec grand soin des cachettes pour les armes, les postes de transmission et les documents. Il y eut des echecs – du le plus souvent a l'intensite du travail. Une telle mission, quand elle se prolonge pendant des annees, inclut des convocations frequentes aux services de securite qui cherchent a mettre la main sur des suspects – et quand le travail se transforme en routine la tendance va vers la negligence par manque d'attention.

 

Le Mossad et les secrets du reseau juif au Maroc 1955-1964 – Michel Knafo Les moyens de securite dans la Misgueret.

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