Culte des saints musulmans  dans l’Afrique du Nord et plus spécialement au Maroc-Edouard Montet

Des saintes ont été aussi les inspiratrices et les directrices de soulèvements contre les dominateurs étrangers. Telle fut, en Algérie, la célèbre maraboute Lâlla Fât’ma qui en 1857, organisa la résistance contre les soldats français.

Les marabouts ont souvent aussi joué un rôle important dans la politique intérieure de leur pays. Dans un ouvrage du plus haut intérêt sur « l’établissement des dynasties des chérifs au Maroc et leur rivalité avec les Turcs de la régence d’Alger » ( 1509-1830), A. Cour a montré d'une manière lumineuse l’action des marabouts dans la constitution des puissances nouvelles qui s’établirent au Maghreb.

 

Depuis les dernières années du XVe siècle jusqu’en 1830, deux pouvoirs rivaux ont régné dans l’Afrique du Nord : celui des chérifs et celui des Turcs d’Alger. Ils étaient nés tous deux, presque simultanément, d'une réaction religieuse contre la conquête chrétienne de l’Espagne musulmane et contre les entreprises des Portugais et des Espagmols sur le Maroc. Cette double action des chrétiens surexcita le fanatisme des Berbères et des Arabes et détermina une révolution qui fut dirigée par les confréries religieuses et par les marabouts.

« Dans cette révolution, toutes les dynasties du Maghreb sombrèrent. Elles furent remplacées par des  .pouvoirs nouveaux établis sous l’influence des confréries ou des marabouts

Pour ne citer qu’un seul exemple, tiré de l’histoire contemporaine du Maroc, du rôle politique joué par les marabouts, nous rapporterons ce que raconte A. Mouliéras au sujet d’un saint célèbre d’Ech-Chaoûn, Moûlaye 'Alî Chaqoûr. Ce marabout qui, en 1897, avait environ 90 ans, aurait, par son influence, fait conférer la dignité suprême à ’Abd el-'Azîz. «J’avais reçu la mission, dit-il au Sultan El-H’asan après un simulacre d’intronisation de l’enfant qui devait plus tard devenir sultan, de vous faire monter sur le trône, toi et ton fils"’.» Quel role avait-il joué lors de l’avènement d’El-H’asan? Nous l’ignorons.

 

L’influence des marabouts l’a plus d’une fois emporté sur celle des sultans; leur intervention souveraine dans l’élévation au trône de certains d’entre eux en est la preuve manifeste. Les Chérîfs d’Ouezzân, dans la personne du saint Moûlaye T’ayyeb, le second directeur de la confrérie des T'ayyibiyya (ou Toûhâmiyyin), contemporain du Sultan Moûlaye Ismâ'îl, au XVIP siècle, aidèrent puissamment ce sultan à s’emparer du pouvoir.

Au Maroc, nombre de marabouts se considèrent même, en droit, comme au-dessus du sultan, et en fait ils le sont, ne rendant au monarque aucun hommage, ne lui accordant qu'un respect platonique, sans consequence pratique. I.es sultans ont été souvent à la merci des marabouts qui ont soulevé contre eux des tribus entières; souvent ils ont dû composer avec eux.

 

Le prestige de certains marabouts est vraiment extraordinaire, tant la souveraineté du sultan est éclipsée par leur autorité religieuse. On pourrait en citer de nombreux exemples. L'un des plus frappants que je connaisse est le suivant que rapporte de Foucauld, à propos de son séjour chez les Zenâga, dans l'Anti-Atlas.

 

Au mois d'avril 1884, comme je repassai dans ces parages, je rencontrai, entre El-‘Aïn et Tazenakht, Cheikh H'ammou 1-Azdifi qui revenait du dernier point, où il avait passé quelques jours en visite chez le Zanifî. J'avais comme zet'ât’ (escorte) un esclave de Sîdî H’amed ou Abd er-Rah'màn. marabout des Ait ‘Amer, chef de la

zàouia de Sîdî' Abdallah ou Mh'ind. Aussitôt que les cavaliers de la suite du Gheîkh nous aperçurent, ils nous prirent au col, Mardochée et moi, en réclamant un droit de passage, une zet'àt'a. Leur maître s'était arrêté et regardait impassible la bousculade. Un des hommes nous demanda d'où nous étions. « De Merrâkech. — Des gens de Merrâkech, des sujets du sultan ! s'écria le Cheîkh. La bonne aubaine ! Trois Zenâga sont en prison dans le Blad el-Makhzen. Voici des otages qui arrivent à propos.

Qu’on les emmène et qu'on les mette aux fers. Ils y resteront jusqu’à ce que Moûlaye El-H’asan (le Sultan) nous ait rendu nos sujets. » Lorsqu’il entendit ce langage, l’esclave du marabout prit la bride du Cheikh et lui déclara que, sujets ou non du sultan, nous étions sous l'anaia (protection) de son maître Sîdî H’amed, et que par consequent nul n’avait droit de nous toucher. A ces paroles tout change. Toucher aux protégés de Sîdî H’amed ! Qui y a pensé! Non seulement on ne nous emmène pas, mais on nous laisse passer sans exiger de zet’ât’a. Tel est le prestige du sultan. On le regarde comme un chef de tribu éloigné, avec qui on serait en assez mauvais rapports.

Les Zenâga comptent environ 1700 fusils; ils ont à peine 20 chevaux, et un seul marché sur leur territoire, l’Arba Taleouin »

Le rabbin Mardokhaï Abi Sourour, le compagnon constant du vicomte de Foucauld au Maroc.

Culte des saints musulmans  dans l’Afrique du Nord et plus spécialement au Maroc-Edouard Montet

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